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Maître Mamadou Sanoussy Barry, Conseiller juridique Magazine Vision-Jeunes s’exprime sur la question de l’entrepreneuriat jeune en Guinée.

Parler de ce sujet, m’offre l’occasion de parler de l’un de mes sujets favoris. Certes, techniquement je ne connais rien de l’entrepreneuriat mis à part ses aspects juridiques relevant du droit des affaires. Mais, nonobstant cet état de fait, la notion d’entrepreneuriat exerce sur moi une très forte fascination. Cela depuis mon adolescence. Les raisons de cette fascination sont multiples.

Tout d’abord à cause de l’indépendance et de la liberté de l’entrepreneur qui organise son travail comme il l’entend. L’entrepreneur est à l’abri de la plupart des sources de stress du salarié (l’obéissance à des ordres parfois contraires à sa conscience, le poids d’un patron souvent cassant et incompétent, des horaires de travail contraignants, un salaire sans commune mesure avec le mérite etc.).

En suite et surtout, parce que l’entrepreneur n’a pas de limite  ou de plafond de plan de carrière ou de revenu. L’entrepreneuriat est comme l’univers, un monde sans limite. Le génie de l’entrepreneur est aussi libre que l’air dans l’espace, l’oiseau dans le ciel. Ce qui lui donne une capacité d’épanouissement et d’enrichissement qui n’est limité que par le talent et la capacité d’organisation.

En fin, parce que l’entreprenariat est le meilleur moyen contribuer à la création et à la répartition de la richesse. En effet, quelle satisfaction morale que de pouvoir, par son génie créateur, donner de l’emploi à ses semblables et payer des impôts pour contribuer au développement de son pays et parfois d’autres pays.

Dans la tentative d’explication des causes du retard de l’Afrique francophone par rapport à l’Afrique Anglophone, les spécialistes avancent entre autres le fait que les habitants de la première seraient moins entreprenants que ceux de la deuxième. N’étant pas spécialiste de ces questions, il m’est difficile de dire si l’analyse est pertinente ou pas. Mais quoi qu’on en dise, cela prouve la place de l’entreprise dans le développement économique et social. Cette place est aujourd’hui reconnue par tous les gouvernements du monde. Je ne connais pas un seul Etat dictatorial ou démocratique qui ne se bat pas pour trouver pour ses entrepreneurs des marchés, des financements, des promotions etc.

Malheureusement, en Guinée l’entrepreneuriat demeure encore embryonnaire pour des raisons multiples. Les jeunes Guinéens peuvent en vouloir un peu à leur Etat pour n’avoir pas créé toutes les conditions pour les inciter à se lancer dans l’entreprenariat. Mais ils doivent surtout s’en prendre à eux-mêmes pour ne s’être pas hissés à la hauteur de leurs camarades des autres pays.

Je sais que vos lecteurs (les jeunes) n’apprécieront certainement pas mon analyse. Malgré tout, le souci d’être bien apprécié ne me fera pas perdre l’objectivité. Je suis encore jeune, au sens de la charte Africaine de la jeunesse. En tant que tel, il n’y a aucune raison de ne pas dire ce que je crois être la vérité aux jeunes.

Certes la responsabilité de l’Etat est grande dans la motivation des jeunes à entreprendre. C’est à l’Etat de créer les conditions législatives (au sens large), institutionnelles, économiques et bien d’autres nécessaires à la création et au développement des entreprises. Dans ce domaine, c’est vrai que l’Etat Guinéen a encore beaucoup à faire. Mais il convient de reconnaitre que le minimum de cadre législatif et institutionnel (sans qu’il y ait besoin de faire une énumération) existe.

Cependant à côté de la responsabilité de l’Etat, il y a lieu d’insister sur celle des jeunes qui n’ont qu’une seule obsession : la fonction publique et là aussi, mais pas toute, mais plutôt les grands centres de corruption et de concussion (douane, justice, impôts, police, gendarmerie, santé) et jamais dans l’enseignement qu’ils fuient comme la peste ou le choléra.

Lorsque vous demandez à un jeune Guinéen pourquoi il ne créé pas son entreprise, il vous répondra sans hésiter que l’environnement n’est pas favorable, l’Etat ne fait rien etc. Il ne vous dira pas que c’est dans cet environnement que Mamadou Sylla, KPC, Youssouf Diallo, Super BOBO et tant d’autres qui, en ma connaissance, ne sont pas de riches héritiers se sont fait un nom. Ces personnes sont là, parmi nous, pour nous rappeler que l’audace d’entreprendre paie parfois.

Je suis un jeune Guinéen qui a toujours vécu en Guinée. Si on additionnait tout le temps que j’ai vécu à l’étranger, ça ne ferait pas une année sur mes trente cinq ans d’existence. Je peux revendiquer donc une bonne connaissance du jeune Guinéen.

De cette connaissance du jeune Guinéen, mon constat est que l’un des obstacles majeurs de l’entrepreneuriat jeune en Guinée se trouve dans notre mentalité. Le jeune Guinéen veut aller vite et bien en brulant les premières étapes où il faut souffrir pour voir son projet prendre forme. On veut commencer grand avec voiture de luxe, villa, chauffeur et gardien. Toutes choses qui ne s’acquièrent qu’avec le temps et la persévérance dans l’effort. Il faut donc faire quelque chose avec ce que l’on a. Au lieu d’attendre de réunir tous les moyens de ses ambitions, il vaut mieux se mettre en action et essayer de les réunir au fur et à mesure que le besoin se présente. Par exemple, que celui qui veut créer une entreprise de menuiserie commence par apprendre de métier de menuisier.

En tout état de cause, il faut que le culte du travail bien fait, du risque, de la persévérance, de la débrouille, de l’aventure devance celui de l’insouciance, du luxe, de la paresse et du confort pour que l’entreprise prenne forme, se développe et assure à son promoteur et à ses employés le bien être espéré.

Le mal est qu’il est difficile de faire comprendre au jeune Guinéen que c’est pierre après pierre que l’on construit son entreprise. Je me demande quand est ce que nous jeunes Guinéens comprendrons qu’il faut savoir marcher avant de pouvoir voler ; qu’il faut (comme me le répétait mon père, paix son âme) souffrir pour réussir ; que comme le disait un grand sportif Américain « on rate cent pour cent des shoots qu’on ne tente pas ».

Pour réussir dans l’entreprenariat, il faut de la chance et des moyens notamment financiers c’est indéniable. Mais dans la plupart des cas, cette chance et ces moyens viennent dans l’action. Il ne sert à rien de chercher la solution d’un problème qui n’est pas posé.

Je crois fondamentalement que la jeunesse réussirait mieux dans l’entrepreneuriat si elle réussissait :

1-     A se fermer les portes des « échappatoires psychologiques » qui permettent de rendre quelqu’un d’autre que soi-même (la société, l’Etat, les parents, les amis etc.) responsable de ses échecs ;

2-     substituer la combativité, la créativité, le gout du travail bien fait et de l’aventure, l’espoir et l’optimisme  à la paresse, l’oisiveté, la dépendance, le désespoir et le pessimisme ;

Par Maître Mamadou Sanoussy Barry

Avocat à la Cour

Conseiller juridique Magazine Vision-Jeunes

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One comment

  1. Félicitations cher Maître pour cette brillante explication et surtout, en votre conviction quant à la réussite des jeunes!!!
    Vous en êtes d’ailleurs le meilleur exemple.

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