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Epidémie du virus Ebola: Dr. Sakoba Keita fait l’état des lieux

Une fièvre hémorragique sévit actuellement en Guinée. Son apparition remonte au mois de janvier dernier au sud-est du pays où elle a ôté la vie à une soixantaine de personnes. Mais depuis le mardi 25 mars, un cas suspect est signalé à Kankan et qui en est même décédé. Dans cette entrevue qu’il nous a accordée, le chef de la division Prévention au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, nous fait l’état des lieux avec des chiffres dans chaque préfecture. Docteur Sakoba Keita parle également des mesures prises par les autorités sanitaires en vue de freiner l’évolution du virus et invite les populations à observer des mesures d’hygiène individuelles et collectives. Lisez !Dr Sakoba Keita

Vision Guinée : Depuis quelques semaines, il y a une épidémie qui tue les populations dans certaines préfectures de la région forestière. Quel bilan pouvez-vous dresser de cette situation ?

 

Dr. Sakoba Keita : Nous devons vous signaler qu’on a enregistré au jour d’aujourd’hui 84 cas dont 63 décès. Les cas sont repartis entre quatre préfectures. Nous avons premièrement Guéckédou qui a maintenant 61 cas dont 45 décès, Macenta qui a 19 cas dont 12 décès et Kissidougou qui a 7 cas et 5 décès. La dernière préfecture dont nous venons de recevoir l’information qu’il y a un cas suspect, c’est la préfecture de Kankan chez un citoyen qui a été reçu hier, et qui en est décédé. Pour le moment, les investigations sont en cours. Et nous allons prendre des dispositions pour l’examen rapide de cet échantillon pour voir si la maladie par suite de laquelle cette personne est décédée, il s’agit de fièvre hémorragique ou non. Pour le moment, il présente les symptômes de fièvre et de saignement avec diarrhée. Et  comme nous n’avons pas encore fini les investigations – ce n’est qu’un cas suspect-, nous pourrons vous communiquer les résultats dès que possible.

On était à 60 décès jusqu’à mardi 25 mars en tout cas à se fier d’un document que vous avez publié vous-même. Est-ce dire que  les 3 autres cas qui se sont rajoutés ont été enregistrés entre hier et aujourd’hui ?

Oui, c’est dans la journée d’hier. Vous savez, on vous avait communiqué qu’il y avait des cas dans nos centres de traitement. Et c’est parmi ces cas qu’il y a eu ces décès enregistrés.

Quelles sont les dispositions prises par vous, autorités sanitaires en vue de freiner la propagation de la maladie ?

Pratiquement, il y a des centres d’isolement dans les zones touchées sauf Kankan qui vient de commencer à notifier. Comme on ne sait pas pour le moment s’il s’agit de cela ou bien la mort pour autres causes d’hémorragie. Mais en ce qui concerne Kissidougou, Guéckédou et Macenta, nous avons des centres d’isolement. Des spécialistes même étrangers en infection qui sont sur le terrain pour appuyer les efforts des Guinéens. En plus, il y a la sensibilisation communautaire qui a commencé à l’intention des parents des victimes, avec distribution des kits d’hygiène. Donc, nous sommes en train de nous préparer pour élargir cette sensibilisation à toute la population résidente dans les villages ou les quartiers qui ont notifié au moins un cas. Nous devons donc sensibiliser non seulement à travers les radios de proximité, mais aussi par le système de porte à porte. Et toutes les femmes en âge de procréer doivent recevoir des kits d’hygiène afin de prendre les mesures d’assainissement et d’hygiène individuelles et collectives pour réduire la présence de ce virus dans notre environnement. Voilà un peu les mesures prises. Nous sommes pratiquement accompagnés par tous les partenaires et même par certaines ambassades. L’armée aussi a mis à notre disposition des camions pour le transport des dons que nous allons commencer dès à présent.

Cette maladie avait-elle déjà fait son apparition en Guinée ?

Non, c’est pour la première fois qu’elle a été notifiée. C’est cet effet de surprise, les médecins ne connaissant pas, qui a fait qu’on a perdu six de nos agents dont quatre titulaires et deux bénévoles, parce qu’au début, ils pensaient à la fièvre, au paludisme et à des infections bactériennes banales. Donc, les mesures de précaution n’ont pas été prises. Mais depuis qu’on a soupçonné la présence d’une fièvre hémorragique virale, nous avons donné des consignes à toutes les formations sanitaires et à nos agents sur les mesures de protection individuelle afin d’éviter ce genre de situation.

Quel message lancerez-vous à l’endroit des populations au sein desquelles habite désormais la psychose de contracter la maladie ?

On est en train de diffuser les mesures de barrière sanitaire, notamment nous insistons beaucoup sur le lavage des mains avant le repas, après les selles, après la journée de travail, et l’utilisation de solution de chlore pour la désinfection des locaux des habitations, parce que nous avons constaté que tous les cas contaminés sont des gens qui soit pris contact avec les malades, avec leurs objets ou par salutation. C’est pour cela que nous avons demandé à tout le monde d’être prudent et d’être regardant.

Normalement, on doit se laver les mains au savon avant de prendre les repas. Mais comme tout le monde ne s’est pas approprié de ces comportements, ce qui fait que toutes les maladies qui se transmettent par les mains sales, se propagent encore très rapidement dans nos milieux. Donc, vous de la presse, il faudra que vous fassiez tout pour nous accompagner afin que le Guinéen puisse s’approprier de cela, parce qu’on a même vu des hauts cadres en plein séminaire, dès qu’on dit que le repas est prêt, beaucoup d’entre eux oublient de se laver les mains avec le savon avant de prendre le repas. Il n’est pas dit qu’on ne doit pas laver les mains quand on est en train de manger à la cuillère. Car, de façon imprudente, vous pouvez tenir un poisson ou une cuisse de poulet. Et à partir de là, on peut être contaminé. Il faut que tous les Guinéens sachent et quels que soient leurs lieux de résidence, que le lavage des mains avant de prendre les repas, est obligatoire pour tout homme, et qu’après les selles, l’on doit se laver les mains avec le savon, qui est l’un des plus grands détergents tuant ainsi tous les virus et même les bactéries. Quelqu’un donc qui s’approprie de ça, va non seulement être épargné de cette maladie, mais aussi du choléra qui survient en Guinée chaque année. Sans compter la cuisson normale des aliments et leur protection à l’abri des mouches, etc. Nous devons assainir notre milieu de vie  et éloigner les mouches de nos repas et de nos milieux de travail. Car,  les pattes de mouches transportent les virus. Donc, il faut vraiment les éloigner des repas prêts à être consommés.

Voilà des messages d’hygiène personnels et collectifs que nous voulons que vous nous aidiez à véhiculer au niveau de toutes nos familles, espérant que ces messages suffisent pour arrêter la circulation. Parce que des agents de Croix rouge et de la santé qui sont en première ligne, n’ont pas d’autres moyens de protection sinon que de se protéger et d’éviter d’attraper la maladie. Et pourquoi pas la population ? Ceux qui ont peur d’aller là-bas, et celui qui est en face ?  Nous, on ne peut pas ne pas s’occuper de ces malades. Mais l’arme que nous avons c’est vraiment ces mesures de barrière sanitaire. C’est l’hygiène qui fait. Déjà sur les lieux, on a plus de 200 agents de santé et plus de 350 agents de la Croix rouge, et qui pratiquent ces mesures. Ce sont eux qui lavent les corps et qui entretiennent des malades. Si eux, ils pratiquent des mesures qui leur ont permis de ne pas attraper la maladie, je ne vois pas pourquoi les autres citoyens ne veulent pas nous accompagner pour éviter ces maladies des mains. Donc, je vous remercie vraiment et je voudrais que vous en fassiez une large diffusion de ces différents messages.

Réalisée par Mady Bangoura, pour VisionGuinee.Info

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