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Jeux de cache-cache avec les ordures de Conakry

Si « dégager les ordures de Conakry » était un sujet d’examen, les gouverneurs qui se sont succédé aux Bureaux de la Corniche de Coronthie auraient tous échoué. Tout ce qu’ils ont proposé année par année, n’a eu aucun effet sur ces saletés qui polluent leur municipalité. ordures_ckry

Hier, c’étaient  les ONG de ramassage et l’usine mort-née de traitement montée par des guinéens avec d’autres africains ; aujourd’hui, le Chef du Conseil de ville annonce une usine de traitement dans les six mois à venir avec des industriels américains après une série de tapages médiatiques dans tous les quartiers de la ville.

C’est toujours des redites agaçantes que d’autres avaient déjà brandies en d’autres temps pour distraire les Conakry-ka et les encourager à produire des ordures.

Ce qui est nouveau, c’est l’assurance avec laquelle Monsieur le Gouverneur assure avoir pris langue avec des spécialistes de la puissante Amérique. Il l’a fait avec l’autorité d’un véritable spécialiste de l’industrie de destruction des ordures. Par résignation refoulée, les habitants de la capitale guinéenne peuvent s’encombrer de cette nouvelle proposition en attendant que d’autres trouvailles alléchantes viennent la faire jeter dans les ordures. Et le cycle de la démagogie managériale pourra continuer à produire des déchets de toutes sortes.

Il y a au moins une réalité crue dans cette lutte contre les ordures à Conakry : les stratégies utilisées jusqu’ici, relèvent de la fanfaronnade. En effet elles ont toujours consisté en des démonstrations spontanées qui se terminent en feu de paille. Elles n’ont certes pas manqué d’audace mais sont restées au stade  de l’euphorie de démarrage :  des groupes de femmes qui balaient aux endroits les moins sales pour – dit-on – des rétributions modiques ; des associations de jeunes qui nettoient des quartiers ou places publiques spécifiques au nom d’une irritation collective soudaine ; des journées d’assainissement qui durent à peine 24 heures ; des ministres qui, pèles en main et sueur abondante aux aisselles, lancent des campagnes de nettoyage sous l’autorité du Premier Ministre ou de la Première Dame.

On aurait même offert un cadeau d’un petit million de francs glissants à une femme, championne de balayage, au hasard d’une tournée contre les ordures du premier des ministres. Ces différents investissements ont au moins le mérite d’actions ponctuelles pour la propreté de Conakry, la capitale. On dirait que les habitants non impliqués dans ces spectacles s’en inspirent pour s’autoriser à salir davantage.

Ceux qui ont un peu de ressources pour acheter des sachets d’eau minérale et autres produits emballés sont ceux qui, majoritairement, salissent la cité. La municipalité devrait les frapper de taxes de nettoyage. Les autres, les pauvres, boivent en utilisant des gobelets. On peut juste leur concéder de jeter, hors de leurs habitations sommaires, l’eau qui a servi à rincer leurs ustensiles. On sait qu’ils n’ont pas beaucoup d’eau ; donc ils ne peuvent pas en jeter trop. Ces voisins-là sont vivables et savent qu’ils ont des voisins.

Les nantis ne veulent pas de voisins et considèrent qu’ils n’en ont pas; alors ils se barricadent dans leur confort : dans les cours fermées, les véhicules climatisés, les bureaux cossus, les boutiques et les étalages marchands mais surtout dans leurs idées étriquées de la cohabitation urbaine.

De ces positions confortables, ils jettent allègrement les emballages, les eaux usées, les papiers et les vieux objets dans les arrière-cours, sur les routes, dans les rigoles et caniveaux ainsi qu’autour des bâtiments publics.  Ils abandonnent les carcasses de leurs véhicules au bord des rues. Ces espaces leur servent tous, de poubelles en plein air. Au mépris des voisins des basses échelles et de leurs besoins d’espaces.

Ceux qui sont en haut des échelles se donnent le droit de négliger les espaces des autres jusqu’à ouvrir les portières de leur véhicule du côté interdit de la circulation au mépris du bon voisinage inscrit dans le code de la route. Cette culture de la négligence du voisin est entrain de grandir et de se répandre au grand dam des générations montantes qui regardent les aînés pour apprendre.

Au lieu d’apprendre ce qui est autorisé, ces générations apprennent ce qui est interdit : salir autour de soi, bousculer les aînés et imiter les gestes inélégants des anciennes générations. Il arrive même qu’ils s’abreuvent d’indifférence face aux malheurs des autres. C’est le plus grave car cette indifférence foule au pied la solidarité inscrite dans la devise nationale et traite les autres comme des « ordures ».

Qui connait le nombre de points d’accumulation des ordures à Conakry ? La question devrait faire le tour des bureaux de tous les porteurs d’initiatives de gestion des déchets produits dans la capitale. Il est possible que les nombres avancés en guise de réponses soient très différents d’un porteur à l’autre.

D’ailleurs l’à peu près et les faux chiffres risquent de dominer. On raisonne partout en termes de milliers de tonnes sans savoir leur répartition dans les différents coins de la cité. On ne compte que ce qui gêne dans l’immédiat et immédiatement. Ce qui est loin dans l’espace et dans le temps ne compte pas car le voisin proche et lointain n’est pas important. Les tas d’ordures que l’on aperçoit au loin concernent les autres. Ils ne comptent que si d’aventure ils gênent la vue du supérieur hiérarchique ou de celui avec qui on vient de signer un contrat de dégagement des ordures.

Tout ce qui ne donne pas lieu à des occasions de faire plaisir au chef n’a aucune importance. Tous les projets sont conçus au nom des chefs qui sont les seuls voisins qui comptent. Au nom d’un voisinage foulé aux pieds, Conakry est devenue la ville de toutes les ordures. Les infiltrations des manifestations politiques sont des ordures mentales et tactiques qui minimisent les droits des autres et tiennent à user de la force pour les malmener au mépris des droits humains. Bien de comités de soutien ne sont que des résidus sociaux pour aggraver les contentieux politiques. La destruction aveugle des biens dans les marchés et les massacres de citoyens innocents relèvent d’une certaine hargne ordurière qui témoigne de la présence au sein des forces de l’ordre d’agents qui ignorent l’art du maintien d’ordre ; ceux-ci ne sont que des « ordures » pour encombrer et discréditer les forces publiques. Des inventions machiavéliques comme le « madèn djallon » sont des « vers dans le fruit » pour miner de l’intérieur, l’existence d’une communauté.

Une sorte d’ordure politique au service de la division des guinéens. Une négation têtue du droit des autres à cohabiter pacifiquement. On ne sait quand cessera la production de telles « ordures intellectuelles » destinées à polluer le climat social, gangrener la vie politique et encombrer la marche vers la nation. Tant que subsisteront des pensées résiduelles qui renforcent les stéréotypes discriminatoires entre guinéens et négligent les droits des voisins à une vie saine, la gestion des ordures aura une allure de jeu de cache-cache dans cette capitale atypique. Il est temps d’accorder la foi, les intentions et les actions. La Guinée et sa capitale se porteront mieux car débarrassées des ordures maléfiques!

Alors les guinéens auront de l’égard les uns pour les autres en se rendant compte qu’ils font partie d’un grand ensemble de « sept milliards de voisins ». Malheureusement, les ordures des ondes acoustiques fréquentes à Conakry ne leur permettent pas d’écouter régulièrement l’émission de Radio France Internationale (RFI) consacrée à ce sujet.

Lamarana Diallo

Le Pop

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