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Les boursiers Guinéens au Maroc, orphelins de gouvernement

Être lauréat guinéen pour le Maroc semble être plus un cauchemar qu’un rêve. Certes, la vie estudiantine n’est nulle part aisée ni financièrement, ni moralement. Mais être étudiant guinéen au Maroc, c’est comme être un orphelin de père et de mère à la merci de sa marâtre.

etudiants-africains-(2011-04-26)Depuis des années, les lauréats guinéens au Maroc sont dans le premier rang des étudiants les plus malheureux pour ne pas dire qu’ils le sont plus que tous les autres car, ils sont les seuls qui passent 4 à 5 mois sans bourse d’entretien gouvernementale. Ils sont à la merci des pauvres parents qui rament à gagner de quoi nourrir une famille de 8 personnes minimum et l’Agence Marocaine de la Coopération Internationale (AMCI) dont la bourse bimestrielle est de 1500Dh soit 140$, soit 70$ le mois.

Ils sont aussi sur la liste des plus grands redevables aux épiciers et aux bailleurs dans tout le Maroc, parce qu’ils doivent faire face à un loyer de 50$ minimum (pour les maisons les moins chères) par mois, les factures, le transport, la nourriture et autres besoins avec ces maigres 140$/2 mois. Ce qui n’est pas du tout évident.

Le gouvernement guinéen est censé verser 50$ tous les mois à ses lauréats, non seulement la somme est piètre par rapport aux autres communautés et aux besoins mais elle n’est versée qu’après des mois et ça, à l’issue de nombreuses grèves, nombreuses lettres ouvertes adressées au président de la république et nombreuses négociations. Est-ce une négligence de la présidence ou du service des bourses, puisque ce service a été attaché à la présidence?

D’autres aspects sont à pointer, ceux de la répartition et mode du payement des bourses. Les étudiants des villes éloignées de plus de 400 km sont obligés le transport aller-retour près de 500DH soit 50$ pour se rendre à Rabat où se trouve l’ambassade pour bénéficier d’une somme de 150$ (pour 3 mois). Aucun dispositif de virement n’est mis en place pour faciliter l’obtention.

Le deuxième aspect est le problème de devise ou plutôt l’arnaque du personnel de l’ambassade. L’ambassade de la Guinée à Rabat a son propre taux de change standard qui n’excède pas 800 Dh pour 100$, ils respectent la baisse du taux mais ne reconnaissent pas la hausse supérieure à 800Dh. La cupidité a tellement atteint son paroxysme qu’ils sont capables de placer la bourse des étudiants dans une banque marocaine durant des semaines et mois pour bénéficier des intérêts pendant que les étudiants vivotent et peinent à payer les loyers et à manger.

Tout en gardant l’anonymat, voici les propos de deux lauréats guinéens au Maroc. ‘’Je suis étudiant à la fac des sciences, semestre 4. Je suis choqué par le comportement cruel du gouvernement guinéen, c’est comme si on était dans un puits sans secours. Aujourd’hui je regrette d’être venu au Maroc, parce que d’ici je sais que je ne peux pas compter sur mes parents, ça ne va pas au pays on sait tous que la conjoncture est plus que dure. C’est inimaginable que quelqu’un puisse vivre sans la famille avec 1500DH 2 mois, c’est la galère en haute résolution (rire). Le problème ici, c’est qu’on ne peut pas travailler pour avoir le minimum’’, témoigne un boursier de l’Etat guinéen.

Il ajoute : ‘’Quand tu finis normalement, c’est l’Etat qui doit prendre en charge billet de retour au pays si tu le souhaites mais ce n’est qu’un film pour nous les étudiants guinéens. Toutes les autres communautés ont la possibilité de rentrer même pour les vacances aux frais de leurs gouvernements respectifs, mais on a même pas la bourse à plus forte raison billet d’avion’’.

Un autre étudiant de se confie : ‘’Je ne serai pas fier de dire que je suis lauréat d’un pays, ça ne collerait pas avec ma situation. Ce n’est pas famille qui m’a envoyé étudier ici, c’est le gouvernement, je ne peux donc compter que sur ce gouvernement. Mais j’ai comme l’impression qu’il n’existe même pas ou que j’ai été abandonné. Je parle au nom de tous les étudiants bien sûr, il ne faut quand même pas être égoïste comme le gouvernement guinéen (rire). Depuis le mois de janvier on n’a pas reçu de bourse de la Guinée, maintenant (juin) il n’y a plus de bourse de l’AMCI, qu’est-ce qu’on peut faire pour survivre si ce n’est que s’endetter, manger l’argent du loyer et être prêt à avoir des prises de bec avec le bailleur. Ça nous arrive de se retrouver dans le noir ou sans eau aux robinets parce qu’on est incapables de régler les factures, je n’en suis pas fier c’est la honte mais c’est la vérité’’.

Tel est le sort réservé à tous les lauréats guinéens au Royaume chérifien, étant abandonnés par le gouvernement, ils demandent au gouvernement de régulariser leur situation car c’est l’image de la Guinée qui se ternie aux yeux des autres communautés et ils ont honte.

Kalil Diakité

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2 comments

  1. C est un grand plaisir de vous lire avec cette article, je vous remercie chaudement !!!

  2. Beaucoup trop court, merci beaucoup pour ce regale passe sur votre site.

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