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Mamou : un policier comparait pour complicité d’évasion d’un présumé trafiquant…

En ces derniers temps,  la justice guinéenne est fermement résolue à appliquer et faire appliquer la loi dans toute sa rigueur. Le mardi 20 juin dernier, un agent de police en service à Dalaba a comparu devant le tribunal de première instance(TPI) de Mamou.

Alhassane Bangoura, chef de poste du jour au moment des faits, est poursuivi pour complicité d’évasion d’un présumé trafiquant de peaux de panthère et de crocodile quelques minutes avant son déferrement à la justice de paix.

C’est un signal fort qui est en train d’être lancé par les autorités guinéennes en général, mais aussi par la Justice Guinéenne en particulier. Le 4 juin dernier, Mamadou Tounkara, présumé trafiquant faunique est tombé dans les filets d’une équipe mixte composée des agents assermentés des Eaux et Forêts de Dalaba et ceux de la gendarmerie grâce à GALF (Guinée Application de la Loi Faunique).

Le mis en cause a été pris en flagrant délit de détention, circulation et commercialisation d’une peau entière de panthère et celles de crocodiles, espèces animales intégralement protégées.

Après son audition dans les locaux de la Section Eaux et Forêts de Dalaba, le mis en cause a été placé en garde à vue au niveau du commissariat central de la préfecture. Contre toute attente, Mamadou Tounkara s’est laissé évader au commissariat central préfectoral quelques minutes peu avant son déferrement à la justice de paix.

Informé de la nouvelle, le juge d’instruction a automatiquement interpelé le chef de poste du jour au moment des faits pour complicité d’évasion avant d’ordonner immédiatement son déferrement  devant le procureur du tribunal de première instance (TPI) de Mamou.

Placé devant le tribunal, Allassane Bangoura a d’abord décliné son identité avant de reconnaitre tous les faits mis à sa charge : « Je reconnais les faits qui pèsent sur moi. Le prévenu m’a dit qu’il allait se mettre à l’aise et cela a coïncidé à l’arrivé du missionnaire. Je lui ai dit qu’il allait m’attendre après le passage du missionnaire. Il était pressé, je l’ai accompagné dans les toilettes, c’est là qu’il a profité pour escalader le mur et s’évader. Je lui ai poursuivi malheureusement je suis tombé. Je n’ai ni matraque ni arme pour pouvoir le dissuader ».

Dans son interrogatoire, le juge a rappelé les raisons qui ont conduit le policier devant son tribunal tout en  l’édifiant sur deux termes à savoir mise en garde à vue et mise en détention. Apparemment, ces deux termes semblaient être confondus par l’agent de police qui affirme être en exercice de sa fonction d’agent de police depuis 8 ans.

Dans sa constitution de partie civile, l’Etat guinéen représenté par un avocat a fait comprendre au  tribunal et à toute l’assemblée les raisons de sa constitution dans l’affaire qui, selon lui,  s’expliquent par le fait que l’Etat ait subi un préjudice indirect du fait de l’évasion du trafiquant surtout que la Guinée est membre de la CITES ( convention internationale sur le commerce des espèces de la faune sauvage et de flore menacée d’extinction).

Par conséquent, ajoute-t-il, les trophées saisis proviennent des espèces intégralement protégées par ladite convention en général, mais par le code de faune et réglementation de la chasse en particulier. Ainsi, conclut-il, les agissements pareils comme ceux d’Alhassane Bangoura ne favorisent pas la lutte contre la criminalité faunique pour la sortie de la  Guinée de cette grande sanction de la CITES qui pèse encore sur le pays.

Dans sa plaidoirie, la partie civile a demandé au juge de faire application de la loi conformément aux dispositions des articles 746 et 747 du code pénal. Poursuivant, l’avocat a fait savoir qu’en vertu de ces articles, Alhassane Bangoura  est considéré comme auteur en laissant partir celui qui a commis l’infraction. Sur l’action civile, il a demandé le paiement de 50.000.000 GNF au titre des dommages et intérêts en attendant qu’on retrouve le fugitif.

Dans sa réquisition jugée trop faible par certains observateurs, le ministère public est passé en revue du manque criard du personnel sécuritaire à l’intérieur du pays en général mais à Dalaba en particulier. Pour lui, un seul garde pour tout le commissariat, en même temps chef de poste et agent de poste, ne peut en toute évidence assumer son rôle. Toutefois, fait-il savoir à l’inculpé,  que cette crise d’agents et de matériels de travail que connaissent d’ailleurs certains commissariats du pays ne justifie pas son comportement. Par conséquent, il requiert 6 mois dont 4 avec sursis et 2 ferme contre Alhassane Bangoura. Conformément à l’article 117 du code pénal faisant allusion aux circonstances atténuantes, le procureur demande à ce que cela soit appliqué à l’égard de l’inculpé. L’audience est renvoyée pour le 4 juillet 2017 pour délibéré.

Il faut rappeler que le trafic d’espèces est un commerce transnational. Il représente le 5ème crime mondial et représente plus de 20 milliards de dollars chaque année.

Par Fatou KOUROUMA

 

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