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L’urgence pour l’opposition de changer son fusil d’épaule face à un gouvernement sordide

L’échiquier politique guinéen depuis plus d’une décennie reste dominé par la recrudescence des crises et la bipolarisation du débat politique entre  la mouvance présidentielle et l’opposition républicaine.

Ainsi, face à un gouvernement qui fait usage de la loi du glaive comme solution pour instaurer l’autorité de l’Etat et étouffer toutes formes de manifestations des droits fondamentaux consacrés par les lois qui régissent le fonctionnement de notre jeune Etat, il est impératif à cet effet pour la classe politique, notamment l’opposition d’envisager une nouvelle stratégie plus contraignante, efficace et inclusive qui prenne en compte les problèmes socio-économiques, politico-institutionnels dont souffre la population.

Nonobstant la complexité du champ et le phénomène politique en Guinée, une étude sur la démarche traditionnelle de l’opposition et l’incohérence de leurs programmes de manifestations par rapport aux aspirations du peuple (i), l’analyse sur le choix idéologique des partis politiques et l’adoption d’une nouvelle stratégie de lutte (ii) permettra aux observateurs de la vie politique de notre pays de cerner le nouveau schéma qui se dessine en prélude des nouvelles compétitions électorales qui représentent un enjeu majeur dans l’évolution démocratique de notre pays.

I- Etude sur la démarche traditionnelle de l’opposition…

Il est difficile de mener une étude comparative d’emblée sur les partis politiques en Guinée et définir une stratégie efficace pour l’équilibre du débat politique et le contrôle de l’action gouvernementale à cause de leur hétérogénéité. En effet, depuis l’avènement de la troisième République, l’échiquier politique guinéen reste miné par des crises intempestives et la recrudescence des clivages ethniques et régionalistes.

Pendant ce temps, la question qui taraude l’esprit de bon nombre de guinéen est la démarche asymétrique de l’opposition dirigée par Elhadj. Cellou Dalein Diallo (Chef de file de l’opposition et Président de l’UFDG) qui, d’un point de vue épistémologique n’a pas apporté grand-chose dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale et l’accélération du processus de démocratisation de notre pays depuis  après huit année d’autocratie.

Par ailleurs, le débat politique en Guinée reste et demeure généralement dominé autour des personnes (leurs patronymes et leurs lieux de naissance) et focalisé sur des questions électorales. En revanche, nombreux conflits naissent de ces énormités et ces stérilités dans la mesure où les élections en Guinée n’ont jamais été crédibles et transparentes selon les plateformes revendicatives de ces mêmes responsables politiques.

Les débats essentiels qui découlent de la préoccupation du peuple de Guinée, n’ont jamais été inscrits à l’ordre du jour dans leur agenda de l’opposition républicaine. C’est un secret de polichinelle, la dégradation de notre système de santé, la défaillance du système d’éducatif, l’exploitation anarchiques des ressources minières et halieutiques, l’état délabré des routes et ponts, la corruption endémique au sommet de l’État, le taux élevé de criminalité et d’insécurité, la précarité des services publics dans les campagnes, le taux élevé du chômage, la pauvreté, la formation d’une élite affairiste, l’émergence d’une aristocratie au sein de toutes les instances de prise de décision, le déficit d’accès à l’eau potable et la déserte en électricité sont des questions qui méritent une réponse politique.

Malheureusement, nous constatons avec amertume que notre classe politique dans sa globalité est déconnectée aux réalités du pays, raison pour laquelle le peuple ne s’y retrouve pas dans leur revendication. Les séries de manifestations à savoir: les journées ville morte, la marche des femmes de l’opposition, les marches dites pacifiques à ma foi n’ont quasiment abouti en rien sauf des conséquences négatives : les pertes en vie humaine (plus de cent victimes en majorité des jeunes), les handicapés à vie et les dégâts matériels considérables. Face à un Président qui a promis de faire disparaitre son opposition ; et bien, sa promesse tient bien la route !  Que faut-il faire pour changer la donne ?

II- L’analyse sur le choix idéologique des partis politiques et l’adoption d’une nouvelle stratégie de lutte 

On peut se demander sur le lien qui existe entre le nom des partis politiques en Guinée et la démarche idéologique qu’ils entreprennent en termes de stratégie de conquête et la notion d’exercices du pouvoir politique. Ces noms n’ont rien à avoir avec leur positionnement idéologique sur l’échiquier politique moins leurs programmes de société. Pour preuve, les quatre principales formations politiques (RPG, UFDG, UFR, PEDN) y compris d’autres formations politiques en gestation ont du mal à faire passer aujourd’hui le message au peuple de Guinée. La transhumance politique (tantôt membre du gouvernement et tantôt membre de l’opposition

républicaine ou plurielle) compromet le processus démocratique du pays, remet à zéro le niveau du débat et met en danger l’avenir politique du pays. Ces politiciens fébriles ont montré leur limite en termes de proposition et de contrainte vis-à-vis du pouvoir en place. Par conséquent, le peuple devient incontestablement la première victime de cet amateurisme.

Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire et dispensable de procéder à une véritable refonte au sein de la classe politique guinéenne, y compris les stratégies qui en découlent. Ces débats de la rue (stériles et improductifs) sont l’un des facteurs qui enveniment les tensions entre les guinéens à cause de leur manque d’argument constructif. Le peuple de Guinée aspire un leader inspirant, visionnaire, rassembleur et patriote.

Pour pallier aux crises à répétition, le dysfonctionnement administratif et institutionnel, d’autres stratégies peuvent en être mises sur table afin de rendre efficace notre système démocratique.

Les manifestations pacifiques et démocratiques : la première voie de recours dans un système démocratique est bien les manifestations ayant de nature différente. Les articles 7 et 10 de la constitution consacrent ce droit à tous les citoyens de manifester leur ras-le-bol vis-à-vis du pouvoir public. Malheureusement, le constat effectué sur le terrain dénote le caractère antidémocratique et violent de ces manifestations. C’est pourquoi, les partis politiques de l’opposition doivent initier les programmes de sensibilisation, de formation et d’éducation politique des militants sur le principe du respect de l’ordre public. Ces manifestations doivent être inclusives qui prennent en compte les questions d’intérêt national et non partisans ou politiques.

La politique de la chaise vide à l’Assemblée Nationale : Elle peut paraître anodine pour certains, mais l’évidence est que l’Assemblée Nationale constitue la deuxième institution constitutionnelle du pays, un tel boycott au niveau de cette haute instance peut faire plier certains investisseurs étrangers et des institutions internationales rattachés aux principes de la démocratie dans sa lettre.

La grève de la faim : Nombreux sont les grands leaders politiques comme Mahatma Gandhi dans sa lutte contre la loi martiale qui ont fait fléchir le pouvoir public à changer de paradigme. Le leader du Bloc Libéral  Dr Faya Millimono tente bien de l’expérimenter en Guinée. Malheureusement, l’idée ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique à cause des querelles egocentrique des uns et la stupidité  des autres.

La désobéissance civile : Quelqu’un a dit ‘’nul n’est obligé de respecter une loi injuste’’. Cela étant, la gestion d’un État est différente de celle d’une famille. Après trois gouvernements successifs, aucun responsable de la classe politique guinéenne ou de la société civile n’a demandé un audit indépendant sur la gestion de ces ministres. L’augmentation disproportionnée des prix du carburant, la cacophonie au niveau de l’éducation, le chômage et la pauvreté sont bien  des raisons qui doivent interpeler le peuple de Guinée y compris les politiques de  prendre position, en mettant à terme à toutes formes de gouvernance ; car la notion du contrat social doit demeurer au centre  des relations entre le gouvernement et le peuple.

Aly Souleymane CAMARA

Analyste politique et professeur de philosophie




2 comments

  1. Belles analyses. Il faut ajouter en outre, que l’opposition guinéenne doit s’habituer à nous convaincre avec leurs projets de développement et non avec les attaques personnelles tous les jours. Qu’elle nous dise en quoi elle est mieux que le pouvoir en place. Contester tout sans proposer, c’est dénigrer. Et personne n’est rassuré par un groupe dont les actions politiques se limitent au dénigrement. Huit ans de contestation, de manifestations violentes, sans aucune proposition de solutions convaincantes, sans aucune vision claire, on mérite mieux…

    • MAMADOU Saliou Baldé

      Je suis d’accord avec toi, et alpha Condé huit ans de pouvoir; seulement des fausses promesses et accuse toujours les anciens premiers ministres…

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