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Grève, manifs et dialogue de sourds : fin d’année agitée pour le pouvoir d’Alpha Condé

L’heure est loin du bilan annuel, mais 2018 n’aura pas été de tout repos pour la Guinée avec les nombreux soubresauts qui l’ont jalonnée. Tout porte à croire que le ciel guinéen n’est pas prêt de s’éclaircir.

Depuis des mois, la crise dans le système éducatif est là. Implacable. Si les salles de classe sont ouvertes, cependant les écoliers n’étudient pas. Même le recrutement anarchique de contractuels n’arrange pas la situation. Les enseignants titulaires du public, en grève, restent déterminés à bouder les classes et à battre la semelle pour défendre leurs revendications, malgré les menaces, l’intimidation, les arrestations et procès expéditifs à leur encontre.

Positions inconciliables

Belliqueux, le pouvoir a opté pour la fermeté, gelant leurs salaires. Aujourd’hui, en dépit de ce bras de fer qui perdure, le dialogue a été rompu. En lieu et place d’un couloir de négociations, l’on assiste plutôt à des arrestations çà et là, suivies de procès expéditifs. De leur côté, inquiets, les écoliers descendent sporadiquement dans la rue pour réclamer le retour de leurs professeurs titulaires, vu le niveau dérisoire des contractuels recrutés par le gouvernement pour assurer la suppléance. Ils ont plutôt été gazés. Gouvernement et syndicat campent sur leurs positions, de plus en plus inconciliables. Le Premier ministre a déjà laissé entendre qu’il n’y aura pas d’augmentation salariale à court et moyen terme.

Pendant ce temps, le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée, SLECG, à l’origine de la grève, désirant sortir victorieux de ce duel mortel, invite les enseignants du privé à se joindre à son mouvement. En tous les cas, cette crise inquiète au plus haut niveau. Au sein de la classe politique, le Dr Faya Millimouno du Bloc libéral, en compagnie d’un groupe de jeunes, a observé une grève de la faim pendant 4 jours dans l’espoir de marquer la conscience des protagonistes, invités à savoir raison garder.

Les diplomates en poste à Conakry sont également soucieux de la dégradation de la situation. « Pour détruire une nation, on n’a pas forcément besoin d’une armée. Il faut simplement détruire l’éducation. Les Nations Unies comme les autres partenaires de la Guinée vont exprimer leurs préoccupations non seulement aux autorités, mais aussi à la classe politique pour ce qui est de la crise dans le secteur éducatif. Notre message, c’est toujours celui de la considération pour le droit  à l’éducation. Le respect du droit à l’éducation ne doit pas faire l’objet d’une compromission. Ce n’est pas la première crise et ce n’est peut-être pas la dernière. Je pense que je sais pouvoir compter sur la sagesse des uns et des autres. Pour éviter que l’éducation soit sacrifiée à l’autel des discussions politiques », a martelé Patrice Vahard, représentant du Haut-Commissariat des droits de l’Homme en Guinée, en marge du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Installation des PA

Devant les députés, le ministre de la sécurité, Alpha Ibrahima Keira, lequel avait juré d’être «sans état d’âme» à l’égard des manifestants, a tenté de justifier l’installation des PA par une nécessité de restaurer l’ordre public. «Avant l’installation des PA, il n’y avait pas de jour où à partir de 18 heures je ne reçoive des alertes multiples pour me dire qu’à Bambéto ou à Cosa, c’est impossible de passer. Même des diplomates sont venus nous voir pour dire que si ça continue comme ça, ils vont déménager en Côte d’Ivoire ou ailleurs et déplacer leur ambassade », a argué le ministre Keira.

Ajoutant que « nous faisons face à une circonstance exceptionnelle. Et face à toute situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles. Espérons que ça ne dure pas et que la paix et la stabilité reviennent. Mais tant qu’il y aura de l’insécurité, on sera intransigeant et on appliquera la Loi dans toute sa rigueur ».

Le droit de résister

Si l’installation des PA entre dans le cadre du maintien de l’ordre public, consacré par l’article 90 de la Constitution, un argument phare de l’Exécutif, il faudrait cependant qu’elle obéisse aux dispositions de la loi L009 qui dispose, en son article 3 dernier alinéa, que «l’armée peut intervenir en cas de situation exceptionnelle et sur réquisition du président de la République pour une période limitée dans le temps». Ce qui sous-entend que l’Etat devrait préciser le délai de l’implication des militaires dans ce maintien de l’ordre public. Comme tel n’est pas le cas, il est loisible de parler d’une volonté de militariser la commune de Ratoma, bastion imprenable de l’opposition. De là à soutenir le droit de résister à l’oppression, il n’y a qu’un pas.

La preuve par dix est que la Constitution, en son article 21, dernier paragraphe, stipule que «Le Peuple de Guinée détermine librement et souverainement ses Institutions (…). Il a un droit imprescriptible sur ses richesses. Celles-ci doivent profiter de manière équitable à tous les Guinéens. Il a droit à la préservation de son patrimoine, de sa culture et de son environnement. Il a le droit de résister à l’oppression.»

Ainsi dit, l’opposition républicaine va, s’appuyant sur ce texte, défier le pouvoir Condé ce jeudi 13 décembre en organisant une manifestation annoncée grandiose. La situation pourrait dégénérer et le tireur pourrait sévir une fois de plus, mettant sur le carreau la 104e victime. Si tel n’est pas souhaitable, il faut dire que rien ne présage un retour immédiat de la stabilité politique.

En un mot comme en mille, une sombre perspective se dessine pour la Guinée où l’humeur des dirigeants se substitue au respect des Lois. Après 60 ans d’indépendance, le pays est toujours anesthésié par la mal gouvernance, la corruption, les clivages sociaux et les querelles sociopolitiques avec leur cortège de répression sanglante. Ce, sans parler de la misère intenable qui assaille ses populations damnées.

De nos jours, tout le pays est en proie à une tension extrême, notamment en raison du retard dans l’installation des exécutifs municipaux, dix mois après les joutes électorales. Même le centre des affaires et de l’administration, Kaloum, n’échappe pas à la règle. Dorénavant, chaque jour que Dieu fait apporte son lot de malheurs et de mécontentements dans cette commune qui abrite le palais présidentiel. Du jamais depuis l’indépendance.

L’affaire de l’éventuel 3e mandat dont rêverait le locataire de Sékhoutouréya n’est pas pour arranger les choses.

Par Abdoul Malick DIALLO




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