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Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le président de la République,

Vous savez pourquoi, en septembre 2012, j’ai été admis au sein du Comité central du RPG Arc-en-ciel. Aujourd’hui, face aux différentes crises qui interpellent tous les patriotes guinéens, j’ai jugé utile de vous adresser la présente lettre ouverte pour dire mon opinion sur les points suivants :

  • La grève qui frappe le monde de l’éducation ;
  • L’élection inachevée du Conseil communal de Matoto ;
  • La modification de la Constitution.

Vous me permettrez de souligner aux lecteurs que notre relation date de mai 1986 à Dakar où, Me Christian Sow, ancien Ministre d’État, Garde des Sceaux, suite à un article que j’ai signé dans Afrique nouvelle, est venu me voir. Puis, nous avons convenu de vous rencontrer. Vous avez cherché à connaître mes sources mais, je vous ai suggéré que l’on tourne cette page. Car, un Journaliste se doit de garder ses sources. Le RPG n’était pas encore né.

Faire des concessions

Monsieur le Président, sur cette terre de Guinée (comme nombre d’autres de vos collègues africains dans leurs pays respectifs) lorsque vous décidez de mettre fin à une crise, comme celle conduite par le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), vos instructions seront suivies à la lettre. Car, tout le monde, de Kassa à Yomou, veut voir les écoliers retourner dans les classes. Et ce monde c’est d’une part les parents, qui sont policiers, gendarmes, militaires, la majorité des fonctionnaires et même la quasi-totalité des enseignants, qui sont du RPG Arc-en-ciel, de l’UFDG, de l’UFR etc., et de l’autre, ce sont les écoliers.

Pour résoudre les crises, les parties font des concessions. Le SLECG sait qu’il est impossible pour l’État d’offrir un salaire de base de 8 millions de francs guinéens. La guerre d’usure dans laquelle certains de vos conseillers vous ont entrainé a fait trop de dégâts. Il n’en faut pas davantage. Il est maintenant temps, M. le Président de la République, de trouver toutes les solutions possibles pour trouver des mesures d’accompagnement permettant aux enseignants et chercheurs de Guinée de faire face au quotidien. Ce sera certes difficile pour les ressources limitées de l’État mais, il faut payer le prix à payer.

En France, face aux Gilets jaunes, votre homologue, Emmanuel Macron a engagé son gouvernement à faire marche arrière sur de nombreuses réformes pourtant indispensables. Tout le monde sait que le salaire de base souhaité par les enseignants est exagéré. Mais ce même monde est convaincu que l’État a les moyens d’offrir quelque chose pouvant acheter la paix avec le SLECG pendant quelques années.

Balla Moussa Keita (en chemise blanche) en train d’interrompre la suite du décompte

Prouver ou reconnaître Yansané

A Matoto, la problématique est plus simple. Les pièces diffusées de cette élection inachevée favorisent le candidat de l’UFDG, Kalémodou Yansané. Car, aucun des décomptes faits n’a démontré que celui du RPG Arc-en-ciel, Mamadou Tos Camara, a gagné l’élection. Si lui et ses partisans n’ont aucune vidéo pouvant attester qu’ils ont eu plus de voix que M. Yansané de l’UFDG, ou encore que M. Fara Millimomo a compté à deux reprises un même bulletin en faveur de leur adversaire, ils devraient accepter la défaite et cesser de vous induire en erreur.

Ce, c’est sans compter que le sieur Balla Moussa Keïta, initiateur de l’acte que le Général Bouréma Condé, Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, a qualifié d’intrusion incontrôlée de citoyens pour justifier l’annulation du processus électoral, est un candidat du RPG Arc-en-ciel. S’il avait posé son acte avant le dépouillement de l’urne, il y aurait eu matière à annulation. Mais il a attendu le début du troisième recomptage des votes pour se lever, se diriger vers la table du décompte des votes et déchirer des bulletins, semant du coup la pagaille qui a entraîné l’arrêt du processus électoral.

Après son acte, Balla Moussa Keita quitte la salle

Monsieur le Président de la République,

De mon point de vue, vu les preuves diffusées, il ne saurait y avoir un recommencement de l’élection du Maire de Matoto à moins que le RPG Arc-en-ciel ne soit en mesure de prouver que son candidat a eu plus de voix que celui de l’UFDG. Et n’oubliez surtout pas que c’est un militant du RPG Arc-en-ciel, qui était également un de ses candidats, qui a fait arrêter le processus électoral.

Aussi, chez les Grandes Gueules, où l’occasion a été donnée aux deux parties d’argumenter leurs positions, l’Honorable Kalémodou Yansané a été plus convaincant que les porte-voix du RPG Arc-en-ciel, Honorable Amadou Damaro Camara et dame Domani Doré. M. Yansané a même informé que dans cette commune, lors de l’élection du 4 février, l’UFDG a remporté 7.000 voix de plus que le RPG Arc-en-ciel, arrivé loin en avant du reste des autres partis dont l’UFR de Sidya Touré..

Conférence des Forces vives

J’ai déjà eu des échanges, à bien des occasions, sur une mise à jour de la Constitution qui régit actuellement notre pays. Je n’adhère pas aux thèses défendues par ceux qui soutiennent qu’étant donné que ce sont des non élus qui l’ont rédigée et adoptée et que de ce fait elle devrait être modifiée. Certains de ses rédacteurs m’avaient fait comprendre  qu’en limitant les mandats à deux, la Guinée se donnerait les moyens d’une alternance au moins une fois tous les dix ans.

Pour moi, faire modifier l’article 27 de la Constitution, qui dit que « le Président de la République est élu au suffrage universel direct. La durée de son mandat est de cinq ans renouvelable une seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non », ne me dérangerait pas du tout si une modification était apportée à la durée du mandat et au nombre. Je soutiendrai une modification disant que « le Président de la République est élu au suffrage universel direct. La durée de son mandat est de sept ans renouvelable mais non consécutifs». Et adapter en conséquence l’article 154 de la Constitution.

Ibrahima Sory Baldé

Les avantages d’une telle modification sont divers. D’abord, il sera possible d’organiser à des dates fixes cette importante joute électorale qui, si elle est combinée aux élections législatives et régionales pour élire des Gouvernements et parlements régionaux, aidera à sortir le pays de ce cycle rapproché d’élections contestées, aux conséquences souvent dramatiques. Ensuite, les risques de fraudes électorales et/ou manipulations des résultats seront limitées, voire écartés. Enfin, de centaines de milliards de francs seront économisés en coûts d’élections diverses, qui pourraient être affectées aux secteurs de la santé et de l’éducation.

Mais pour faire des réformes, il faut favoriser, comme cela avait été fait en 2004, une conférence des Forces vives (partis politiques et société civile) pour débattre de l’avenir du pays au cours des 10 prochaines années. Une telle initiative permettrait par exemple de former une assemblée consensuelle qui, à l’expiration du mandat de l’assemblée nationale, la remplacerait jusqu’à l’élection présidentielle à laquelle seront couplées les législatives et les régionales. Dans la même lignée, une nouvelle CENI devrait être mise en place.

Par Ibrahima Sory BALDE
Membre du Comité central du RPG Arc-en-ciel




One comment

  1. C’est un point de vue respectable. Cependant, il est tout aussi légitime de penser qu’accepter le fait accompli avec les enseignants en négociant sur la base d’un salaire de 8 millions n’est pas seulement « impossible » : les conséquences pourraient être beaucoup plus grave qu’on le croit. Le Slecg n’arrive toujours pas à justifier, avec des arguments économiques sérieux le fondement de leur revendication. Et pour cause !
    Les gens doivent savoir qu’après la hausse de tous les salaires de la fonction publique 40% en février, la marge de l’état est devenu faible. Pour cette grève donc, la situation sera d’autant plus difficile que cette nouvelle augmentation revendiquée va impacter tous les salaires de la fonction publique : les autres fonctionnaires qui ont compris le caractère improvisé de la revendication étant à partir de ce moment fondés à réclamer le même type d’avantage. Le gouvernement guinéen fuirait donc une crise pour plonger dans une autre plus grave car concernant beaucoup plus de fonctionnaires.
    La solution, à mon avis, n’est pas au niveau du salaire numéraire (qui pourra changer quand les conditions seront beaucoup favorables et sans pression) mais de conditions de vie. L’état doit impérativement montrer sa volonté de lutter contre la corruption en sanctionnant les fonctionnaires véreux, sans distinction. Aucun écart ne doit plus être toléré car l’un des aspects de la crise qui ressort est le sentiment d’injustice alimenté par l’arrogance de certains « barons » du pouvoir qui polluent l’environnement juridique, économique et social. Cela doit immédiatement cesser. Le devoir d’exemplarité est un des axes fondamentaux d’une bonne gouvernance. Ces bases posées : l’état doit mobiliser les moyens pour permettre à tous les fonctionnaires qui en font la demande d’avoir la possibilité d’avoir accès au logement. C’est la principale angoisse des employés de la fonction et un programme sérieux peut changer la donne, sans tentative de récupération, sans politique politicienne. Jusque-là on s’est limité à de pathetiques mamayas, sans objectifs précis et sans réalisations concrètes. C’est un programme qui pourrait toucher les enseignants, les fonctionnaires les plus vulnérables et personnel médical en priorité. Il faut cependant veiller à ce qu’aucun fonctionnaire ne puisse manipuler le système pour s’octroyer plus d’un logement à la fois ou forcer la main à ceux qui gère le programme pour être privilégié d’une manière ou d’une autre. L’autre point important est de créer les conditions de transport pour que les enseignants puissent éprouver beaucoup moins de difficultés pour regagner leurs lieux de travail (bus spéciaux, autres moyens de transport dans les zones difficiles notamment à l’intérieur du pays). Enfin, trouver un système de couverture sociale pour que les factures d’une certaine catégorie de fonctionnaires comme les enseignants soit allégées de façon significative. La pression n’arrange personne et « faire quelque chose » (sous entendu augmenter les salaires) pour arrêter la grève aujourd’hui pourrait faire plus de mal que de bien à ce pays. Le problème doit être bien posé pour trouver une solution sérieuse et pérenne. Il faut analyser les choses dans un contexte et précis et dans leur globalité. Salut à vous tous.

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