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Déguerpissements à Kaporo-rails, M. le Président, faites comme Sékou Touré

Peu de guinéens savent que le domaine de Kaporo-rails, Koloma, dans la commune de Ratoma, qui fait l’objet actuellement de déguerpissements que certains qualifient de sauvage, est une zone réservée et ce, depuis bien avant l’indépendance du pays (2 octobre 1958).

L’Administration coloniale y avait prévu l’édification du quartier administratif de Conakry. Projet qu’avait relancé, en 1964, le régime Sékou Touré, qui a mis à jour le plan d’urbanisation de Conakry, grâce à l’appui de la coopération yougoslave (la Yougoslavie aujourd’hui éclatée en 6 entités).

Dans la deuxième moitié des années 90, le général Lansana Conté, en application des différentes mesures d’urbanisation prises depuis une vingtaine d’années, a envoyé les troupes pour libérer la zone. Que de dégâts et de morts inutiles… La zone fut partiellement déguerpie, mais toujours non viabilisée, encore moins construite.

En 2012, Sidiki Touré, responsable des communications du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel, dont moi-même je suis un membre du Comité central, m’a fait rencontrer l’Administration Général des Grands Projets de la Présidence, Mamadi Condé. Dans le bureau de ce dernier, sur les murs étaient affichées des images de la cité administrative à bâtir sur les lieux (Kaporo-rails, Koloma) et qui aurait fait de Conakry, une très belle ville, une des plus belles capitales africaines, en lieu et place de la salle et asphyxiée que tout le monde connaît aujourd’hui… animée, dès le crépuscule, par sa populace de moustiques impitoyables.

Quartier présidentiel

Ce même plan d’urbanisation prévoyait que les quartiers présidentiels devraient être bâtis sur les hauteurs de Dar-es-Salam, pas loin du dépotoir de la Carrière. Très beau site, qui surplombe toute la capitale. Mais, lorsqu’il fallait le faire, les ethno-stratèges du système Lansana Conté l’en ont dissuadé, au prétexte qu’en y bâtissant le Palais présidentiel, il favoriserait la prise du pouvoir par les peulhs, majoritaires dans le secteur. Pour eux, il fallait rebâtir sur les ruines de l’ancien Palais du gouverneur colonial, qui a abrité la Présidence guinéenne pendant l’essentiel du pouvoir dictatorial de Sékou Touré.

Aujourd’hui, le Président Alpha Condé est engagé à finir la récupération par l’État de son domaine que des fonctionnaires, à bien des niveaux, avaient cédé à des populations, en leur délivrant, selon certains, des titres fonciers. Ces propriétaires abusés par les services de l’État ont-ils été indemnisés pour qu’ils quittent le domaine ? Oui, disent des représentants de l’État. Non, disent des occupants.

Quelle que soit la situation, il appartient à l’État et en premier, à son Chef, Professeur Alpha Condé, de trouver les solutions adéquates. Il m’a été donné l’occasion de lire un document relatif à l’aménagement, dont la viabilisation, de ce site. Une des solutions était que les entreprises qui devraient le faire indemnisent les populations qui seront touchées par des paiements en espèces domiciliées à la Banque centrale.

Pour « redresser » cette situation, le Président Alpha Condé devrait faire adopter une  mesure qui obligerait toutes les entreprises intéressées par la construction du site (viabilisation et construction d’édifice ministériel), d’aménager sur un autre site, une cité où seront déménagées toutes les populations à déguerpir de Kaporo-rails, Koloma, etc. Qu’il fasse comme Sékou Touré l’avait fait au début des années 80 pour la cité des Chemin de fer. Avant de la faire casser, il a pris soin d’aménager la cité Sangoyah et les habitants de la cité chemin de fer, on peut le dire, ne se sont pas faits prier pour déménager dans ce nouveau quartier qui, aujourd’hui, est l’un des rares dans Conakry à être urbanisé.

De mon point de vue, il n’est pas encore tard pour que M. Alpha Condé, Président de la République de Guinée, donc de tous les guinéennes et guinéens, quels que soient leur bord politique ou appartenance ethnique ou régionale, fasse arrêter les casses à Kaporo-rail. Qu’il instruise le Ministère de la Ville et de l’Aménagement en particulier et les autres départements, comme ceux du Budget, du Plan et du Développement Économique, ou encore celui des Partenariat Publics et Privés, à rechercher les moyens à la fois d’aménager la cité administrative à Kaporo-rails et Koloma, mais aussi à réaliser des constructions sur des sites gouvernementaux, d’habitation de différents types où seront transférés les déguerpis.

Que ceux qui croyaient qu’en demandant au Président d’Alpha Condé de faire comme l’un de ses prédécesseurs, Ahmed Sékou Touré, j’allais lui suggérer d’augmenter les P.A., de faire des rafles partout pour traquer tous ceux qui sont supposés s’opposer à une modification de la Constitution, tout militant de l’opposition, etc. m’en excusent. Je veux juste lui dire que si le dictateur (Sékou Touré) a construit ailleurs (Sangoyah) avant de faire déguerpir (Cité des Chemins de fer), il faudrait qu’en ces temps de démocratie, qu’Alpha Condé aille sur cette voie.

Par Ibrahima Sory BALDE

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6 comments

  1. Il me semble que c’est feu Gl Lansana Conté qui a fait déguerpir la Cité Chemin de fer pour Sangoyah avec le concours du Maroc pour réaliser les travaux de Sangoyah et, le Palais des Nations en ville (ancien site de plage Perone,…).Il y’a eu même un Contentieux entre la Guinée et un Béninois sur ce projet.Mais,l’initiative de revitaliser la Cité Chemin de fer venait du Gouvernement de la 1ėre République.Même Coleyah-Domino,SIG Madina,Cité de l’Air à Gbessia,etc… faisaient partie de cette opération de Restauration de nos cités (Domaine de l’état).
    En ce qui concerne Kaporo-Rails et Kolma,c’est un abus de pouvoir et de Discriminations ėthniques,parce qu’il y a plusieurs sites gouvernementaux à faire déguerpir à Conakry.Mais,nos Administrateurs publics font un excès de zèle comme l’ancien Ministre Dr Alpha Ousmane.On ne cible que les Bastions des Peulhs pour détruire à Conakry.Sinon,pourquoi, jusqu’à présent les sites de Parcs automobiles appartenant en Majorité aux Malinkės non pas été détruites…???.Finalement, il faut recaser tous ceux qui ont été déguerpiės,depuis le temps du Régime de feu Conté.Wa Salam.

    • Ibrahima Sory Baldé

      Merci d’avoir commenté mon papier. C’est le régime Sékou Touré qui a fait construire la cité Sangoyah. Celui de Lansana Conté s’est fait rouler par un ancien ministre de la Défense du Bénin. Celui-ci avait convaincu le gouvernement du CMRN d’avoir les capacités de reconstruire la Cité Chemin de fer que le gouvernement Sékou Touré avait fait détruire dans le cadre de son plan de reconstruction de Kaloum.
      Je n’ai pas conversé avec le président Alpha Condé depuis septembre 2012. C’est dire qu’en ce qui concerne les casses actuelles à Kaporo-rails, je ne lui ai donné aucun conseil comme certains le disent.
      Mon papier vise justement, alors qu’il est encore temps, à inviter le Chef de l’Etat guinéen à faire cesser ces casses en attendant de créer des cités de recasement.

  2. MR Baldé, le regime fascists du bourkinabe alpha conde a juré de détruire les peuls sinon lui qui se dit « professeur » de droit et qui a vécu 60 ans en France sait bien que c’est que sa bande est entrain de faire ne se fait pas. Mais malheureusement les peuls avec ses traîtres opportunistes comme les bah ousmane et le soit disant « opposant » cellou sont là incapables de défendre leur communauté alors que celle-ci est sciemment visée.

  3. C’est étonnant qu’il s’en trouve encore des cadres guinéens expérimentés (et normalement constitués) qui ne parviennent toujours pas à s’émanciper des séquelles de cette gouvernance du pire dictateur de l’histoire de notre pays. Tout ce que la Guinée vivra au plan sociopolitique et culturel pendant au moins 100 ans, depuis 1956, sera une conséquence ne serait-ce qu’infime ou indirecte de la tyrannie dévorante du PDG de Sékou Satan Touré (SST)
    A chacun son idole, bien entendu. Je respecte ce qui apparaît ainsi comme une sensibilité ou une conviction politique bien ancrée chez M. Baldé. Mais tout de même ! Je me permets néanmoins de rappeler que les éléments d’appréciation qui suivent.
    – SST durant toute ses 26 ans de dictature n’avait jamais eu un opposant de la popularité d’un CDD au sein de la plus grande et dynamique communauté du pays;
    – les habitants de la Cité des chemins de fer qui avaient été déguerpis et relogés à la Cité Sangoya au début des années 80, comprenaient diverses communautés ethniques guinéennes;
    – sous l’ère de SST, toutes les rafles militaro-policières opérées notamment à Conkry dans les années 60 ne visaient quasiment que des Peuls ou Hâli pular, que le régime allait deverser vers Koundara, entre autres;
    – les déguerpissements de Kaporo-rails version AC, ne sont rien d’autre qu’une réplique de celles de 1998, qui étaient tout aussi politiques. Les pouvoirs guinéens successifs ont du mal à traiter toutes les grandes communautés de la population guinéenne de la même manière. Pour preuve, combien de zones du patrimoine de l’Etat sont ainsi illégalement occupées depuis Kaloum, jusqu’en haute banlieue de Conakry? Il ne manquerait plus que de voir un Alpha Ousmane Diallo venir joindre sa voix à celle de CDD, pour condamner la barbarie des déguerpissements en cours à Kaporo-rails notamment…;
    – AC ne fera pas comme SST, car ce sont quasi-exclusivement des habitants de la communauté qui peuple majoritairement l’UFDG et qui ose prétendre secouer le « cocotier de l’exclusion politique » planté par le PDG de SST, dont il s’agit de briser les vies. Et si après cet autre « test politique », il ne se produit aucune réaction significative, cela voudra dire que le pouvoir RPGisite peut dérouler son programme de tripatouillage de la constitution, pour maintenir AC au pouvoir. C’est aussi simple que ça.
    Les victimes de ces déguerpissements n’occupaient certes pas légalement ces lieux, mais elles resteront à jamais également victimes de notre vulnérabilité collective, que la lâcheté sur fond d’égoïsme des élites peules (au nombre desquelles je me compte…) contribuent amplement à creuser. Sans aussi bien connaître la Guinée que M. Baldé et bien d’autres cadres qui me semblent se complaire dans un éternel déni de cette triste réalité sociopolitique, qui devient quasiment spécifique à notre seul pays dans la sous-région désormais, je dirais attention ! Avec des va-t-en-guerre comme le tandem AC-KASSORY et les pyromanes haineux dont il s’est entouré, il n’y a que le sage Eh Saïkou Yaya Barry qui a su, à ce jour, trouver les bons mots pour s’exprimer.
    Car ce n’est pas un CDD ou un autre en tant que tel qui pose réellement problème, mais plutôt la perspective qu’une alternance politique démocratique puisse sonner le glas à cette stupide exclusion politique tacite instillée par le sinistre SST avec les traitrises ou naïveté de certaines de nos élites des années 50 et 60. Was-Salam !

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