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La Guinée, réputée être le «Château d’eau de l’Afrique »,  a soif !

Malgré ses ressources abondantes, la Guinée ne parvient pas à satisfaire les besoins en eau de sa population. L’enquête MICS 2016 montre 82% des ménages accèdent à l’eau potable dont 72% en milieu urbain contre 15% en milieu rural avec de fortes disparités entre les deux milieux.

La production d’eau de la SEG ne satisfait pas non plus la demande de la population. A ce jour, 54,3% des ménages n’ont pas d’eau de boisson à domicile (22,4 % des ménages en milieu urbain contre 71,7% en milieu rural n’ont pas d’eau de boisson à domicile).

D’après les données de la SEG, le déficit de production est de 220 000 m3/jour en avril 2019 et atteindra les 250 000 m3/jour d’ici fin de l’année. La quantité d’eau de surface est impactée directement par les changements climatiques (baisse de la pluviométrie, augmentation des températures et ensablement du fleuve Milo en période d’étiage). Ce qui constitue un handicap sérieux pour la fourniture d’eau. A cela s’ajoute la détérioration de la qualité de l’eau suite à la pollution industrielle, agricole et la forte concentration en fer et de la salinité de l’eau dans certaines régions.

L’eau source de vie devient un rêve pour les populations guinéennes !

Depuis 2016, la crise s’accentue et les pénuries d’eau sont fréquentes car la demande excède la capacité de production en milieu urbain et rural. Les infrastructures d’eau potable sont dégradées et vétustes et la couverture est incomplète (En milieu urbain 77% de la population a accès à l’eau en domicile contre seulement 23% en milieu rural). La population vivant en milieu rural s’approvisionne principalement en eau à partir de sources traditionnelles non contrôlés (forages ; marigots, rivières, fleuves…).

Aujourd’hui, la souffrance se désigne sur le visage de la population guinéenne dans leur quête de recherche d’eau. Ce qui résulte de l’accentuation de la crise de l’eau dans nombreuses villes guinéenne même à la capitale Conakry là où le nombre de bidons est devenu plus nombreux que la population

A Kankan, les infrastructures sont vétustes et ne peuvent plus satisfaire la demande croissante de la population. En avril 2019, les populations de Nabaya et de Bordeaux ont été confrontées à un manque d’eau de plus d’un mois. Il n’est pas rare de rencontrer à travers la ville, des femmes, des jeunes et enfants non scolarisés munis de bidons, de chariots ou de brouettes, sillonnant les quartiers pour aller chercher l’eau. Certains sont de plus obligés de parcourir plus de 5 Km pour accéder à l’eau non potable alors que ce temps pourrait être utilisé pour des activités productives ou éducatives.

Le calvaire des villes de Kankan et de Conakry est vécu par d’autres villes guinéennes comme Kouroussa, Kerouane, Siguiri et surtout Mandiana. Togbèdou est un village situé à plus de 127 km de la Préfecture de Beyla, région de Nzérékoré, avec une population estimée à plus de 450 habitants. Depuis sa création, Togbèdou n’a pas accès à l’eau potable alors qu’elle est un besoin fondamental.

Dans la région de Kindia, seul 42.3 % de la population rurale a accès à un point d’eau aménagé dans un rayon d’un kilomètre et dispose de 10 litres par jour et par habitant. Les personnes n’ayant pas accès à cette ressource se ravitaillent en eau dans des sources non-protégées, au marigot ou dans les ruisseaux.

Entre 2013 à 2015, la proportion de Guinéens ayant plusieurs fois manqué d’eau potable s’est légèrement accrue, passant de 33% à 38%. Toutes les régions sont concernées par ce problème d’accessibilité à l’eau avec une situation beaucoup critique dans les régions de Nzérékoré (91%) et de Kankan (89%).

La santé publique est en danger !

En milieu rural, les villageois sont souvent approvisionnés par des forages (42,3%) dont l’eau n’est jamais contrôlée. La dégradation de la qualité de l’eau induit une situation sanitaire alarmante ; des maladies d’origine hydrique telles que la fièvre typhoïde, les diarrhées chroniques et le choléra. Cela a des impacts importants au niveau sanitaire, social, économique et sécuritaire.

L’enquête du MICS 2012 a indiqué que le taux de mortalité infanto-juvénile ne s’est pas beaucoup améliorée entre 2005 et 2012 (passant de 163 à 122 pour 1000 naissances vivantes). La diarrhée représente 8% des cas de mortalité (26% Paludisme). L’enquête du MICS 2016 a aussi montrée que la diarrhée et la pneumonie sont deux principales causes de mortalité des enfants de moins de 5 ans. La prévalence de la période (2012-2016) varie de 16% à 10% dans le cas des maladies diarrhéiques.

Où sont les autorités ?

Malgré les énormes potentialités hydrauliques de leur pays, de nombreux guinéens souffrent du manque d’eau. Les autorités n’arrivent toujours pas à satisfaire les citoyens. D’après le Directeur Général de la Société des Eaux de Guinée (SEG), qui s’est exprimé à l’occasion de la journée mondiale de l’eau, cette situation s’explique par le manque d’investissement dans le secteur depuis des décennies. L’écart entre l’offre et la demande d’eau se creuse d’année en année suite au retard d’investissement et il continuera à se creuser avec la forte croissance démographique (50% en 10 ans), l’urbanisation et l’augmentation de la demande pour l’industrie et l’agriculture.

En milieu rural, la faible capacité d’exécution des collectivités locales auxquelles censées assurer la maitrise d’ouvrage en milieu rural et semi-urbain ne fait qu’aggraver la situation. Une fragmentation des responsabilités à travers plusieurs intervenants se traduisant par la persistance d’une approche projet et le faible rôle des communes, malgré l’existence du Programme National d’Alimentation en Eau Potable et d’Assainissement (PNAEPA) et de la Stratégie Nationale de Développement du Service Public de l’Eau en milieu semi urbain et rural (SNDSPE).

La complexité de l’administration et du ministère ne font qu’aggraver la situation en se fiant à des projets à moyen et long terme qui ne répondent pas à l’urgence ni au besoin immédiat de la population.

Si nous analysons l’état des lieux de tous les projets entrepris à ce jour que ce soit par les autorités locales ou par les organismes internationaux (Banque Mondiale, Unicef, les ONG….), nous allons nous rendre compte que malgré ces efforts, l’écart continue et continuera à se creuser. Ces projets ne peuvent pas répondre à des besoins urgents et sont insuffisants et lents à mettre en œuvre. Donc, il faut des solutions plus efficaces et rapides à déployer. Il faut aussi beaucoup de bonne volonté de la part les autorités à les mettre en place très rapidement.

En effet, les solutions existent mais la lenteur, complexité de l’administration, mauvaise volonté, manque d’expertise, et capacité de décision ne permettent pas de les mettre en place.

Malgré les slogans de campagne du président Condé, la Guinée demeure l’un des pays les plus pauvres au monde malgré que c’est un pays riche en ressources et peut rapidement financer des projets répondant à des besoins primaires devenus un luxe pour la majorité de la population comme l’accès à l’eau. Le nouveau ministre de l’Eau, nouvellement nommé, Monsieur Elhadj Papa Koly Kourouma, est face à un challenge et devra oser, prendre des initiatives, accélérer les actions immédiates pour donner des réponses alternatives en production d’eau. Car l’eau est au cœur du développement économique et social.

La difficulté d’accès des populations guinéennes aux différentes sources d’eau potable fait partie des principaux freins au développement de notamment en milieu rural. La santé, l’alimentation, la production d’énergie, la gestion de l’environnement et la création d’emplois en sont éminemment tributaires.

En cette période de réflexion sur un changement constitutionnel, où en est vraiment l’enjeu pour l’autorité si ce n’est pas de satisfaire en premier lieu ses populations sur des situations d’urgence. Que fait le gouvernement face au désespoir si ce n’est des promesses et aucune action ?

En l’absence de solutions, l’Etat fera la colère ou le désespoir de la population !!!!!

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