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Nous sommes aussi le problème !

Comment la France et les autres puissances coloniales avait-elles réussi à soumettre toute l’Afrique noire à leur domination durant la colonisation ? Y avait-il une armée de soldats et d’administrateurs coloniaux venus de l’Europe qui occupaient chaque mètre carré de nos territoires afin de nous imposer leur domination ? Non !

L’administration et les forces de sécurité et de défense sur lesquelles reposaient la puissance coloniale pour nous dominer, étaient-elles constituées que d’européens seulement ? Si non, comment les européens, loin de chez eux, ont-ils réussi à nous soumettre à leur domination pendant plus de 60 ans, piller nos ressources et nous soumettre à l’humiliation et à l’exploitation quotidiennes sans que nous ne nous rébellions. Surtout que nous devrions être de loin les plus nombreux, et la colonisation, contrairement à l’esclavage se passait dans nos territoires ?

La réponse est simple : le colon a su très tôt qu’il fallait se servir de certains africains pour soumettre d’autres africains. Il fallait regrouper dans une seule entité territoriale des nations africaines diverses pour ensuite ressortir leurs différences culturelles et religieuses et les accentuer pour diviser les africains. Il fallait aussi avoir à son service d’autres africains noirs, qui vouaient une loyauté religieuse et absolue envers le maître colon et la métropole coloniale.

La survie du système colonial reposait donc sur la formation de cadres indigènes qui vénéraient le colon blanc et lui vouait une soumission absolue. C’est ainsi que les colons surtout français, ont formé les petits fonctionnaires africains et les à préparer à ne devoir leur loyauté qu’à la France. Ils leur ont appris à parler une langue différente de celle des membres des communautés dont ils étaient issus et leur ont inculqué les notions de la supériorité de l’homme blanc. Ils réussirent ainsi à faire d’eux des individus étrangers à leur propre culture qui n’aspiraient être que comme le colon blanc sans pour autant être permis d’égaler ce colon.

L’amour de la patrie et la sensibilité à la souffrance de ses semblables ont été donc substitué chez ces indigènes « émancipés » de l’administration coloniale, pour l’amour pour la métropole française et la loyauté absolue au régime colonial auquel ils devaient leur misérable pitance quotidienne.

C’est à ces africains vidés de leurs âmes africaines que le colon a légué le système qu’il a passé pendant plus d’un demi-siècle à construire. Ces africains issus des entrailles du système colonial n’étaient pressés que pour prendre la place de leurs géniteurs européens. C’est pourquoi d’ailleurs la France n’avait vraiment pas opposé une grande résistance à l’indépendance de ses colonies d’Afrique noire.

Elle s’était déjà garantie la pérennisation de son système et la protection de ses intérêts. C’est pourquoi, « les pères » de nos « indépendances » n’ont jamais essayé de se défaire ou de détruire le système d’exploitation colonial qu’ils ont contribué à construire. Ils ont maintenu les frontières artificielles qui nous ont été imposées lors de la conférence de Berlin de 1885. Ils ont maintenu le système économique et financier colonial ainsi que la langue du colon. Comment un État qui se dit servir son peuple peut-il vraiment réussir à le faire dans une langue que les 99% de sa population ne comprenaient pas ?

Le cadre africain, issu de ce système qui continue jusqu’à ce jour, n’a jamais été formé pour aimer sa patrie et servir son peuple. C’est pourquoi, même aujourd’hui encore, nos cadres ne sont fidèles qu’à celui qui est aux commandes et assure leur subsistance. De la même façon que le colon vivait dans une villa loin des indigènes et sous la protection d’autres indigènes, nos cadres d’aujourd’hui vivent dans le luxe insolent soutenu par l’argent public et avec la protection de nos forces de sécurité qui ne sont même pas conscients de la misère dans laquelle ils vivent avec le reste de la population.

Rien ne changera chez nous tant que cette mentalité qui nourrit et perpétue ce système de soumission subsistera. Il faudrait qu’on repense l’éducation des enfants et la formation des cadres. L’amour de la patrie au-dessus de tout et le sens du sacrifice de soi pour la patrie devraient être enseigné depuis l’enfance et devraient constituer la fondation de notre système d’éducation. Sans cette réforme, nous continuerons à souffrir des mains de nos dirigeants égoïstes qui ne sont que des colons.

Abdoulaye J BARRY
ajbarry@live.com

Portland, USA

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