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Bachir Kaba : ‘’En 2020, on va avoir un changement à la tête de l’Etat guinéen’’

Pendant que l’humanité fait face à la pandémie du COVID-19, en Guinée il y a encore des interrogations autour de la présidentielle d’octobre 2020, où le Président Alpha Condé, qui a changé la Constitution,  pour ouvrir la voie à un nouveau mandat, n’a pas encore dit son dernier mot sur ses intentions.

Et ce, après avoir organisé de force le double scrutin (référendum et législatif) du 22 mars dernier et qui a été émaillé des violences, entrainant la mort de plusieurs dizaines de personnes.

Après Human Rigth Watch, International Crisis Group et Amnesty International, c’est autour du Centre d’Etude Stratégique de l’Afrique (CESA), d’épingler le régime d’Alpha Condé sur les conséquences du double scrutin controversé du 22 mars dernier.

Dans son rapport publié le lundi 04 mai 2020, l’ONG demande des sanctions ciblées contre certains dignitaires du pays, mais aussi la non reconnaissance des élections issues du double scrutin du 22 mars, notamment la nouvelle Constitution.

Quel est le regard des acteurs de la Société civile et des acteurs politiques sur la question ? Pour en savoir plus sur ce sujet brulant de l’actualité nationale, la chaîne de télévision ‘’Star 21 TV’’ a dans son émission « STAR COM » tendu son micro à Monsieur Bachir Kaba, Expert-Comptable,  Chef d’entreprise, Activiste politique et Fondateur du site d’information www.kababachir.com.

Joint au téléphone depuis Bruxelles par nos confrères de STAR 21 TV, M. Kaba, s’est exprimé sur le rapport accablant du Centre d’Etude Stratégique de l’Afrique (CESA), mais aussi sur les élections législatives et les enjeux de la présidentielle à venir, ainsi que la gestion de la COVID-19 par le pouvoir de Conakry.  Décryptage…….

Star 21 TV : M. Kaba, bonsoir et bienvenu dans cette émission « STAR COM », tout le  plaisir est pour moi de vous avoir sur la télé du 21ème siècle

Bachir Kaba : le plaisir est partagé et bonsoir à tous les auditeurs et les téléspectateurs de STAR 21 TV.

Qui entend le rapport du Centre d’Etude Stratégique de l’Afrique (CESA) sur la situation en Guinée, à quoi ça renvoie ?

Moi je pense tout simplement, la position Américaine maintenant s’est rapprochée de celle déjà adoptée par la France depuis un bon moment,  C’est-à-dire que les Américains rejoignent la France et aussi l’Union Européenne. Il faut savoir que c’est l’étau qui est en train de se resserrer autour du régime guinéen et autour même de la personne du Président de la République. Tout ceci participe à un dispositif. Je dois rappeler par exemple la position de l’Union Européenne est  calquée sur celle de la France et la France aussi se réfère à la CEDEAO et l’Union Africaine.

Il y a un fait qui est à signaler. C’est la rencontre du 29 Novembre 2019 avec la députée Maria Arena, qui est la Présidente de la Commission des Droits de l’homme du Parlement Européen. Il y a eu la rencontre virtuelle entre la Présidente de cette Commission et Mr Abdourahmane Sano du FNDC par notre entremise. C’est lieu de saluer les efforts de Monsieur Thierno Moussa Diallo qui a été à l’initiative de cette rencontre et la participation de Madame Aissatou Barry.

Je pense que le déclic est parti de là. Il faut savoir que la Guinée n’était pas dans l’agenda en 2020 au niveau de l’Union Européenne. Il a fallu rechercher des plages pour essayer d’insérer le cas guinéen.  Vous avez vu comment tout ça a abouti le 13 février dernier au vote inédit du Parlement Européen contre la gouvernance d’Alpha Condé.

Il faut noter aussi dans l’arsenal dont je parle là, il y a cette plainte à la CEDEAO avec le Cabinet de Me Alpha Yaya Dramé de Lille, malgré la tournure incertaine donnée par la CEDEAO.  Il y a également la plainte de Me William Bourdon et Associés à la CPI. Tout cela participe à des démarches pour essayer de mettre fin à cette imposture qui est en train de s’installer en Guinée.

Tout cela intervient pendant que le processus électoral semble atteindre son point d’arrivée, il reste bien évidemment la présidentielle. Mais on a vu que la Guinée dispose désormais d’un nouveau Parlement et une nouvelle Constitution. Qu’est-ce que ces rapports ou ces prises de positions à l’international peuvent avoir comme incident sur l’évolution et la position du régime Alpha Condé ?

Il faut savoir comme on aime le dire ‘’la Messe n’est pas encore dite’’. Ce n’est pas parce qu’on a installé ce Parlement que les choses ne vont pas bouger. A mon avis, les manifestations du FNDC vont continuer certainement.

Il va y avoir encore de répression. Toutes les démarches vont être mises en branle pour essayer quand même de mettre fin à ce régime-là, parce qu’il faut comprendre qu’au-delà du cas guinéens, ce qui inquiète aujourd’hui la Communauté internationale, ce sont les effets collatéraux de la situation guinéenne sur les pays limitrophes et du reste du monde. Déjà, on a cette crise sanitaire grave qui va laisser des traces. Si on le laisse faire, Alpha Condé va nous conduire à une guerre civile avec l’implication d’un certain nombre de groupes  de rebelles et des djihadistes. C’est toute la région ouest africaine qui va être ébranlée. Je pense que la France n’est pas prête à accepter cela, les Etats-Unis, avec ce rapport est en train de rejoindre la France. Et la Communauté internationale ne va pas laisser faire ça.

Dans ce rapport, le CESA parle d’une possibilité des sanctions ciblées également des comptes bancaires visés dans leur démarche. Selon vous, qu’est-ce qui explique une telle démarche vis-à-vis de l’Etat guinéen, qui continue d’agir sur la largesse du pouvoir d’Alpha Condé ?

Ça, ce sont des sanctions graduelles. Ça va se mettre en place. Moi je pense qu’elles sont ciblées. On va aller vers le gel des avoirs parce que ce qui reste clair, ce qu’Alpha Condé qui était incapable entre les deux tours en 2010 de carburer ses véhicules, se retrouvent aujourd’hui milliardaire en dollars. C’est un secret de polichinelle, tout le monde le sait. Le problème qui va avoir maintenant c’est que les avoirs des différents responsables vont être gelés de façon ciblée. Et si ça continue, je pense qu’ils vont passer à la vitesse supérieure. Ils ne le font pas pour nous faire plaisir aux Guinéens. Je pense tout simplement que c’est dans l’intérêt de la Communauté internationale, particulièrement, les Européens pour limiter aussi l’immigration, voir même tarir la source de cette immigration.

Ce rapport intervient pendant que le terrain politique semble être miné par la crise sanitaire. Et aujourd’hui, l’opposition et le FNDC ne peuvent plus avoir l’opportunité de manifester avec la crise sanitaire, pendant ce temps, le pouvoir d’Alpha Condé est en train de dérouler son programme qui s’est matérialisé par l’organisation de ce double scrutin et par le fait que le nouveau parlement a pris fonction. Est-ce que l’opposition n’est pas en perte de vue par rapport à la stratégie politique du Président Alpha Condé ?

Non ! Je ne pense pas. Vous savez en politique il n’y a souvent pas beaucoup de lisibilité à terme. Le FNDC et le monde entier n’avaient pas prévu le coronavirus. Maintenant cette pandémie est là, il faut la gérer. Je pense que dans les mois à venir, nous aurons le COVID-19 derrière nous, et les choses vont commencer parce que les élections sont prévues en octobre, même si elles sont reportées, il va falloir faire des élections et les Guinéens dans leur ensemble ne sont pas prêts à accepter comme ce qui s’est passé aux élections législatives.

Quelle est votre lecture du nouveau Parlement guinéen et de son Président Amadou Damaro Camara?

C’est une fuite en avant, une imposture. Et cela se vérifie tout simplement par toutes les anomalies constatées dans ce fichier qui a servi à cette élection, et cela se vérifie de nouveau par le retrait des observateurs de l’OIF, de l’Union Africaine et de la CEDEAO. Aucune organisation sérieuse n’a cautionné cette élection, je dirais même cette sélection.

Avec la nouvelle Assemblée nationale, on a cultivé la médiocrité. Vous connaissez autant que moi  sinon mieux la composition de cette Assemblée. On va commencer par le Chef Amadou Damaro Camara qui n’est pas à présenter aux Guinéens, qui est un va-t-en-guerre. Je pense qu’on ne peut pas gérer un pays avec des gens qui se retrouvent aujourd’hui dans cette Assemblée.

Le monde et la Guinée traversent cette crise sanitaire liée au coronavirus. Du regard d’un guinéen qui observe depuis la Belgique, comment vous appréciez la gestion de la pandémie COVID-19 par le pouvoir d’Alpha Condé qui quand même a brillé par beaucoup d’actions?

Moi je ne partage pas la même analyse que vous. Et je pense que je ne suis pas le seul. Ici, on se concerte et on discute. Je pense qu’on ne voit pas de la même façon que vous, parce que les efforts fournis par la gouvernance Alpha ne sont pas à la hauteur de l’enjeu et du risque que courent les Guinéens.

Je pense qu’ici contrairement à d’autres pays africains, à d’autres voisins, le Président guinéen et son gouvernement ont brillé par une certaine absence, un certain retrait par rapport à cette pandémie.

Par exemple il n’y a pas eu de distribution des vivres comme nous avons vu au Sénégal et ailleurs, il n’y a pas eu non plus de distribution gratuite de masques  à ma connaissance,  je n’en ai pas vu. Il n’y a pas eu commande massive des kits de dépistage et de multiplication des centres. Donka est le centre de dépistage, il n’y en a pas à Nzérékoré, à Kankan, à Labé, à Boké….

A mon avis, il n’y a aucune structure de prise en charge en province. C’est pourquoi, je dis que nous n’avons pas la même lecture et surtout ce qui m’inquiète, c’est une sous-évaluation du nombre de malades et du nombre de morts. On est en train de se targuer de ce bilan, qui est apparemment un faux bilan parce que si on essayait de tester une partie importante de la population nous serons au-delà des chiffres qui sont annoncés là.

Parlant de la crise sanitaire, l’actualité reste dominée par ces observations, sérieuses portées par la Banque mondiale sur ce plan économique de riposte proposé par le Gouvernement Kassory. Un plan qui fait l’objet de beaucoup d’agitations au sommet de l’Etat avec cette opposition du Premier ministre à sa ministre chargée du Plan.  Comment est-ce que vous observez cette cacophonie au sein de l’administration guinéenne ? 

Avec une certaine inquiétude. Vous savez la situation pouvait prêter à sourire si le destin de toute une nation n’était pas engagé.

Est-ce que vous êtes surpris que la Banque mondiale fasse ses observations sur le plan de riposte de la Guinée, jusqu’à parler de surfacturation ?

Les surfacturations sont de mises en Guinée ce n’est pas maintenant. A un moment donné il faut arrêter de jouer. On ne joue pas avec certaines choses.

J’ai l’impression que la ministre Mama Kanny a été à la hauteur,  elle a fait ce qu’elle a fait. Peut-être, si j’étais à sa place j’aurai donné une copie du rapport au Premier ministre avant de le soumettre au Président. Mais je crois qu’il y a une preuve d’amateurisme du Premier ministre Kassory, ce qu’ils ont fait, c’est une honte. On ne fait pas du coronabusiness avec cette pandémie.

Alors la question renvoi la gestion de Kassory Fofana en tant que Premier ministre, quelle appréciation faites-vous de la gestion du Don Kass qui reste aujourd’hui Premier ministre et on estime, l’éventuel futur Dauphin du Président Alpha Condé ?

Je ne partage pas votre analyse. Comme on le dit, on ne voit pas une montagne derrière une autre.  Le Dauphin, peut être et j’en doute encore, quand je vois, il y en a trois : Dr Mohamed Diané, Kassory Fofana qui est en perte de vitesse, parce qu’il n’a pas été retenu comme Vice-président, il y a aussi un 3ème larron, qui c’est Damaro.

Et là, les guinéens, ils feront le tri dans cette histoire, de toutes les façons,  on verra bien, on va être situé. Quant à la gestion, il suffit de sortir de votre studio pour voir les ordures, pour une capitale et dire que ce monsieur disait que dans deux ans on va dépasser la Côte d’Ivoire, et voir l’état de nos routes, voir l’état des finances aujourd’hui et surtout on se compte depuis un certain temps qu’il n’est même pas maitre de cette gouvernance, parce qu’il n’a pas tous les leviers de commande. Il aurait beaucoup  mieux fait.

Il faut dire qu’aujourd’hui la Guinée est désormais partagée entre la crise sanitaire, la crise politique, pourquoi pas la position de la Communauté internationale, est-ce qu’on assiste en quelque sorte, à l’isolement peu à peu du pays, à cause notamment de ces deux scrutins, ou tout simplement ce sont les conséquences des actes posés par le pouvoir d’Alpha Condé ?

Ça revient à la même chose.  Il y a déjà un isolement de la Guinée que nous constatons et que nous n’avons jamais connu, nous n’avons pas de partenaire sérieux,  personne ne nous fait confiance, surtout en Europe, on revient à la situation qu’on avait connue sous Lansana Conté, les deux pays qui posaient problème étaient la Guinée et le Togo. Je me souviens quand même, c’est une ironie du sort, j’ai accompagné le Président Alpha Condé à sa sortie de prison à l’Union Européenne pour aller plaider le cas de la Guinée, c’était en 2002 et il y avait deux dossiers sur la table, celui de la Guinée et du Togo.

C’est dommage qu’on revienne à la même situation 18 ans après, c’est-à-dire, l’isolement complet du pays.

Il y a quand même cette interrogation, parce qu’aujourd’hui, que ça soit  du côté de l’opposition ou du FNDC, le combat c’était de se battre pour ne pas qu’il ait le changement de la Constitution, ça c’est déjà acquis. Aujourd’hui qu’est-ce qui pourrait empêcher le Président Alpha Condé de briguer un 3ème mandat, selon vous ?

Ce qui peut l’empêcher, ce sont les Guinéens, c’est la rue. C’est à nous de savoir ce que nous voulons. Est-ce que nous voulons avoir les mêmes personnes qui vont essayer de diriger ce pays juste pour des intérêts égoïstes, parce que tout ça se résume à un problème de mines, c’est tout ! Est-ce qu’on va continuer à subir cette médiocratie, est ce qu’on va toujours continuer à subir ?

Chaque peuple mérite son Chef. Si les Guinéens sont décidés, il n’y aura pas de 3ème mandat. Ce n’est pas encore fini. Vous savez, c’est comme un match de football tant que l’arbitre n’a pas sifflé la fin de la partie, tout est possible. Moi je crois fermement qu’on va avoir un changement à la tête de l’Etat en Guinée.

Il faut dire que parfois les autorités annoncent des dispositions prises par rapport à nos compatriotes vivant en dehors du pays. Vous de votre côté en Belgique, quelle est la situation qui prévaut pour nos compatriotes qui vivent là en cette période de COVID-19 ?   

Il faut savoir qu’ici, l’Etat guinéen n’est pas présent. A partir du moment où l’Etat guinéen  n’est pas présent à Conakry, je ne vois pas comment est-ce qu’il peut être présent en Belgique.

Heureusement, ici, l’Etat belge est présent, il assume son rôle. Nous avons une Première ministre formidable, qui est vraiment à la hauteur du job et qui a fait ce qu’il fallait faire pour l’instant, pour essayer de gérer cette pandémie. Ils ont accompagné les gens, on les a aidés financièrement. Tous ceux qui travaillent quand même ont eu leurs salaires pendant les deux mois passés. Franchement, il y a eu de l’accompagnement. Mais au niveau guinéen, il n’y a eu aucune initiative de la part de l’Ambassade.

Est-ce que vous êtes organisés entre vous Guinéens pour vous entraider là-bas, est-ce qu’il y a des associations ? Quel est l’apport de ces Guinéens vis-à-vis de leurs compatriotes en termes d’organisation?  

Il y a une solidarité. Vous savez on est assez bien organisé. Dès fois c’est bon, dès fois on critique parce qu’il y a des associations au niveau préfectoral, au niveau des villages pour certains. Il y a quand même une certaine solidarité qui est là et surtout il n’y a pas mal de bénévoles qui essayent d’aider des personnes pour faire leurs courses et nous essayons surtout de rester en contact virtuel avec les uns et les autres par des coups de fils. Franchement, ça fait plaisir de se sentir entouré comme ça et de se côté, il n’y a pas à se plaindre.

A ce jour, est-ce qu’on peut avoir une idée ne serait que des estimations, des Guinéens vivant en Belgique qui sont atteints du COVID-19 et s’il y a également de cas de morts à déplorer ?

Oui. Nous avons malheureusement connu des cas de morts, je ne connais pas tous les détails, mais je pense qu’il y a environ 5 à 6 personnes, malheureusement qui  nous ont quitté. A part ça, les gens qui sont atteints, c’est d’ordre privé, ils ne vont pas le dire, mais on a déploré quelque cas de morts.

Quel message avez-vous à l’endroit des guinéens en cette période de crise sanitaire ?

C’est un message de solidarité. Je pense que nos compatriotes ne peuvent t compter que sur nous, sur la cellule familiale, sur les voisins. Moi je pense qu’on doit faire preuve de solidarité en cette période de Ramadan pour sortir de cette pandémie. C’est juste la solidarité qui peut nous sauver et je crois qu’elle est en train de se mettre en place déjà en Guinée. Si on a un coup de pouce de l’Etat ça serait bien.

Décrypté par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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