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Guinée : Comment le FNDC peut-il remporter la victoire contre le 3ème mandat ?

Ça y est ! La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a proposé le dimanche 18 octobre prochain comme jour des prochaines élections présidentielles en Guinée.

En attendant la fixation de la date définitive de ces élections par un décret du président de la République, nombreux sont ceux qui veulent savoir quelle sera la réponse du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) face à une probable candidature du président Alpha Condé à ces élections.

Alors que le FNDC n’a pas pu empêcher le changement de la Constitution guinéenne du 7 mai 2010, ce qui était pourtant son objectif le plus solennel, comment pourrait-il empêcher le président sortant de briguer un troisième mandat sur la base d’une nouvelle Constitution votée dans la pandémie et le mépris des droits et libertés, validée et promulguée dans le mensonge et l’injustice suprêmes ? Une Constitution que le FNDC ne reconnait pas en tant que Loi suprême du pays.

Telles sont des interrogations qui paraitront certainement très embarrassantes pour le FNDC lui-même. Ce qui est tout à fait compréhensible quand on connait le degré de déni des libertés fondamentales du pouvoir agonisant et sa détermination à faire usage de la force militaire et policière contre sa propre population. Mais l’histoire du monde ou plus exactement les exemples de certains mouvements de contestation des dix dernières années en Afrique peuvent nous inciter à croire à un changement effectif dans notre propre pays. Car, c’est d’abord dans les esprits que naît une révolution. Avant de devenir un événement politique, une révolution commence par un phénomène psychologique simple et spontané. C’est notamment ce qui s’était produit en Tunisie, en Égypte, au Burkina Faso ou encore en Algérie. Il serait donc important de revenir brièvement sur ces quatre événements afin d’en tirer les meilleures leçons pour le FNDC dans sa lutte.

Éléments déclencheurs du changement

C’était un 14 janvier 2011 qui aura donné le coup d’envoi de la transition démocratique dans le Maghreb des sables et des chameaux. Le potentat Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, après s’être servi et fait servir durant 23 ans, est chassé du pouvoir par une révolte populaire déclenchée par l’immolation par le feu d’un jeune marchand dégoûté par la pauvreté et les arbitraires policiers. Cette victoire du peuple tunisien contre la dictature va donner l’élan à son voisin d’Égypte pour protester contre le pouvoir despotique d’Hosni Moubarak qui règne sans partage sur le trône depuis 30 ans. Son peuple lui reproche une situation économique difficile, une hausse du prix des aliments et des perspectives d’emploi inquiétantes pour les jeunes. Après 18 jours de colère, Moubarak finit par être évincé du pouvoir le 11 février 2011.

En 2014, au Burkina Faso, soi-disant « Pays des Hommes intègres », un Mossi nommé Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans, envisage quant à lui la possibilité de modifier l’article 37 de la Constitution de son pays, fixant depuis 2000 la limite des mandats présidentiels à deux, d’une durée de 5 ans. La possibilité d’un référendum, puis d’une loi votée par l’Assemblée nationale, est évoquée. Alors que cette dernière hypothèse se précise, une foule immense envahit les rues le 30 octobre 2014. Des émeutes éclatent et le Parlement de Ouagadougou est pris d’assaut. L’autocrate est obligé de céder à la volonté du peuple et de quitter le pouvoir. Enfin, après 20 ans de règne sur son pays, le président Abdelaziz Bouteflika de l’Algérie est lui aussi forcé de quitter le pouvoir, le 2 avril 2019, par une foule en colère contre son intention délirante de vouloir briguer à 83 ans, un cinquième mandat présidentiel et ce, malgré un état de santé mentale et physique défaillant. Vous imaginez-vous ? Un 5ème mandat !

Mobilisation et détermination des foules

Comme dénominateurs communs de toutes ces « révolutions démocratiques », outre le ras-le-bol des peuples contre l’injustice et le non droit, on note aussi et surtout leurs fermes déterminations à tourner une page sombre de leur histoire qui se traduit par la force et l’ampleur de leurs mobilisations. Partout, la grogne gagne rapidement l’ensemble du pays, provoquant des manifestations auxquelles participent des foules importantes. Le mouvement se heurte, à certains endroits, aux forces policières absurdes. Des morts et des blessés sont signalés lors d’altercations, attirant l’attention du monde entier.

Même si, en Tunisie par exemple, le président Ben Ali avait tenté de calmer le jeu en procédant à des remaniements au sein de l’appareil politique, le peuple n’a pas cédé, bien au contraire, il a continué à faire pression. À tel point que le dictateur finit par baisser la garde en annonçant la fin de la censure et en renonçant à être de nouveau candidat à la fin de son mandat. La pression aidant, il va même plus loin en proclamant l’état d’urgence et en renonçant à ses fonctions sur-le-champ avant de s’en fuir du pays.

La mobilisation du peuple Égyptien était aussi une des plus spectaculaires. Devant les pressions, qui viennent également de la communauté internationale, Moubarak dissout le gouvernement, nomme un vice-président et annonce qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession. Mais rien à faire ! Face à la grogne persistante, il décide enfin le 11 février de se plier à la volonté du peuple en pliant bagages. Encore pire pour le despote Mossi et le dictateur Algérien. D’un côté, le premier acculé par une foule décidée à en finir avec lui, est forcé de s’en fuir du pays après la dissolution par l’armée de l’Assemblée nationale et l’annonce d’un gouvernement de transition. Le président Compaoré quitte ainsi le pouvoir et s’envole pour l’exil. De l’autre côté, des centaines de milliers d’algériens prennent les rues les vendredis, réclamant le départ définitif du chef de l’État. Secoué par les contestations de plus en plus grandissantes, ce dernier réagit le 11 mars en déclarant qu’il renonce à un cinquième mandat afin, dit-il  d’« apaiser les appréhensions de la population ». Son premier ministre quitte lui aussi ses fonctions. Finalement, ne sachant plus où s’accrocher le président Bouteflika finit lui-même par lâcher le gouvernail et rendre sa démission.

Analyse et conclusions 

Les exemples qui précèdent montrent tous que « quand des individus s’unissent, aucun pouvoir ne peut les résister durablement ». Telle est la première leçon à tirer de ces faits historiques par le FNDC dans sa lutte propre. Ce mouvement est une véritable force de résistance à l’oppression et à l’injustice. Pour le rendre efficace, il faut toutefois renforcer l’union entre les différentes forces qui le composent et mettre surtout en avant l’intérêt du pays tout entier au-dessus des intérêts individuels de ses membres ou des groupuscules qui se prononcent en son nom. Ainsi, lorsque chaque individu réalise qu’il n’est plus seul, et s’aperçoit que les autres pensent la même chose que lui, c’est tout un univers mental qui bascule.

Le rassemblement de tels individus devient alors une foule. Et quand cette foule surmonte sa peur et réalise sa force, un tournant irréversible est pris. Lorsque ce moment se produit, c’est l’initiative qui change de camp, et le pouvoir de mains. Pour les autocrates et les dictateurs, c’est le début de la fin. Le reste n’est plus que l’affrontement de deux volontés. Le régime peut s’accrocher, tuer, résister même un certain temps, car rien n’est jamais gagné ni écrit d’avance. Mais une fois franchi ce cap psychologique, plus rien n’est pareil. Même si les institutions demeurent en place, elles ne sont plus qu’une apparence.

D’un autre côté, la mobilisation de contestation contre l’injustice doit être massivement portée par le peuple, dans son plus grand nombre. C’est ce qui fera toute sa force. Elle doit être menée avec engagement et détermination, dans une atmosphère pacifique mais radicalement révolutionnaire. C’est ce que nous avons vu en Égypte et en Tunisie notamment, mais aussi au Burkina et encore plus en Algérie avec le départ forcé du président insaisissable et au soutien considérable de la part de son ancienne puissance colonisatrice. Telle sera la deuxième leçon à préconiser au FNDC.

Enfin, la troisième et dernière leçon à tirer de ces quatre exemples est de se convaincre que la situation guinéenne n’est pas une fatalité coulée dans le béton. Il n’existe pas de pouvoir plus suprême que le pouvoir du peuple. Il suffit juste de l’ébouillanter et le canaliser à des fins utiles, qui débouchent au bonheur collectif. Les guinéens et guinéennes rassemblés et unis dans la pensée sont capables de changer le destin de leur pays. Ce pays qui, alors que ses semblables, commencent à voir l’horizon, continue malheureusement de s’enfoncer davantage dans les ténèbres de l’ignorance, de l’injustice et de la pauvreté. Et pourquoi donc ?  Il faut, en premier lieu, poser la question à ses gouvernants.

Il est à espérer que le FNDC et tous les esprits épris de justice sauront faire une lecture intelligente de cette tribune afin d’en tirer les conséquences qui s’imposent et qui sont profitables à la Guinée.

Aboubacar FOFANA
Montréal, Québec, Canada

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