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Guinée : le mystère des 700 millions de dollars de Rio Tinto

L’accord signé en 2011 entre Conakry et le groupe minier aurait dû renflouer les caisses de l’Etat. Mais du côté du fonds censé gérer cette somme, le compte n’y est pas.

Un magot de 700 millions de dollars. C’est à peu près l’équivalent du budget de l’Etat en 2010 qu’empoche la Guinée à l’issue de l’accord d’avril 2011 signé avec la compagnie minière Rio Tinto. Mais «où sont passés les 700 millions ?» Depuis des années, la question est lancinante à Conakry.

Libération est en mesure d’apporter un nouvel éclairage sur la destination (ou la disparition) d’une partie de l’enveloppe. Et sur son véritable montant. Ousmane Kaba, ex-conseiller à la présidence qui a planché sur les négociations entre le gouvernement et le géant minier, témoigne pour la première fois : «Rio Tinto a payé 750 millions de dollars sur un compte spécial géré par le gouverneur de la Banque centrale et le président de la République», affirme-t-il à Libération.

Une information corroborée par deux autres sources proches du dossier. Rio Tinto maintient de son côté que 700 millions de dollars (et non 750) ont été versés directement au Trésor public guinéen. Soit. Mais à quoi a donc servi cette richesse tirée – enfin – du gisement de fer inexploité de Simandou ? Aux médias guinéens qui lui posent la question, le président Alpha Condé détaille lors d’une conférence de presse en juillet 2016 : «J’ai pris 125 millions pour entamer le barrage hydroélectrique de Kaleta. Nous avons commandé des groupes électrogènes avec 120 autres millions. C’est pourquoi nous avons eu l’électricité si rapidement.» Puis ajoute, le 29 janvier dernier à l’occasion de l’inauguration d’une agence d’Etat : «Le reste, on était obligé de le mettre sur un compte et c’est le Fonds monétaire international (FMI) qui décidait combien on devait dépenser par an.»

Bilan lapidaire

Quand l’institution financière revient officiellement en Guinée en janvier 2011, l’économie nationale est exsangue. «Compte tenu du défi de dépenser de manière efficiente ces recettes exceptionnelles, les autorités ont requis l’aide du FMI et de la Banque mondiale pour créer un fonds spécial», explique le FMI à Libération. Cette intervention aboutit à la création d’un fonds spécial d’investissement (FSI), mentionné le 23 décembre 2013 au Journal officiel. Mais étonnamment, aucune instance, internationale ou guinéenne, n’est en mesure de produire un document sur ce fonds et sur la gestion des 700 millions de dollars.

Le FMI, lui, fournit un bilan lapidaire, reprenant pour l’essentiel un paragraphe de son «Programme de référence Guinée» de juillet 2011 : «185,5 millions de dollars ont été affectés au budget 2011» et 214 millions en 2012, pour des «investissements publics urgents surtout dans le secteur de l’électricité», tandis que 50 millions de dollars ont été versés à la Banque centrale. «Les 250 millions de dollars restants ont servi à financer le programme d’investissement public 2013-2015», écrit le FMI à Libération.

Or la consultation des lois de finances 2011-2015 ne permet pas d’identifier de tels mouvements. Seul apparaît en 2012 un financement non bancaire de 348 millions de dollars pour combler le déficit budgétaire. Quant au FSI, l’affectation de ses fonds au budget de l’Etat est bien mentionnée dans les lois de finances 2013 et 2014, pour un montant total, ces deux années, de 254 millions de dollars. 232 millions issus de cette enveloppe ont été réellement dépensés, selon un document récapitulatif. Les plus gros postes d’investissement sont les infrastructures et l’énergie (construction et réhabilitation de routes, de ponts, construction de quatre microbarrages, travaux d’électrification) – des projets livrés ou en chantier, et parfois introuvables sur le terrain.

Flou sur le pactole

Le total des dépenses attribuées au «fonds Rio Tinto» dans les lois de finances atteint en réalité, au maximum, 580 millions de dollars. Restent environ 120 millions dont la trace s’est volatilisée… Lire la suite de l’article sur Liberation.fr en cliquant ici.

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One comment

  1. Alpha Condé a toujours refusé l’AUDIT de ce montant de 750 millions de dollars que Rio Tinto a versé,en créant le flou.Ainsi que l’absence de Cour des comptes en Guinée pour élucider cette affaire.Mais,tôt ou tard,ce détournement de fonds publics va être justifié et juger les coupables pour rembourser la totalité de ce Montant avec intérêt et pénalités,plus l’emprisonnement ferme des coupables.
    Toutes les recettes minières vont passer au peigne fin depuis 2010.Car,il faut absolument éliminer cette gangréne du pays;et le seul responsable est Alpha Condé durant ses 2 mandats présidentiels en Guinée.

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