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Onze ans de déni de justice sur les crimes contre l’humanité de septembre 2009 : la collusion de la CPI avec Alpha Condé…

Nous voici encore réunis cette année pour marquer le onzième anniversaire des crimes contre l’humanité de 2009 en Guinée et pour dénoncer le déni de justice qui s’en est suivi depuis. Du fait de la pandémie, les cérémonies de cette année seront conduites sur l’internet avec les medias sociaux.

À l’occasion de cet anniversaire, nous avons tenu à faire un rappel succinct des agissements coupables de la plupart des acteurs en charge du dossier des crimes contre l’humanité. Nous voulons ainsi toucher du doigt les responsabilités multiples qui ont permis le déni de justice.  En effet, depuis 2009, on assiste à une collusion avec la procureure de la CPI et M.. Alpha Condé d’une part et, d’autre part, à une négligence tragique des responsables politiques guinéens.

Fatou Bensouda a trahi la Guinée  

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, est sur le point de prendre sa retraite. Au cours des huit années de son mandat, ses actions dans le dossier des crimes contre l’humanité en Guinée auront été marquées par une coupable léthargie. Son comportement a fait l’objet de questions et d’interrogations par plusieurs organisations de la société civile, dont Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon.

En juin 2012, Fatou Bensouda fut nommée comme procureure de la CPI.  Elle déclara que les crimes contre l’humanité en Guinée allait être poursuivis.  Le même mois, une marche des femmes africaines fut organisée à Washington DC pour interpeller les organisations multilatérales de développement ainsi que le département d’état américain sur l’urgence et la nécessité de suivre le dossier des crimes contre l’humanité de 2009.

Les organisateurs de la marche s’étaient félicités des déclarations de Fatou Bensouda. Les femmes qui furent violées en plein jour, ainsi que celles qui furent séquestrées pendant des jours comme esclaves sexuels par les forces de sécurité avaient pris les déclarations de Fatou Bensouda comme un signe encourageant.  Huit ans plus tard, il faut conclure que ses déclarations sont vaines et que l’ignominie de ces crimes l’ont laissée indifférente, même en tant que femme.

En Décembre 2014 nous avions mis Fatou Bensouda en copie d’une lettre au président du Burkina-Faso à propos du Capitaine Moussa Daddis Camara. Nous demandions que Daddis Camara soit mis aux arrêts et transféré à la CPI.

En Juin et en Août 2015 nous avons adressé deux lettres à Fatou Bensouda au sujet de Daddis Camara. La première lettre portait sur la candidature de ce dernier aux élections présidentielles. La seconde sur le fait que Daddis Camara fut empêché de retour en Guinée. Nous avions demandé expressément à la CPI de passer de son examen préliminaire et de se saisir officiellement du dossier enfin d’éviter les manipulations politiciennes et ethniques qui avaient cours autour des crimes contre l’humanité dont Daddis était accusé.

En Octobre 2015, suites aux élections présidentielles nous avons adressé une lettre de remontrances à Fatou Bensouda du fait des menaces qu’elle avait faites en direction de l’UFDG pour les violences perpétrées par les forces de l’ordre.

En Décembre 2016, suite à l’arrestation de Toumba Diakité, nous avions réitéré à Fatou Bensouda les demandes d’enquête totale afin d’éviter à l’un des protagonistes des massacres d’être dans les mains de la justice guinéenne. Aujourd’hui Toumba Diakité est totalement oublié par le gouvernement et l’opinion nationale.

En Novembre 2019, dans une lettre adressée à la CPI, nous avions questionné ouvertement la complicité manifeste de la procureure de la CPI avec le président guinéen. La lettre rappelait maintes faillites précédentes de la procureure et les avertissements fondés qu’elles contenaient.

« ..l’annonce d’une nouvelle date de procès – en juin 2020 – n’a fait l’objet d’aucun ultimatum ferme de la part de la CPI. Ainsi, cela laisse ouverte la possibilité d’un nouveau report.

L’acceptation aveugle de nouvelles promesses de procès joue en faveur de M. Alpha Condé. Le président guinéen a bâti son régime autocratique sur la complicité active des accusés d’avoir perpétré les crimes, la léthargie de la CPI et, dans une moindre mesure, la négligence coupable de la plupart des dirigeants politiques guinéens.

Selon vos propres mots, la CPI suit de près la situation de chaos qui règne en Guinée, avec la tentative de coup d’état constitutionnelle de M.. Alpha Condé. Tous les dangers sur lesquels on n’a cessé d’attirer votre attention pendant dix ans sont en train de se matérialiser en Guinée : violences ethniques, assassinats gratuits de citoyens innocents sur un fond de corruption à grande échelle, d’exploitation prédatrice des ressources naturelles à des fins de guerre larvée contre toute tentative de démocratisation du pays. Néanmoins, vous poursuivez le soutien aveugle au gouvernement, avec des promesses d’aide qui se sont révélées dénuées de sens.

En janvier 2020, le ministre de la justice de l’époque, M.. Lamine Fofana avait annoncé la construction d’un palais de justice pour abriter les procès. Il donna des dates de finition en Mai, cela pour une durée de construction de 10 mois. L’opinion guinéenne s’était outrée de ses incohérences. Mais cela n’avait pas empêché le bureau de la procureure de proclamer à l’époque que cette annonce fallacieuse était un signe d’engagement sur la bonne voie. Il s’avère aujourd’hui que la CPI n’avait fait que souscrire à une autre fausse promesse.

À cet échantillon de mises en gardes faites à Fatou Bensouda, s’ajoutent les memoranda de chaque anniversaire que nous lui avons systématiquement adressés. Le rappel ci-dessus est pour informer le futur remplaçant de Fatou Bensouda à la CPI, de sa faillite morale et de la trahison de sa mission. Il sert aussi à souligner l’impérative nécessité que le dossier des crimes du 28 Septembre aboutisse dans les règles et au plus vite. Nous rappelons à la procureure actuelle et à son futur remplaçant que la léthargie de la CPI a été un facteur permissif des crimes d’état en Guinée. La responsabilité de la CPI sur l’avenir de la nation guinéennes est engagée au même titre que le déni actif de justice de M.. Alpha Condé et des acteurs politiques guinéens.

La responsabilité de Alpha Condé : son déni actif de justice

Les agissements de Alpha Condé pour saborder ls justice sur le dossier des crimes du 28 Septembre sont nombreux et bien connus.  Le 25 octobre 2014, lors d’une visite, à l’île de Kassa, M. Alpha Condé a déclaré en langue Soussou avoir « demandé aux blancs de laisser l’affaire du 28 septembre parce qu’il y a eu celles de 1985, de 2006 et de 2007 et ils n’ont pas fait l’objet de poursuites ». Notre organisation avait condamné l’amalgame que faisait M. Condé en ces termes : « Les propos de M. Alpha Condé constituent une présomption troublante de complicité avec les officiers accusés de crimes contre l’humanité. Ils renforcent la perception de collusion déjà manifeste avec leur maintien dans son gouvernement ainsi que des promotions, des honneurs et des médailles.  La déclaration souligne encore plus la nécessité d’un procès impartial et ouvert pour cerner l’ampleur et les ramifications des massacres de Septembre 2009 »

Au cours de la dernière décennie, Alpha Condé a catégoriquement rejeté les appels unanimes des organisations de la société civile et de l’ONU de retirer de l’administration et des forces de sécurité les officiers inculpés de crimes contre l’humanité. Lorsque Alpha Condé est devenu président de l’Union africaine, notre organisation a appelé les chefs d’État africains à l’interpeller sur la protection qu’il accordait à des militaires accusés de crimes contre l’humanité.

Enfin, il faut souligner la faillite morale de M. Alpha Condé qui n’a jamais montré le moindre signe de magnanimité envers les femmes violées et les blessés qui sont encore de nos jours dans un état d’abandon total.

L’opposition guinéenne ou le tragique mépris de la justice

Face aux actes coupables du président guinéen et au laxisme du procureur de la CPI, les dirigeants de l’opposition guinéenne auront fait preuve d’une malheureuse négligence envers le processus judiciaire ainsi que le sort des victimes.

L’opposition guinéenne n’a jamais organisé de cérémonie pour commémorer la tragédie de septembre 2009. Ceci, malgré le fait que plusieurs dirigeants politiques de l’opposition furent blessés et faillirent perdre leur vie. Des centaines d’activistes qu’ils ont appelés à manifester ont été assassinés, violés ou blessés. Le silence étrange de l’opposition a contribué à ancrer la culture de l’impunité dans notre pays. Du fait de leur complaisance à l’égard des crimes d’état, les membres de l’opposition guinéenne, et plus récemment du Front pour la défense de la Constitution, ont payé un lourd tribut à la répression aveugle des forces de sécurité. Des centaines de Guinéens ont été assassinés en toute impunité. Des maisons ont été démolies sans avertissements ni compensations, principalement dans des zones jugées opposées au gouvernement de M. Alpha Condé. Les autorités religieuses et sociales font l’objet d’attaques et d’intimidations continues.

Que faire ?

La complicité active de M.. Alpha Condé avec les présumés coupables et la démission des dirigeants politique guinéens ont engendré les prudences et les hésitations diplomatiques sur les crimes contre l’humanité de 2009. L’impunité dont les présumés coupables de crimes contre l’humanité ont pu jouir a été le facteur permissif des crimes d’état qui ont emailé les dix ans du règne de Alpha Condé. La faillite morale des leaders de la nation et de la CPI a fait le lit aux assassinats récents du coup d’état constitutionnel.

Il est impératif d’avoir en tête et de réitérer autant que possible ceci :  le déni de justice sur le dossier des crimes contre l’humanité de Septembre 2009 est la cause majeure de l’instabilité politique chronique en Guinée. Il faut aussi noter que tant que la culture d’impunité et de mépris de la justice continuera, la violence politique survivra en Guinée. Les collusions criminelles des gouvernants et les négligences coupables de ceux qui aspirent à les remplacer continueront à dérailler toute tentative de démocratisation de la politique en Guinée. La banalisation des crimes d’états comme des normes de lutte politique va noyauter les combats que les guinéens livrent pour débarrasser leur pays de la gangrène du banditisme d’état. Le mépris de la justice continuera à dévaloriser les sacrifices du peuple en de marchandages dans l’ombre et en clientélismes tribaux. Les corruptions à grande échelle, l’exploitation sauvage des richesses naturelles avec le corollaire de la destruction de l’environnement et la ruine de l’avenir de générations de guinéens continueront aisément à se voiler dans des positionnements ethniques et des populismes électoraux.  La misère qui en résulte laisse les portes ouvertes à une réédition en continue de la tragédie guinéenne.

Cette situation n’est pas une fatalité qui doit être subie. Elle peut être combattue et éradiquée. Pour ce faire l’engagement prouvé des millions de guinéens doit être solidement ancré sur le terrain de la justice, de l’éradication de l’impunité et de l’érection d’un état de droit.  C’est avec cette conviction que nous saluons encore une fois la mémoire des victimes des crimes contre l’humanité de 2009, en ce jour de onzième anniversaire.

La commission centrale de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon

Ampliations

  1. Conseil de sécurité de l’ONU
  2. Commission de Sécurité et de Paix de l’Union africaine.
  3. Président en Exercice de l’Union africaine.
  4. Commission de la CEDEAO
  5. Président en Exercice de la CEDEAO
  6. Représentant de la CEDEAO en Guinee
  7. Représentant de l’UNION Européenne en Guinée.
  8. Département d’État Américain
  9. Ambassadeurs des pays de l’Union Européenne en Guinée
  10. Human Right Watch
  11. Human Right First
  12. OGDH
  13. FIDH
  14. AVIPA
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