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La Chine avance ses pions en Afrique

La semaine dernière, la cinquième conférence du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC) s’est tenu à Beijing, un évènement qui réunissait les principaux dirigeants africains et chinois pour échanger sur l’état d’avancement de la coopération entre la super-puissance asiatique et le continent émergent. Une annonce de taille a précédé cet évènement : le porte-parole Shen Danyang a annoncé à la presse le 17 juillet que la Chine était officiellement devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec un volume de commerce bilatéral qui a atteint 166,3 milliards de dollars en 2011. Ce nouvelle a eu l’effet d’un ouragan dans les sphères politico-financières internationales, marquant par ce biais la fin d’une domination occidental sur le continent africain. Maintenant en pôle position, et dans une posture plutôt propice à la poursuite de cette position de leadership, la Chine a su prouver que ses stratégies de soft power pour approcher les pays africains sont payantes, et pourraient s’avérer très profitables dans les décennies qui viennent.

Cette accession fulgurante au titre de principal partenaire de l’Afrique s’explique par plusieurs critères qui mettent en exergue les différences culturelles orient-occident : l’affaiblissement économique de l’Europe, l’approche résolument moins paternaliste de la Chine vis-à-vis de l’Afrique, et les intermédiaires entre les deux continents.

L’affaiblissement économique et les besoins énergétiques de l’Europe

Les deux guerres mondiales du 20e siècle ont mené à la fin du système colonialiste : La vague d’indépendance a frappé la plus grande majorité des colonies sous contrôle des métropoles européennes, mais tous ces nouveaux pays indépendants manquaient pour la plupart de moyens financiers pour rester indépendants sur l’échiquier international, et n’eurent d’autres choix que d’entretenir des relations commerciales privilégiées avec leurs anciens colonisateurs avec qui les marchés étaient déjà en place.

Selon Eurostats, en 2011, l’Union européenne des 27 pays membres était en déficit de 13,2 milliards d’euros (en hausse par rapport aux années précédentes). L’Europe consomme 16% de l’énergie mondiale consommée. Une consommation qui augmente de 1 à 2% tous les ans. L’importation énergétique des pays européens a augmenté de 30% entre 1991 et 2011. Plus l’Europe avance, plus ses charges énergétiques sont élevées, et comme les Etats-Unis qui consomment 20% du pétrole mondial dont 80% exporté, l’Europe se retrouve dans une dépendance énergétique vis-à-vis de son voisin africain. En 2030, l’UE devrait importer 70% de sa consommation énergétique.

De l’autre côté, l’économie des pays africains est en pleine effervescence, boostée par les besoins énergétiques grandissant des autres continents face à l’augmentation de la population et l’utilisation massive de nouvelles technologies. L’Afrique possède 10% des réserves connues en pétrole, mais surtout 90% des réserves mondiales de platine, de cobalt et de chrome, plus 60% des réserves mondiales de manganèse et de coltane, et sans oublier les réserves de phosphate dont le Maroc est le premier producteur mondial.

La Chine moins paternaliste que l’Europe

Comme il fut évoqué ci-dessus, la plupart des pays africains ont un passé colonialiste avec leurs partenaires commerciaux européens. Aujourd’hui encore, une forme évidente de néo-colonialisme habite les relations entre les deux continents : Les pays européens se positionnent souvent, par le biais de l’ONU ou de l’Union Européenne, comme une figure d’autorité vis-à-vis de ses pairs africains, et n’hésite pas à imposer des sanctions contre les pays désobéissants.

La plupart des pays africains, suite à leur prise d’indépendance, se sont retrouvés étouffés économiquement, ne disposant que de très peu de moyens pour se lancer, et d’aucun capital pour exploiter les ressources de leurs terres. L’argent de l’Europe a toujours joué un rôle clé dans le développement économique de l’Afrique. Mais ces aides plus que généreuses furent également utilisées comme moyen de chantage, de pression pour forcer les pays bénéficiaires africains à se plier aux politiques économiques et commerciales européennes. Aujourd’hui encore, lorsqu’un pays africain se met à dos l’Union Européenne, cela se traduit en de dramatiques pertes d’aides, et le retrait des capitaux des différents bailleurs de fonds.

La Chine entretient des rapports beaucoup plus équilibrés avec l’Afrique, il est beaucoup moins reproché à la Chine de s’immiscer dans les affaires intérieures des pays africains, des cas d’ingérence très fréquents des côtés français, anglais, américain… La Chine a une approche plus désintéressée, souhaite travailler avec l’Afrique, mais sur un pied d’égalité, en reconnaissant complètement l’indépendance et la souveraineté de ses pairs africains.

L’approche chinoise est purement stratégique : elle consiste simplement à offrir à l’Afrique une relation commerciale désintéressée, dans laquelle le nouveau leader de l’économie mondiale ne se permet pas d’ingérence dans les affaires des pays avec lesquels ils traitent. Cela ne signifie pourtant pas que la Chine est un état pacifique et sans ambitieux colonialiste, considérant les relations que le pays entretient avec certains de ses voisins. La Chine arrive avec un message de pérennisation de l’économie africaine, ce qui rassure.

Les intermédiaires entre l’Afrique et la Chine

La Chine n’ayant pas fait partie des grands pays colonisateurs de l’Afrique, le pays ne peut pas prétendre connaître par expérience le goût des relations avec les pays africains. Pour convaincre les dirigeants de pays africains d’intégrer des acteurs chinois dans leurs projets économiques, la diplomatie chinoise s’est armé de quelques talents du commerce international pour décrocher des contrats.

Pierson Capital Asia, entreprise dirigée par l’homme d’affaires Pierre Falcone, oeuvre au développement des intérêts chinois à l’international, et surtout en Afrique. L’homme d’affaires est un proche de certains dirigeants étatiques, et possède ses entrées dans la plupart des palaces présidentiels africains. Pierre Falcone a aussi travaillé en tandem avec Sam Pa : à l’époque de la politique de “going out” de la Chine (début 2000), Sam Pa a activé le contact Falcone pour s’ouvrir des portes en Angola et de négocier d’énormes avantages commerciaux sur la quasi-totalité du pétrole qui transite entre l’Angola et la Chine. Au Zimbabwe, Sam Pa a également obtenu les droits d’extraction de pétrole et de gaz, ainsi que l’accès aux mines d’or, de platine et de chrome du pays.

Manuel Vicente, président de Sonangol China, a lui aussi, au même titre que Pierre Falcone ou Sam Pa, joué un grand rôle dans la conquête des marchés africains par la Chine, en récupérant des exploitations minières présentes et futures en Guinée.

Face à une Europe affaiblie et à une Afrique en quête de reconnaissance, la Chine place ses pions. La spécificité du jeu, c’est qu’il semble que les chinois sont en train de jouer un jeu de go, un jeu dont les dynamiques peuvent être beaucoup plus complexes et perverses que celles d’un jeu d’échecs. En Afrique, la Chine joue et gagne, au grand dam d’une Europe qui perd ses pions les uns après les autres.

par Polinside

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