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Gestion du pouvoir : les derniers signes d’une fin de règne imminente !

 

Il n’est de secret pour personne que le vote présidentiel de 2010 a été largement communautaire. Mais si le premier tour a été plus ou moins ouvert avec la participation de 24 candidats de toutes ethnies et de toutes sensibilités confondues, le temps mis entre ce premier et le second tour a été utilisé par Alpha Condé, avec tous les efforts possible, pour regrouper trois ethnies contre une.

Cette vision a contribué à fissurer encore davantage le tissu social en Guinée. C’est ainsi que nous avons entendu, de la bouche même du président de la République, l’existence des trois Mandén et du Mandén Djallon, ramenant ainsi la Guinée sous une seul communauté, tout en ignorant toute la diversité qui fait la richesse de ce pays.

Mais l’histoire nous montre que s’il est facile de diviser le peuple pour accéder au pouvoir, il n’est guère possible de gérer le pays dans la division et le déni de toutes les valeurs qui régissent et qui modèlent la gestion d’une République.

Plus de quinze mois de tâtonnement dans la conduite des affaires du pays, tant au niveau de la vie sociale et économique, qu’à celui de la gouvernance et du respect des libertés fondamentales et du droit, les défections au sein des instance de gestion du pays ont commencé à faire surface.

C’est alors que l’on a suivi le cas de Christian Sow, avocat et ministre de la Justice, garde des Sceaux. Bien qu’une grande gymnastique diplomatique ait été déployée pour le ramener à la « raison », le vérité est que ce cadre ne croit visiblement plus à la capacité de son « client » devenu président, à apporter le changement tant souhaité.

Dans sa volonté d’isolement de son challenger du second tour de la présidentielle, Alpha Condé multiplie les maladresses au point de perdre ses meilleurs alliés qui lui ont permis d’accéder au pouvoir.

Sans aucun respect pour les engagements pris tant avec Lansana Kouyaté, qu’avec le général Facinet Touré et autre Kassory Fofana, Alpha Condé tourne le dos à ceux qu’il considérait hier comme étant ses oncles maternels et plus encore, à celui qui représente 7% de l’électorat guinéen du premier tour de la présidentielle et qui l’a porté aux affaires.

Au-delà de cette rupture de relation, le président de la République trouve le moyen, malgré sa proximité avec Papa Kolie Kourouma, Jean Marc Telliano et même Jean Marie Doré, de se brouiller avec la Forêt à travers un premier incident entre jeunes qui a entraîné une sévère condamnation des uns sans aucune autre forme de sanctions pour les autres. Un second incident vient de l’affaire de Zoghota qui a montré à l’opinion nationale et internationale qui est Alpha Condé et que la brouille avec la Forêt est consommée. Les jeunes de la Forêt, à Conakry notamment, ont voulu manifester pour exprimer leur ras-le-bol de cette gestion. La répression a été violente.

A cet effet, toujours dans la vision de faire de la Guinée, non pas une nation comme les autres, mais un pays où il y a une ethnie et une communauté qui essaie de gérer les autres ethnies et communauté, Alpha Condé a poussé l’ethno stratégie à l’extrême. Les jeunes de la Forêt ont lancé un appel pour une rencontre au stade de Nongo.

Dans un esprit de solidarité et de compassion vis-à-vis des victimes de Zoghota, des citoyens guinéens se sont déplacés au stade de Nongo. Les forces de défense et de sécurité y étaient déployées avec des objectifs clairs de mâter et d’arrêter les manifestants. Dans cet exercice un jeune a été arrêté et, en demandant le pourquoi, il a entendu des gendarmes se dire entre eux de relâcher ce dernier parce qu’aujourd’hui ce n’est pas le tour des Peuhls, mais des Forestiers. Voilà la Guinée qu’Alpha Condé veut léguer aux générations futures.

C’est dans la difficulté du pouvoir à gérer Zoghota que la marche du 27 août a eu lieu, comme pour compliquer encore plus les choses et Alpha Condé a eu encore une fois l’occasion de montrer son vrai visage, accentuant du coup tout le différend qui existe entre lui et son opposition.

Le monde entier sait que la gestion de cette marche par le pouvoir a été si catastrophique que son allié d’hier a décidé de retirer ses deux ministres du gouvernement et les autres opposants de la CENI et du CNT.

C’est à la faveur d’une telle tension qu’un banal petit incident a eu lieu à Matam ces jours-ci, avec la mort malheureuse, une autre, d’un jeune du nom de Sylla et qui a failli avoir des conséquences incalculables entre jeunes de Matam qui crient « vengeance » et autres jeunes de la Casse, proches du pouvoir.

Voilà la toile de fond du paysage politique qui prévaut actuellement en Guinée. Cela vient se rajouter à la situation qui veut que dans plusieurs quartiers de Conakry, les mosquées ont été séparées et les fidèles désormais ne prient plus que par communauté.

A ce rythme, on va bientôt assister à des prêches qui seront destinés non plus aux fidèles, mais à des communautés, les montant les unes contre les autres.

La poudre est bien en place et les étincelles se font de plus en plus proches et fréquentes. A un moment, la poudre prendra feu et nul ne peut avoir la moindre idée des conséquences !

Les observateurs de la scène politique guinéenne les plus pessimistes commencent à envisager la possibilité d’envoi :

  1. d’une force d’interposition, afin d’assurer la protection des populations civiles des exactions de plus en plus orientées des force de l’ordre pour éviter un génocide qui se dessine et se précise de plus en plus ;
  2. d’une instance des Nations Unies pour assurer la gestion de tout le processus électoral, de la révision des listes à la certification des résultats en passant par le déploiement d’observateurs internationaux.

Pour répondre aux pessimistes, des voix s’élèvent pour dire que la Guinée n’est pas en guerre comme l’était la Côte d’Ivoire.

Mais un avis contraire reconnaît que la Guinée n’est pas en guerre comme cela fut le cas de la Côte d’Ivoire, mais que nous avons en Guinée, tous les ingrédients d’une guerre civile à gestation. C’est justement la présence de ces ingrédients qui a amené les Nations Unies à faire de la Guinée un pays bénéficiant des fonds du programme pour la consolidation de la paix.

Partant de cette réalité, toutes les raisons sont là pour justifier une plus grande implication de la communauté internationale dans la résolution des problèmes en Guinée.

Une chose est certaine, c’est que sans une telle implication avec un comportement de laisser faire de la communauté internationale, nous serons rapidement en face, soit d’un génocide programmé, soit d’un retour de l’armée aux affaires, soit encore un à la suite de l’autre.

Dans tous ces cas de figure, seuls les détenteurs d’armes auront le dernier mot !
Mamadou Barry
Analyste financier

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