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Attaque de la résidence d’Alpha Condé: Les faits selon AOB

L’audience des présumés auteurs de l’attaque du domicile privée du Président Alpha Condé du 19 juillet 2011, ouverte hier 7 janvier a repris ce matin 8 janvier 2013, avec leur comparution devant la Cour d’assises de Conakry. Ils sont 33 dont, le Cdt Alpha Oumar Boffa Diallo alias A.O.B, Mme Fatou Badiar Diallo, le jeune Baba Alimou Barry. Ils sont poursuivis pour de nombreux chefs d’accusations: Association de malfaiteurs, tentative d’assassinats, consommation et détention de chanvre indien, destruction d’édifices publics, la liste n’est pas exhaustive.

S’agissant de la journée d’hier, il faut souligner que le Général Nouhou Thiam, ancien chef d’Etat-major, l’ex-préfet de Dubréka, Cdt Mamadouba Bondabon Camara et codétenus, ont été renvoyés devant le tribunal militaire qui n’existe pas en Guinée, du moins pour le moment.

L’ouverture de l’audience, le 7 janvier, a été marquée par le déploiement d’un dispositif sécuritaire impressionnant aux alentours et dans la cour de l’Institution judiciaire. L’audience a démarré par la lecture de l’arrêt de renvoi de la chambre de mise en accusation de la Cour d’appel par le Greffier en chef de la Cour d’assises. Cette séance a duré 1h 30. Mais l’arrêt contiendrait des erreurs, du fait que des présumés contestaient et rectifiaient leurs noms, filiations ou domiciles.

Les accusés ont pour juge, M. Fodé Bangoura. Tous les accusés ont défilé devant lui, pour se présenter. Lorsqu’ils ont été invités à reprendre leur place, il a demandé au Cdt AOB de rester à la barre. Il aurait mal à son pied droit qui portait un bandage. Le juge lui a permis de comparaître assis sur une chaise.

« M. Fernandez m’a demandé d’accuser certains leaders politiques et opérateurs économiques. »

A la barre, Cdt Alpha Oumar Boffa Diallo s’est dit être face au jury de la Cour d’assises. « Parce que le Ministère public, représenté par M. William Fernandez m’a trouvé dans mon lit de malade, par trois fois avec le Colonel Tiégboro Camara, en me disant que le dossier là est vide, et de coopérer avec lui. Il est venu une fois à la Maison centrale, une fois au Camp Samory. Il est revenu un jeudi avec le Régisseur de la Maison centrale tout en me réitérant de coopérer. Moi, je ne suis qu’un soldat, venu du village. Je ne sais pas ce qu’on appelle coopération dans le cadre de la justice. M. Fernandez m’a demandé d’accuser certains leaders politiques et opérateurs économiques. Lorsqu’il a prononcé ces mots, le Régisseur central est sorti en courant « .

Il s’agirait, selon lui, des leaders et opérateurs économiques suivants: Sidya Touré, président de l’UFR, Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG, Lansana Kouyaté, président du PEDN, Bah Oury, premier vice-président de l’UFDG, Tibou Camara, ex-ministre Secrétaire général à la présidence sous la Transition pilotée par Sékouba Konaté et Amadou Oury Diallo dit « Diallo Sadakâdji », opérateur économique.

Rappelant l’attaque du domicile d’Alpha Condé dans la nuit du 19 juillet 2011, le prévenu AOB déclare avoir reçu ce jour un coup de fil du Lieutenant Amadou Diallo qui est le frère de l’accusée, Mme Fatou Badiar, à 22h, lorsqu’il (AOB) était en train d’acheter du pain à Coléah, dans la commune de Matam, au Sud-ouest de Kipé, lieu où résidait le Président Alpha Condé.

Lieutenant Amadou Diallo aurait dit à AOB de venir en toute urgence à Lambanyi, dans la commune de Ratoma, au Nord-est de Conakry, après le quartier Kipé, Kaporo et Nongo. Mais le Lieutenant Amadou n’aurait pas dit à AOB pourquoi il veut le voir.

Sur les lieux, explique AOB, le Lieutenant s’est présenté avec des « inconnus, bizarrement habillés, coiffés de bonnets avec des cauris », avant de lui dire : « Kötö (en langue peulh, grand frère, Ndlr), c’est ça hein. C’est ça. »

Les inconnus, à bord des pick-up auraient ordonné à AOB de les suivre, s’il ne voulait pas mourir. Il est monté à bord. Mais leur cortège a pris la direction du Km 36, plus à l’Est de Conakry, avant d’emprunter l’autoroute Leprince en passant par Enco 5, le carrefour Bambéto, avant de reprendre l’axe Bambéto-Kipé. Parvenu au niveau des rails dans le quartier Kipé, à environ 200 mètres de la résidence du Chef de l’Etat, selon AOB, les inconnus ont tiré à balles réelles sur le Lieutenant Amadou Diallo. Après quoi, ces inconnus lui ont donné ordre de se rendre chez le Président Alpha Condé, en lui disant qu’il doit y aller, parce qu’il aurait une mission à accomplir là-bas.

« J’ai demandé où? », explique le Cdt AOB à la barre. Et de poursuivre: « Ils ont dit au domicile du Président de la République. Pourquoi faire? Ils ont dit: Tu vas ou bien on te tue. Je leur ai demandé de m’envoyer Amadou pour que j’entende cela de sa bouche. Ils l’ont envoyé. J’ai dit : Amadou, c’est pour ça que tu m’as appelé ? Directement, ils ont tiré des rafales sur lui. Il est tombé. Après, ils m’ont dit, tu vas ou tu subis le même sort. J’ai dit d’accord, mais à condition que vous me laissiez partir seul. Arrivé sur les lieux, vous allez me trouver. Ils m’ont dit d’accord. Donc, je suis venu dans ma jeep. Je me suis garé à côté de la barrière et j’ai appelé le Chef de poste de la sentinelle. Je lui ai dit : « Tu vois le cortège-là, ces occupants veulent m’assassiner et vous attaquer. Prenez vos dispositions. » Avant même que je termine, tous les gardes ont pris la fuite. C’est ainsi que moi aussi j’ai pris ma voiture et j’ai foncé, pour la ville, (nom qui désigne communément la presqu’île de Kaloum, par les habitants de Conakry Ndlr). Parce que, si quelque chose doit m’arriver, ça doit être chez moi. Le cortège m’a suivi et ils étaient en communication », a expliqué Cdt Alpha Oumar Boffa Diallo. Il dit n’avoir pas trouvé exceptionnellement de barrage au Pont 8 novembre, comme il en existait auparavant et jusqu’à nos jours, toutes les nuits à partir de 23h ou 23h 30.

Continuant sa narration des faits, AOB déclare qu’au niveau du quartier Coronthie, Kaloum, il est rattrapé par ceux qu’ils appellent inconnus qui étaient à ses trousses. Ces derniers auraient lancé dans sa jeep, une grenade avant de rebrousser chemin. Il dit avoir sauté avant l’explosion, mais s’en est sorti avec de graves blessures. Il s’est rendu à l’hôpital national Ignace Deen à Kaloum, à bord d’un taxi. Et qu’un cortège dirigé par le ministre de la sécurité présidentielle, Colonel Claude Pivi et le Colonel Moussa Tiégboro Camara l’a cherché pour le conduire, à bord d’une ambulance, au Camp militaire Samory Touré, un peu plus à l’Est de l’hôpital Ignace Deen.

Face à la pression du Juge d’instruction, AOB aurait répondu à son audition :  » Si vous regardez dans le PV, il y a des noms comme Pisto, Ringo. C’est des noms de code que j’ai donnés pour qu’on se débarrasse de moi. Finalement, j’ai même dit au Juge Diawara, comme vous voulez d’autres noms, prenez Diawara, juge. Il dit, ah bon ? J’ai dit : oui ! » C’est succinctement les explications que le Cdt AOB aurait données au Juge d’instruction.

Le procureur accusé de rouler pour le Président Alpha Condé

Le Procureur général, M. William Fernandez a répliqué aux accusations du Cdt AOB en martelant: « Je veux dire au Cdt Alpha Oumar Diallo qu’il se trompe d’adversaire. Je suis bien sûr son adversaire, mais dans la légalité. Ses avocats le savent. Moi, je n’emploie jamais des moyens illégaux. La première fois que je suis allé vous voir, vous étiez sur la table d’opération, inconscient, dit-il à AOB avant d’jouter:  » Vous ne pouviez même pas parler. La deuxième fois, vous commenciez à vous rétablir. Je suis venu avec le staff médical pour vous dire : si vous pouvez maintenant-là parler, on va essayer de vous évacuer au Maroc pour vous soigner. Parce que votre état était très grave et on avait cru qu’on ne pouvait pas vous soigner ici. Depuis, je ne suis pas allé le voir. On l’a soigné, au bout de quelque temps. Le ministre de la Défense a commencé à dire qu’il est guéri, il faut qu’on le transfère à la Maison centrale. Depuis qu’il est parti là-bas, je ne l’ai vu qu’une seule fois. J’étais parti pour me rassurer dans quelle condition il se trouve. Je savais depuis le début qu’il est de très mauvaise foi dans cette affaire. Il a commencé par m’attaquer. Il pense que cela va me déstabiliser. Ce que vous ne savez pas, c’est qu’il ya des gens qui me disent en longueur de journée que je suis le Procureur du Président Alpha Condé. Cela ne me déstabilise pas. Je suis serein. Moi, je suis le représentant de la société, je défends ses intérêts. Je ne suis le procureur de personne. » Et de questionner AOB:  » Vous avez dit devant le Juge d’instruction que vous reconnaissez les faits, oui ou non ?  » Cdt Alpha Oumar Diallo a dit avec force: « Non, Monsieur le Procureur ! » « Ce n’est pas vous qui l’avez dit ? » interroge encore le Procureur. « Non, monsieur le Procureur ! », réfute AOB. M. Fernandez, frustré par la manière de répondre du prévenu a lancé à son endroit avant de menacer: « Je ne discute pas avec vous. Vous voyez, je vous parle avec respect et courtoisie. Je suis plus fort que vous. Hein ? Je vous l’apprends! Je suis plus fort que vous! Si vous vous énervez, c’est tant pis pour vous. Je vous le dis, hein! » La tension est montée d’un cran dans la salle.

Le Président de la Cour d’assises, M. Fodé Bangoura, a réussi tout de même à faire revenir les uns et les autres à de meilleurs sentiments. Et il ya eu une baisse de tension. Le Procureur a repris l’interrogatoire contre l’accusé, qui a tout nié, en bloc. Les questions des avocats de la partie civile, ont suivi, l’une après l’autre. Sans succès. L’accusé a nié tous les faits qui lui sont reprochés.

Il y avait un renfort du dispositif de sécurité dans le coin. L’accès de la Cour d’appel était minutieusement filtré. Puis, les hommes en treillis, ont sorti des lance-roquettes, des PMAK, des caisses de minutions, des gilets par balle. Ces armes ont été présentées comme des scellés.

A 17h 10, heure locale, le Président de la Cour a suspendu l’audience. Comme on le voit, seul AOB est passé à la barre pour cette première audience. Des observateurs pensent qu’il faudra du temps pour connaître l’issue du procès de l’attaque de la résidence du Président Alpha Condé. Un procès qui s’annonce tendu.

Il faut souligner par ailleurs que Mme Fatou « Badiar » Diallo, est la seule femme dans le box des accusés. Elle est accusée par l’arrêt de renvoi d’être le cerveau de l’attaque. Hier, elle souffrait d’un rhume, nous a-t-on dit à la Cour d’assises. On y a vu aussi des accusés âgés qui n’ont pu tenir debout longtemps, comme le Colonel Alghassimou Barry, ancien préfet de N’Zérékoré.

Parmi ces prévenus, on retrouve également un handicapé des membres inférieurs, deux étudiants, un forgeron, un menuisier et des commerçants. Les hommes en treillis sont les plus nombreux. Leur audience qui passionne les Conakrykas a repris dès les premières heures de ce 8 janvier 2013.

Avec AfricaLog.com

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