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Un coup d’Etat contre Alpha Condé ?

Limogé du gouvernement par le président Alassane Ouattara pour escroquerie et poursuivi par la justice de son pays, le sulfureux ancien ministre ivoirien de l’Intégration africaine, Adama Bictogo se réfugie dans l’affairisme en Guinée où des hauts cadres malhonnêtes de l’état lui livrent des marchés mais aussi notre souveraineté guinéenne en voulant lui confier clandestinement la fabrication des passeports biométriques et cartes d’identité numériques du pays. Une haute magouille du ministre de la sécurité Mouramani Cissé et de l’administrateur de l’ACGP, Mamady Condé Tales.

Le sulfureux Bictogo dans le passeport guinéen

« Adama Bictogo s’en va vers d’autres horizons poursuivre ses tripotages ténébreux » titre la presse ivoirienne au lendemain du limogeage (le 22 mai 2012) par le président Alassane Ouattara de son ministre de l’intégration africaine pour « Faux, usage de faux, détournements de fonds, recel et complicité ». La Guinée court de gros risques en étant cet horizon trouvé par celui que sa biographie présente comme ‘’un intime du Dr Allassane Dramane Ouattara’’ et que le président ivoirien, mesurant la gravité des dérives affairo-politiques du ministre, a été obligé d’écarter de son gouvernement. Adama Bictogo, ‘’homme d’argent’’ pour citer le titre d’un journal ivoirien est un sulfureux personnage impliqué dans des scandales de tout genre même humains comme celui des déchets toxiques déversés en 2006 à Abidjan par un cargo de produits polluants (le Probo Koala) affrété par la société néerlandaise Trafigura avec plus de 100.000 victimes identifiées. Mais, on ne saura jamais combien d’ivoiriens sont morts des suites de cette opération ; ni combien sont durablement intoxiqués.

On ne sait toujours pas, non plus, combien de tonnes de terres polluées il reste encore dans le quartier Djibi qui en a le plus souffert. L’association Robin des Bois évoque les chiffres de 2.000 à 3.000 tonnes. Soit. La société néerlandaise Trafigura a reconnu sa responsabilité dans ce drame et proposé d’indemniser les victimes tout en réembarquant les déchets.

Affairistes jusque dans les ongles, de sulfureuses personnalités comme Adama Bictogo, qui veulent toujours tirer profit même en marchant sur des cadavres humains, usent de leur influence et se mêlent dans le processus de règlement financier de l’affaire.

Mais, en 2012 soit six ans après le déclenchement du scandale, plus de 6000 victimes réclamaient encore leur indemnisation. En effet, sur un montant de 22, 5 milliards de F CFA débloqués par la société Trafigura pour les victimes, 4,65 milliards de FCFA (7 millions d’euros) ont été détournés par Adama Bictogo et son groupe, ils ne sont jamais parvenus aux victimes – soit 7 millions d’euros.

En juillet 2011, le président du Réseau national pour la défense des victimes de déchets toxiques (Renadvidet), Charles Koffi, a déposé une plainte devant le tribunal de première instance d’Abidjan pour n’avoir pas reçu l’intégralité des dédommagements accordés par Trafigura. Cette plainte a donné lieu à une enquête de la Direction de la police économique et financière. Le 16 février 2012, les officiers de police Amara Sanogo et Claire Marie Isabelle Adje ont remis leurs conclusions au procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio. Ils recommandent des poursuites pour « faux, usage de faux, détournements de fonds, recel et complicité » à l’encontre de trois personnalités : Claude Gohourou, un leader estudiantin pro-Gbagbo aujourd’hui en exil, Cheick Oumar Koné, le patron du célèbre club de football de l’Africa Sports et du groupe Koneco (transferts d’argent, sécurité, tourisme), et Adama Bictogo, le ministre de l’Intégration africaine.

Adama Bictogo, ancien ministre ivoirien.

Bictogo au coeur du rapport d’enquête

Selon le rapport d’enquête, remis le 16 février 2012 au procureur de la République, il s’agit de 4,65 milliards de francs CFA. Face à ce crime, des manifestations ont été organisées à Abidjan, réclamant l’emprisonnement des personnalités mises en cause. Sous la pression de la rue et des médias, Bictogo est tombé. Le président Ouattara qui avait défini les critères de : «sens élevé de l’intérêt général ; compétence ; mérite ; probité ; discipline ; exemplarité » pour devenir ministre, ne pouvait cautionner ces magouilles financières des promoteurs de cette opération qui se sont traduites par des dizaines de milliers de victimes dont des morts. Et le pire est quand même que la résolution de cette opération scandaleuse soit l’occasion d’une nouvelle magouille. Et que celle-ci soit le fait d’au moins une personnalité proche du chef de l’Etat. Avec ses complices, Adama Bictogo a désormais à faire avec la justice ivoirienne saisie par les milliers de victimes qui manifestent régulièrement au Plateau, quartier administratif de la capitale ivoirienne pour réclamer leur arrestation. Et depuis des révélations s’enchainent sur la réalité du mode de production affairo-politique du ministre déchu. Quand la Côte d’Ivoire était coupée en deux ( avec les Forces nouvelles (FN) dans le Nord) Bictogo devient, plus que jamais, un client fidèle de l’hôtel Silmandé à Ouagadougou. Dans un rapport intitulé « Chocolat chaud. Comment le cacao a alimenté le conflit en Côte d’Ivoire » établi par Global Witness en juin 2007, Bictogo sera présenté comme celui qui a « facilité l’exportation de fèves de cacao en provenance de la zone contrôlée par les FN pour le compte de la Soeximex, moyennant paiement » ; il est dit aussi que « dans la pratique, [Bictogo] gérait l’usine de Bobo-Dioulasso» (usine de traitement des fèves de cacao). En 2010, au siège d’une de ses multiples sociétés, en l’occurrence MLVA Consulting aux « Deux Plateaux », on retrouvera un de ses vigiles (Joël Vy Bi Tibé) noyé dans sa piscine, sans que cette mort ne soit jamais élucidée.

Autres scandales, outre les faux rapports qu’il dressait à l’intention du président Ouattara sur la crise malienne où il était mandaté par la CEDEAO pour négocier une issue, Adama Bictogo se serait aussi compromis dans des transactions personnelles sur des mines d’or avec la junte militaire du capitaine Sanogo qui a renversé le président Amadou Toumany Touré.

Le coup contre Alpha

C’est ce personnage au parcours particulièrement tumultueux qui a trouvé en Guinée une fertile terre d’affaires. L’escroc international aurait déjà obtenu le contrat de traitement des déchets et ordures. C’est déjà grave, mais le pire est que l’ACGP et le ministère de la sécurité voudraient aussi lui confier clandestinement la souveraine et stratégique mission de fabrication du passeport biométrique et de la carte d’identité numérique de la Guinée. Sans aucune procédure régulière. Un gros scandale, un crime à l’horizon dont se rendraient personnellement coupables le ministre de la sécurité, Mouramany Cissé et l’administrateur de l’ACGP Mamady Condé alias Tales. Pour quels intérêts ces deux hauts cadres tirent la Guinée si bas ? Sont-ils aussi impliqués dans les scandales qui éclaboussent Bictogo au point de vouloir l’imposer au président Alpha Condé? Cet agissement clandestin consistant à couvrir un bandit à col blanc, renvoyé par son propre président, Allassane Ouattara, poursuivi par la justice ivoirienne, est manifestement un coup de poignard dans le dos du président Alpha Condé. Quel crédit accorder à un pays dont les dirigeants se permettent de se remettre poings et pieds liés à des affairo-politiques comme Bictogo ?

Le président de la République, soucieux de faire de la Guinée un état respectable sur la scène internationale, ne mérite pas une telle imposture de la part des hauts cadres surtout qui lui sont si proches comme le ministre Mouramny Cissé et Mamady Condé Tales. Le mieux à faire pour aider Adama Bictogo c’est de le mettre à la disposition de la justice ivoirienne afin qu’il réponde des crimes dont il est reproché que de lui permettre de poursuivre ses tripotages ténébreux en Guinée.

 Lu dans Le Populaire N°346 Du 8 Avril 2013

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