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Guinée : L’ethnie au cœur du pouvoir politique

95 morts, 300 blessés, mosquée et église saccagées, populations déplacées, tel est le bilan provisoire des dernières violences survenues du 16 au 18 juillet à N’Zérékoré dans le Sud-Est de la Guinée.

Comme toujours, les « si-citoyens » guinéens ont fait preuve d’une indignation sélective. Des déclarations et autres communiquées sont signées et publiées par des coordinations régionales, coordinations des sages de la Forêt, des jeunes forestiers, de la diaspora forestière et autres groupuscules tribalistes pour dénoncer les violences dites inter-communautaires survenues en Forêt.

Pour ces groupes ethnocentristes, la Forêt est une personne physique, enfin une femme politique qui a des enfants que l’on nomme les « forestiers ». Ce qui est frappant en Guinée, c’est qu’on utilise les appellations ethniques sans s’interroger sur leur construction ni  sur leur sens. On parle de « Forestiers » comme si cela était une catégorie homogène. Forestiers qui signifie habitants de la Forêt n’est pas un groupe ethnique et culturel. Je mets au défie toute personne capable de me prouver le contraire tant sur le plan historique, anthropologique et sociologique.

En effet, la construction politique de « la Forêt» comme une zone ethnique homogène que l’on tente d’imposer dans le débat national ne résiste pas à l’analyse socio-politique, tout comme celle du Fouta-djallon avec les peulhs ou des malinkés avec la Haute-Guinée. Le sentiment d’appartenance à une ethnie peut exister avec la culture du groupe ethnique mais son expression politique n’intervient que dans ses relations sociales et politiques avec d’autres groupes. En réalité, ce ne sont pas les différences culturelles qui sont à la base des conflits.

Les oppositions dites ethniques ne sont que des oppositions pour la lutte du pouvoir politique et économique masquées sous la bannière de l’ethnie. La réactualisation des démarches ethnocentristes qui consiste à créer de nouvelles ethnies régionalisées est dangereuse. De nos jours, l’appartenance « supposée » à une ethnie est devenue une cause de mort en Guinée.

La banalisation des crimes ethniques

La politisation des identités ethniques orchestrée par les hommes politiques et acceptée par les populations conduit le pays dans un tombeau collectif. La mort est consacrée comme un instrument politique et toute dépouille mortelle est appréhendée à travers ses origines ethniques. En vie comme mort, les guinéens sont vus et s’observent par le prisme des clivages ethnicisés. Le cadavre du citoyen guinéen n’existe plus, seul demeure la dépouille d’un ressortissant peulh, malinké, forestiers et quelques autres ethnies encore…

Dans cet espace macabre, la « vendetta » ethnique est une constante depuis l’indépendance. Le constat c’est que la Guinée est devenue une jungle ethnicisée où le plus fort ethnique soumet le plus faible. Face aux crimes ethniques, l’Etat applique l’impunité et accorde le pardon dit national.

Force est de constater que le recours à la chicotte meurtrière demeure un outil d’administration politique et sociale depuis l’indépendance de  la Guinée.  L’Etat et les communautés ethniques se font le tour de passe-passe dans l’utilisation de la chicotte sur les adversaires ethniques. Dans la bataille ethnicisée du « nous » contre « eux », la mort est le minimum requis espérer vaincre. Le châtiment socio-ethnique est une réalité en Guinée, ne pas l’affirmer c’est se fourvoyer avec les idéologues de l’ethnocentrisme de tout bord.

L’augmentation des foyers de tensions ethniques en Guinée montre surtout l’échec de nos politiques dans la construction d’un Etat de droit.

Repenser le projet « national » Guinéen 

Malgré les menaces réelles sur le vivre ensemble, le projet national est viable à la seule condition de mettre la citoyenneté au cœur de l’action publique et sociale.  Dans cette dynamique, il faut d’abord déconstruire la construction politique des ethnies pour comprendre leur émergence et leur influence dans le système politique guinéen. Rétablir la vérité historique et enseigner l’histoire nationale sans aucune sélectivité doit être au cœur du projet national. Il appartient aux jeunes et à la société civile en générale de s’inscrire dans le processus de la responsabilisation des leaders politiques. Il est nécessaire de comprendre qu’en Guinée comme ailleurs en Afrique, le problème ethnique prend forme dans le secteur économique et politique.  Par conséquent, la conquête et l’exercice du pouvoir d’Etat doit donc se faire sur la base d’un programme de développement librement choisi par les populations.

Hamidou Dramé

 

 

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