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La Cour suprême n’a pas rendu service à la Guinée

Hans Kelsen, éminent juriste de l’entre-deux-guerres, affirmait que la démocratie, pour être effective, suppose de garantir l’application du droit gouvernant la vie de l’Etat. Cet enseignement de haute portée politique n’a visiblement pas inspiré la Cour suprême guinéenne.

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En effet, cette institution, qui a la charge de dire le droit en matière de contentieux électoral, a tout simplement validé la victoire du RPG du président Alpha Condé aux législatives du 28 septembre dernier, après avoir dit qu’elle était incompétente pour examiner les nombreux recours que plusieurs formations politiques avaient déposés sur sa table.

Conakry renoue avec ses habitudes. Des manifestants ont déjà érigé des barricades et brûlé des pneus pour dénoncer ce qu’ils appellent « un hold-up électoral »

Comme l’on pouvait s’y attendre, l’opposition dans son ensemble conteste cette décision qui, selon elle, ne prend pas en compte ses recours pour fraude. Elle s’est d’ailleurs réunie le samedi 16 novembre pour décider de la suite à donner à cette décision. En attendant, Conakry renoue avec ses habitudes. Des manifestants ont déjà érigé des barricades et brûlé des pneus pour dénoncer ce qu’ils appellent « un hold-up électoral ». Mais cette décision de la Cour suprême, qui ressemble fort bien à un véritable déni de justice, leur laisse-t-elle d’autres choix que celui de la rue ? Cette institution dont le rôle est central dans la construction de la démocratie et de l’Etat de droit, a-t-elle seulement conscience que l’acte qu’elle vient de poser peut faire basculer la Guinée dans un cycle de violences dont nul ne peut prévoir les conséquences ?

En tous les cas, la Cour suprême n’a pas d’excuse. Car, elle a eu suffisamment de temps pour examiner dans la sérénité les recours pour fraude, formulés aussi bien par la mouvance présidentielle que par l’opposition. Qu’elle ait mis tout ce temps pour finalement dire aux Guinéens  qu’elle est incompétente pour connaître du contentieux électoral, cela peut susciter des supputations. En effet, l’opposition dont tout le monde avait salué la sagesse et l’esprit républicain, pour avoir choisi la solution du droit pour trancher ses recours pour fraude, a des raisons de dénoncer une Cour suprême aux ordres. Même les observateurs du scrutin, qui avaient reconnu l’effectivité de certains cas de fraude, ont dû perdre leur latin à l’annonce de cette décision.

Les jours à venir sont potentiellement porteurs de dangers

Dans ces conditions, l’on peut se demander si les propos d’apaisement de Lansana Komara, secrétaire administratif du RPG d’Alpha Condé, suffiront pour obtenir « le climat de paix et de tranquillité nécessaire pour le développement  socio-économique de la Guinée ». En effet, la question qui vient tout de suite à l’esprit est celle de savoir à qui profite ce déni de justice. Il est aisé de répondre à cette interrogation, car la configuration de l’Assemblée nationale après la validation des résultats des législatives du 28 septembre par la Cour suprême, donne à Alpha Condé une majorité confortable qui lui permet de mettre en œuvre le projet de société pour lequel il a été élu président.

Mais il faut craindre que la future Assemblée nationale n’ait pas la légitimité nécessaire pour garantir à la Guinée la stabilité politique dont elle a véritablement besoin pour son développement harmonieux. Il faut aussi craindre que l’appel de Saïd Djinnit, représentant spécial du secrétaire général des nations unies, qui invite les Guinéens à « tirer toutes les leçons de l’expérience vécue durant la préparation et l’organisation du scrutin du 28 septembre 2013, et des diverses lacunes et irrégularités constatées en vue de renforcer leurs institutions démocratiques, » ne soit pas entendu de tous les acteurs de la scène politique guinéenne.

Les jours à venir sont potentiellement porteurs de dangers. C’est pourquoi l’infatigable Saïd Djinnit, qui a clôturé sa médiation avec la proclamation des résultats définitifs par la Cour suprême, ne doit pas se hâter de quitter de si tôt la Guinée, car il pourrait pleuvoir de nouveau sur Conakry.

Pousdem PICKOU (In Le Pays)

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