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Amnesty International fait le procès de “24 Heures chrono”

À l’occasion du lancement de sa nouvelle campagne contre la pratique de la torture, Amnesty international ne met pas seulement le continent africain à l’index. Elle critique aussi les séries américaines accusées de glorifier les sévices institutionnels. Des séries très populaires sur le continent.jack bauer

“Jack is back !” Depuis le début de la semaine, le slogan barre les unes de journaux africains et s’affiche sur des panneaux de quatre mètres sur trois, annonçant telle ou telle promotion sur tel ou tel bouquet télévisuel. “Jack”, c’est Jack Bauer, le héros de “24 heures chrono” absent des écrans depuis quatre ans. C’est ce mardi 13 mai que la saison 9 de la série américaine a réellement débuté sur les chaînes “tropicalisées” du groupe Canal +, après un lancement nocturne, il y a quelques jours, à l’occasion d’une diffusion simultanée à l’échelle de la planète.

Oui, le retour de l’ami “Jack” est un événement sur le continent africain où les aficionados ne manquent pas, depuis 2001 où la série révolutionna le train télévisuel de sénateur auquel les telenovellas sud-américaines avaient habitué. Or, les Africains croyaient bien ne plus revoir le comédien Kiefer Sutherland, depuis les péripéties de son personnage au pays africain imaginaire du Sangala. Tant pis pour cette énième caricature d’une politique continentale percluse de coups d’État militaires, les fans l’étaient restés et accueillent Jack avec le rang qu’il semble mériter. Certains “maquis” africains n’ont-ils pas été baptisés “24 heures chrono” pour mieux évoquer l’étendue de leurs horaires ? Un hommage au feuilleton US n’a-t-il pas été rendu dans la série policière ouest-africaine “Super flics”, à travers la sonnerie de téléphone de son inspecteur principal ? Les plus aisés suivent déjà le surhomme américain sur les chaînes Canal + ; d’autres devront attendre quelques mois pour visionner la nouvelle saison sur les chaînes nationales ; d’autres encore ne tarderont pas à se délecter d’une version piratée dans quelque salle de projection informelle.

Mais voilà, ce n’est pas qu’un complot terroriste que Jack Bauer devra déminer cette fois. Il devra faire face à… Amnesty International. Trente ans après l’adoption de la convention des Nations unies contre la torture, l’organisation non-gouvernementale de défense des droits de l’homme rend public sa nouvelle campagne. Tentée, elle aussi, par une caricature du contexte africain, la lauréate du prix Nobel de la Paix 1977 note que les trois quarts des pays qui n’ont pas ratifié la convention se trouvent sur le continent. Mais elle ne se contente pas de mettre à l’index les tortionnaires. Elle condamne aussi leurs avatars de fiction. En dénonçant des sévices “normalisés” par la guerre contre le terrorisme et “glorifiés” par des séries télévisées, la secrétaire générale d’Amnesty, Salil Shetty, fait le procès de “24 Heures chrono”, mais aussi de “Homeland”. Les aventures de Jack Bauer mettent effectivement en scène ce positionnement réactionnaire et paranoïaque que rendit admissible l’esprit du “Patriot Act”. Elles constituent la série “post-11 septembre” par excellence.

Si les statistiques – et la passion pour Jack Bauer – compromettent l’Afrique dans ce débat, le continent noir n’est pas le seul en cause, lorsqu’il s’agit de la banalisation de la torture. En Chine, championne du nombre d’exécutions de condamnés à mort, 74% de la population soutiennent le recours aux sévices corporels et Amnesty ne peut que déplorer que la torture y fasse “partie de la vie”. Au Moyen-Orient, subsiste l’usage de la lapidation et de la flagellation. Aux États-Unis, certains prisonniers sont traités avec “cruauté”, lorsqu’ils “sont placés en isolement et sans lumière”.

Sur le continent africain, Amnesty International souhaiterait que ces questions soient mieux traitées par les législations locales. La nouvelle campagne de l’ONG se focalisera sur le Mexique, les Philippines, le Nigeria, l’Ouzbékistan, le Maroc et le Sahara occidental. Un périple digne de Jack Bauer.

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Par Damien Glez (Jeune Afrique)

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