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Démantèlement des rails Conakry-Niger : le rapport d’audits qui contredit Alpha Condé

Le président Alpha Condé voulait connaitre la destination des rails Conakry-Kankan ? Et bien le rapport d’audit publié ce mardi l’édifiera un peu plus celui qui pointait du doigt Cellou Dalein Diallo, ancien ministre des Transports et des Equipements et actuel chef de file de  l’opposition.

‘’Cellou a été ministre des Transports, le train marchait, Conakry-Kankan, Air Guinée aussi et on avait des bateaux. Où sont-ils partis ?’’ s’interrogeait Alpha Condé un week-end du mois de mai devant ses militants, au siège de son parti, RPG Arc-en-ciel.  chemin_de_fer_0

Pourtant, un rapport d’audit opérationnel du chemin de fer Conakry-Niger rédigé par  le Comité d’audit et de surveillance des secteurs stratégiques de l’économie (Cassse) sommeillait dans les tiroirs depuis bientôt 4 ans. Ce comité, supervisé par Ousmane Kaba (actuel député de la mouvance) a tenté de dévoiler le mécanisme qui a conduit au démantèlement des rails traverses, ponts, boulons, crapauds d’éclisses, éclisses du chemin de fer Conakry-Niger ; et d’identifier les responsables personnelles, directes et indirectes de l’opération.

Pour y parvenir, des rencontres avec les autorités civiles et militaires à Conakry et une tournée à l’intérieur du pays, le long de la voie ferrée, de Conakry à Kankan, ont été entreprises pour mettre à nu le mécanisme du démantèlement, du stockage, du transport et de l’exportation des matériaux de la voie ferrée.

D’après les auteurs du rapport, entre l’arrêt définitif de l’exploitation de la voie ferrée Conakry-Niger, en 1995, et sa disparition totale, en 2007, on peut résumer le processus de démantèlement des rails, traverses, boulons, éclisses, crapauds d’éclisses et certains ponts et leur exportation en différentes étapes.

La signature du décret de libéralisation de la commercialisation de la ferraille composite

Le 23 octobre 1996, le Président de la République, le Général Lansana Conté signe le Décret D/96/136/PRG/SGG portant « libéralisation de la commercialisation de la ferraille composite » et le fait publier au Journal Officiel de la République.   Au sens de ce Décret, écrivent les rapporteurs, on ‘’entend par ferraille composite, l’ensemble des métaux ferreux et des métaux non ferreux. Les métaux ferreux et les métaux non ferreux sont constitués notamment de rails usés, essieux de trains, traverses de chemins de fer, canons, vieux tracteurs, carcasses de véhicules, tôles légères, blocs de moteurs, rébus de garages et autres’’.

Cependant, les investigateurs disent n’avoir pas trouvé dans cette initiative présidentielle, durant nos investigations, une intention maligne cachée dans ce Décret ou une opération visant expressément la voie ferrée Conakry-Niger. Toutefois, mentionnent-ils, face à l’absence de moyens financiers pour la construction d’une base navale pour la Marine militaire dans l’ile de Tamara, il semblerait que le Général Lansana Conté avait souhaité utiliser les produits éventuels générés par la vente des ferrailles pour sa réalisation. Le contact pris avec la Société pour le développement du fer en Afrique (Sodéfa) n’ayant pas abouti, ce projet n’a jamais été mis en œuvre, précisent-ils.

Les enquêteurs vont plus loin. Pour camoufler le démantèlement de la voie ferrée et l’exportation des rails et des traverses à partir de 2004, les acteurs du démantèlement ont indiqué, dans leur déposition, n’avoir commercialisé que les derniers éléments compris dans la liste des métaux ferreux du Décret D/96/136/PRG/SGG (carcasses de véhicules, tôles légères, blocs moteurs, rébus de garages et autres). Rares sont ceux qui ont reconnu l’exportation des rails et des traverses.

Plus insidieusement, des contrats d’achat de rails et de traverses ont été conclus avec l’Office national des chemins de fer de Guinée (ONCFG). Sur cette base, quelques transactions furent réalisées, mais, de fait, juste pour s’assurer une conformité, éventuelle, avec la légalité.

La part de responsabilité de l’Office national des chemins de fer de Guinée

Entre 1996 et 2000, en raison de la diminution drastique du personnel de l’ONCFG opérée en 1996, la voie ferrée, désormais sans surveillance effective, a subi les assauts des riverains de la voie, notamment dans les Préfectures de Kankan, Kouroussa et Dabola, lit-on dans le rapport  du Comité d’audit et de surveillance des secteurs stratégiques de l’économie. Ainsi, les rails et traverses étaient régulièrement, mais ponctuellement, volés et vendus au Mali voisin où des fonderies étaient demanderesse de ferrailles.

Les matériaux volés étaient remplacés. L’Office des chemins de fer n’a point réagi. Malgré que les agents de l’office, postés le long de la voie, n’ont jamais manqué de vigilance, au péril de leur vie, pour alerter la Direction Générale mais aussi et surtout les autorités, tant civiles que militaires ou paramilitaires, des opérations criminelles en cours.

Le réseau mafieux crée autour du président Lansana Conté

Entre l’an 2000 et mi-2004, la rumeur du vol des rails s’amplifiant, des cercles mafieux, autour du président Lansana Conté et de l’Etat-Major Général des Armées, s’emparèrent de l’idée et entreprirent de l’exploiter à leur bénéfice, sous le couvert imparable de la famille présidentielle et de la Haute Autorité Militaire.

Selon les inspecteurs et contrôleurs d’Etat, des démarcheurs étaient recrutés tout le long de la voie pour solliciter rails et traverses à la population riveraine. Pire encore, des sociétés de transports munis de Laissez-passer et d’Ordres de Mission, protégées par des militaires et des gendarmes, assuraient la collecte, payaient rubis sur ongle et évacuaient les matériaux sur Conakry. Mais, écrivent les rapporteurs,  la vigilance des cheminots basés à Kindia, Mamou et Dabola et de quelques autorités préfectorales et régionales (Mamou, Kankan) empêchaient la régularité de l’évacuation et des saisies audacieuses étaient opérées malgré les menaces de mort proférées contre eux par les accompagnateurs en tenue.

Les voleurs libérés… les cheminots condamnés

En 2005, des saisies importantes sont opérées à Kindia, Mamou, Dabola et Kankan et des plaintes sont déposées auprès des Services de Sécurité et des Tribunaux locaux par les cheminots.

Contre toute attente, dans toutes ces préfectures, les voleurs sont libérés et les cheminots condamnés, après des interventions téléphoniques venues de Conakry. Ces jugements ont été le facteur déclenchant du démantèlement de masse de la voie ferrée dans ces zones (Kankan-Kouroussa, Dabola et Mamou), selon les enquêteurs qui affirment que les populations riveraines, informées de ces décisions et continuellement sollicités par les démarcheurs, locaux ou venus de Conakry, répondirent à la demande pressante et intéressante par une offre plus intensive.

L’implication de la présidence, de l’Etat-major des armées…

Pour pallier aux interventions intempestives des cheminots, entre mi-2004 et 2005, une série de Laissez-passer issue de la Présidence de la République de Guinée, de l’Etat-major des Armées, ainsi que des ordres de mission d’officiers supérieurs de l’Armée et d’ordonnances judiciaires de Tribunaux étaient mis à la disposition des collecteurs et des transporteurs.

En conséquence du démantèlement artisanal et ponctuel effectué par la population, notent les enquêteurs, on est passé à l’opérationalisation méthodique de la collecte, du transport et du stockage de la ferraille de la voie ferrée, en toute impunité et ce malgré les efforts notables de mise en garde fournis par le Ministre des transports de l’époque, Aliou Condé, actuel Secrétaire Général et Député de l’Union des forces démocratiques de Guinée.

Ciré BALDE, pour VisionGuinee.Info

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