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Avi Bari, le Guinéen de l’armée israélienne*

AviVenu seul de Conakry jusqu’à Tel-Aviv (Israël), cet orphelin, ancien clandestin, vient d’obtenir, à 21 ans, le grade d’officier dans l’armée israélienne.

Sous une chaleur écrasante, quatre groupes de soldats parfaitement alignés font face à la foule joyeuse qui a pris place dans les tribunes. En cette fin d’après-midi de juillet, l’ambiance festive contraste avec l’aspect solennel de la cérémonie. Et avec le lieu où elle se déroule : la base militaire de Tzrifin, l’une des plus importantes de la région de Tel-Aviv. Dans son uniforme vert olive, Avi Bari ne se laisse pas distraire par les acclamations et les banderoles. Lorsque son commandant s’approche pour lui remettre ses insignes d’officier, il gonfle le torse et fixe son regard sur l’horizon. Le colonel échange quelques mots avec le soldat, puis lui adresse une petite tape amicale sur la joue. Ému, Avi laisse enfin échapper un sourire. « J’ai repensé à ma traversée du désert et à tout le chemin parcouru depuis mon arrivée en Israël comme travailleur clandestin. Le destin m’a mené de Guinée jusqu’ici. Je fais aujourd’hui partie intégrante de ce pays et de son peuple. »

Il y a quelques années, Avi s’appelait encore Ibrahim Bari. Orphelin de Labé, il est vite pris en charge par son oncle, qui l’emmène à Conakry. Mais dans la capitale guinéenne où il grandit, le jeune homme ne se plaît pas. « On me faisait travailler dur, ça m’a donné envie de partir », explique-t-il. Dans le quartier de Matoto, Bari entend un jour parler d’Israël, nouvelle Terre promise des réfugiés du continent. Les gens y seraient bien traités et y gagneraient même beaucoup d’argent. En 2005, il décide de tenter l’aventure seul, persuadé qu’il va s’enrichir. L’adolescent de 15 ans se rend au Caire en avion, après avoir fait escale à Casablanca. Il n’a que quelques centaines de dollars en poche.

Son voyage se déroule sans encombre jusqu’à ce qu’il rejoigne la péninsule du Sinaï où l’attendent des passeurs bédouins. « Ce fut l’une des épreuves les plus dures de ma vie », raconte-t-il, marqué par le souvenir de cette expédition. « On marchait la nuit. Le reste du temps, on nous entassait sous des tentes. Il arrivait que nous restions des journées entières sans nourriture. » L’attente est longue, parfois interminable, dictée par les mouvements des gardes-frontières égyptiens qui n’hésitent pas à tirer sur les clandestins. Avi Bari se souvient qu’une fois les passeurs l’ont parqué pendant quinze jours dans le désert. « J’ai eu peur d’avoir été livré à des trafiquants. Avec les autres Africains, on a essayé de se rebeller. Mais deux adolescents bédouins nous ont braqués avec leur kalachnikov. »

La traversée de Bari s’achèvera à l’arrière d’un pick-up. De l’autre côté du grillage sectionné par les passeurs : Israël. Des taxis attendent, moteur en marche. Quelques heures plus tard, l’enfant de Labé arrive à Tel-Aviv, épuisé par les 5 500 km parcourus depuis sa Guinée natale. La métropole israélienne a pour lui des allures de Nouveau Monde. Bari prend la direction de Neve Shanan, un quartier proche de l’ancienne gare routière, où errent des milliers d’autres clandestins. Premier coup dur : le statut de réfugié lui est refusé par l’ONU au motif que la Guinée n’est pas en guerre. Il est envoyé à l’école Shanti, un centre d’accueil pour les immigrés mineurs et les enfants en difficulté.

En 2008, maîtrisant l’hébreu, il est embauché comme plongeur dans un restaurant. « Je n’avais aucune envie de rester en Israël et d’avoir la citoyenneté. Ce qui m’importait, c’était de gagner de l’argent et de repartir. » En situation illégale, le jeune Guinéen finit par se faire arrêter par la police d’immigration, qui le menace d’expulsion. Il est sauvé grâce à l’intervention de son instituteur, qui lui obtient une carte d’identité israélienne. Le destin d’Avi Bari bascule une fois de plus. Adopté par une famille originaire d’un kibboutz de Galilée, il reprend ses études et obtient son baccalauréat. À 18 ans, il est appelé sous les drapeaux, comme tout jeune Israélien. Sa motivation séduit ses commandants qui décident de l’envoyer suivre une formation d’officier.

Avec le recul, Bari considère que son engagement dans l’armée israélienne lui a appris à connaître le pays et à l’apprécier. Musulman et Noir, il arbore fièrement ses origines. « Je suis africain et je n’oublierai jamais d’où je viens. Mon passé ressurgit chaque matin au réveil, quand je repense aux étapes de ma vie. Cela me donne de l’ambition », assure-t-il. Conscient des difficultés que connaissent les milliers de réfugiés subsahariens présents en Israël, il promet de leur venir en aide en temps voulu. Mais son rêve est ailleurs : « Tôt ou tard, j’espère pouvoir être nommé ambassadeur en Guinée. Israël peut énormément apporter à mon pays d’origine. »

Par Maxime Perez

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