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Violence à Labé : Ni Alhousseiny Makanéra, ni Cellou Dalein Diallo sont convaincants (Opinion)

La Guinée est dans une phase de démocratisation et de consolidation de sa démocratie. Une phase d’apprentissage de la culture politique extrêmement importante.

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Le véhicule du président des Démocrates Guinéens incendié

Le véhicule du président des Démocrates Guinéens incendié

La culture politique  est  un  système de valeurs -règles morales, croyances et attitudes- partagé par les membres d’une société en relation avec le système politique et le contexte social. Les idées sur lesquelles se base la démocratie, comme la liberté d’expression, l’égalité, la tolérance et le bien-être social, sont la source principale des valeurs politiques.

Ces  valeurs politiques démocratiques s’assimilent avec le temps. Avec le temps, la volonté et   les efforts conjugués de tous finissent par faire asseoir une mentalité politique tolérante et compréhensive. Du gouvernement aux partis politiques, en passant par la société civile, les organisations non gouvernementales et  les sociétés privées,  le même esprit, celui de participer à l’éducation politique dans la cité,  doit être au-dessus de toute aspiration égoïste.

Cela dit, lorsque le gouvernement et les partis politiques méconnaissent ce rôle éducateur dans la société démocratique, le projet d’une communauté propre et tolérante s’envole dans les airs.

Les réactions  du  ministre guinéen de la communication, Alhousseiny Makanéra, et du leader de l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée), Cellou Dalein Diallo, autour de la violence survenue à Labé, ce jeudi, 6 novembre 2014,  sont très peu consistantes comme efforts pouvant concourir à l’éducation politique des citoyens.

Le politicien Abdouramane Bakayoko est agressé pour avoir tenu des critiques négatives à l’encontre de Cellou  Dalein et d’Alpha Condé. Des critiques,  tenues lors d’une émission radiodiffusée, posent le fait que ni Alpha Condé, ni Cellou Dalein ne sont   capables de diriger la Guinée. Pour Bakayoko, ces leaders politiques sont populaires parce qu’ils s’appuient tout simplement sur des bases ethniques. Qu’ils sont  leaders des  partis  ethniques.

Bakayoko donne son point de vue, une opinion particulière  sur une facette, non moins importante,  de la politique guinéenne. Dans une ambiance de culture politique assimilée, ces propos n’auraient jamais eu  des effets rocambolesques comme nous venons de le  voir à Labé.

Et comme nous ne sommes  pas dans une ambiance de culture politique assimilée,  des incidents violents, malheureusement, sont souvent  observés. A cet effet,  les réactions des gouvernants et des leaders politiques méritent  d’être sages, et bien réfléchies.

Puisque, ce n’est  ni une attitude d’apaisement, ni un  concours à l’éducation politique de la société guinéenne,   lorsque le ministre de la communication, Makanéra,  réagissant aux événements de Labé, affirme que « ce sera la fin de  la liberté d’expression si Cellou Dalein arrive au pouvoir ». C’est plutôt une manière de créer le trouble,  en nous éloignant de l’idéal d’une société prête à assimiler la culture politique démocratique.

La liberté d’expression à été bafouée à Labé. C’est une évidence. Mais ce n’est pas seulement à Labé, c’est dans tous  les quatre coins de la Guinée, et quotidiennement. Au lendemain de la visite du président Alpha Condé à Kankan, le 15 août 2013, n’est-ce pas que le journaliste de la radio rurale  Baté, Moussa Diawara,  fut menacé par des extrémistes du RPG, pour ses débats radiophoniques critiques envers le pouvoir exécutif ? Quelle  fut la réaction du président Alpha Condé,  lorsqu’il fut accueilli dans son fief électoral par des slogans peu flatteurs de la part de quelques jeunes kankanais mécontents des actions du pouvoir ? N’est-ce pas que le préfet de Kankan d’alors, fut destitué par un décret  présidentiel, parce qu’il n’a pas pu aménager l’accueil dont voudrait le président Alpha Condé?  La radio rurale Baté, son patron et ses animateurs  n’ont-ils pas été  menacés par les militaires ? Le journaliste Moussa Diawara, n’était-il pas obligé, de peur d’être assassiné,  de trouver refuge au Mali voisin ?

Un ministre de la communication doit être capable d’observer objectivement les problèmes  de violence dans sa société. Vouloir se jeter dans des spéculations subjectives  infondées, comme le ferait un homme de la rue, c’est bien la pire manière de participer à l’établissement d’une culture politique dont la Guinée a tant  besoin.

Le leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo,  de son côté, après  les incidents de Labé, son fief électoral,  n’a pas été si dur avec les auteurs de la violence contre le politicien Bakayoko. Le leader du premier parti d’opposition condamne fermement   la violence exercée contre le leader politique. Mais il ajoute, que Bakayoko ne devrait pas aussi aller s’attaquer personnellement au leader de l’UFDG, le traitant de tous les noms d’oiseau dans son propre fief.  Ce n’est pas une réaction pouvant concourir à l’éducation politique de la société guinéenne.  La violence survenue à Labé ne peut, en aucun cas, bénéficier de circonstance atténuante.

Les valeurs de la politique démocratique sont  incompatibles avec toute source de violence. Encourageons la socialisation politique, processus par lequel,  les citoyens apprennent les comportements politiques et intériorisent les valeurs et les attitudes adéquates.

Naby Laye Camara

Bruxelles

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