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Lettre ouverte à Faya Millimono, leader du Bloc Libéral

lettre_ouverteMonsieur, lorsqu’une démocratie est polémique, autrement dit qui accepte des débats, des discussions, ou controverses, parfois très passionnés, c’est une preuve que son état de santé est bon.

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Une démocratie calme, c’est inquiétant, car cela pourrait signifier que les institutions de l’Etat vivent dans la peur de s’exprimer. Une démocratie trop polémique, ou trop calme, c’est dangereux : l’Etat pourrait tomber dans l’anarchie.

Monsieur,

Depuis la signature des accords politiques du 12 octobre dernier, vos actions, ou revendications politiques évoluent dans la logique d’une démocratie polémique. Vous contestez le compromis résultant des négociations entre la mouvance présidentielle et l’opposition. Vos actions-là sont à saluer, car vous participez directement à la consolidation de la démocratie guinéenne.

Cependant, dans cette logique de la démocratie polémique, vous le savez autant que moi, que des actions politiques qui suscitent la polémique peuvent avoir des caractères variés et différents. Des polémiques sont dites sérieuses ou utiles lorsqu’elles sont réalistes, ou pragmatiques. Des polémiques inutiles n’apportent rien, ne servent à rien, et sont superflues.

Monsieur,

Vos actions politiques polémiques pendant ces dernier temps, si bien qu’elles sonnent comme un bon signe pour la démocratie guinéenne, il est à préciser qu’elles ont tendance à tomber dans des élans politiques superflus. L’inutilité de vos actions polémiques, c’est par rapport à l’objet de vos contestations.

Vous réfutez le consensus du 12 octobre pour deux raisons. D’une part, vous argumentez qu’il y a violation des lois de la Constitution. D’autre part, vous reprochez au parti UFDG de vous avoir abandonné, car, selon vous, les questions sur lesquelles l’opposition s’était entendue avant d’aller sur la table des négociations, ne devaient pas être conclues sur des accords, mais sur le respect strict de nos lois. Dès lors, vous qualifiez l’UFDG de ne pas contribuer à la construction de la démocratie guinéenne.

Monsieur,

Contribuer à la construction de la démocratie, ce n’est pas une question de se camper sur des positions politiques extrémistes.

En Guinée, quelle formation politique a mieux fait que l’UFDG dans la lutte contre le pouvoir autoritaire d’Alpha Condé? Quelle formation politique, pour sa détermination afin que le pouvoir respecte les lois de la Constitution, a mieux agi que l’UFDG?

L’UFDG, dans sa lutte pour le respect des principes de l’Etat de droit dans notre pays, a été qualifiée, à tort, de tout : parti extrémiste, communautaire, ethnique, assassin, trop polémique, ou conflictuel.

Maintenant, ce parti veut passer par des démarches démocratiques plus souples, il est qualifié de ne pas participer à la construction de la démocratie guinéenne.

Monsieur,

Vous êtes leader d’une formation politique, sans risque de me tromper, vous êtes censé savoir qu’un consensus entre les formations politiques de la nation ne viole pas la loi. Qu’un consensus politique ne contrevient pas à la loi. A moins que vous ayez d’autres objectifs politiques précis, dont le seul but serait de vous faire entendre, seulement.

Etant un leader politique, voulez-vous nous faire croire que lorsque vous acceptez d’aller sur la table des négociations, c’est pour que les autres parties acceptent, coûte que coûte, votre position, à vous? Sinon, pas de compromis?

Cette forme d’action de votre part est-elle favorable à la construction de la démocratie guinéenne?

A propos de l’organisation des élections dans les 3763 quartiers et districts, le gouvernement évoque des difficultés. Et le compromis trouvé à propos, ne peut être qualifié d’anti-démocratique. Que les chefs de quartiers soient élus au prorata des résultats obtenus dans les élections communales, n’est-ce pas un compromis satisfaisant?

Monsieur,

Quand on regarde dans le rétroviseur de la politique guinéenne, on constatera que les dernières élections locales datent du régime de Lansana Conté. Depuis, rien a été fait. Alpha Condé a passé tout son premier mandat sans y songer, même en théorie. Ou était Faya Millimono du Bloc Libéral?

De 2010 à nos jours, le président Alpha Condé et son pouvoir ne respectent absolument rien. Les élections ne sont jamais libres, ni transparentes. Les institutions de l’Etat sont confisquées par un seul homme. Voyez-vous?

Aujourd’hui, après des années de manifestations, avec des dizaines de citoyens assassinés par nos forces de l’ordre, le pouvoir décide d’agir démocratiquement. Il décide de résoudre le conflit politique autour de la table des négociations. Faut-il négocier ou non? Si oui, alors pourquoi venir avec des positions extrémistes?

La polémique est symbole de bonne santé démocratique. Elle ne doit pas être inutile, sinon elle deviendrait ridicule, sans effet.

Monsieur,

Souhaitons et luttons aujourd’hui pour que les accords signés soient appliqués à la lettre. Que les prochaines élections se déroulent dans la légalité et la transparence. Que les résultats des élections ne soient plus sujets à contestation.

Une fois que ces points sont satisfaits, le reste suivra, et nous pourrions dire : « Oh en fin, nous voilà sur la planète des démocraties consolidées !».

Vive la démocratie ! Vive la république ! Vive le respect des lois de la Constitution !

Naby Laye Camara
Bruxelles (Belgique)

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One comment

  1. Merci Monsieur CAMARA pour ces ecris clairs et limpides.. Pas du coq à l’ane littéraire.

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