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Circulation de motos à Kaloum : organiser…plutôt qu’interdire

C’est une fâcheuse habitude des autorités guinéennes: interdire tout ce qu’on est incapable d’organiser. Cette nouvelle interdiction n’est que le fruit d’une réflexion non approfondie ayant aboutie à une mesure hâtive qui traduit le manque de recul pris pour mieux examiner la question sur tous ses contours.

Mettre fin à la circulation des motos dans la communes entraîne de facto plusieurs conséquences.

Conséquences socioéconomiques

Tous les détenteurs de motos en circulation à Conakry ne sont pas conducteurs de moto taxis. Interdire à ses centaines ou milliers d’usagers de se rendre dans la commune – lieu de service de la plupart d’entre eux- serait de les contraindre à se soumettre aux nombreux embouteillages qu’ils évitent en s’offrant une moto, rapide, autonome et économique.

Ce ne sont pas tous les cadres guinéens qui peuvent s’acheter une voiture, encore moins se voir doter d’un véhicule VA (véhicule administratif). Avec déjà le nombre de travailleurs qui arrivent en retard à leur poste à cause des embouteillages et les difficultés d’avoir un taxi aux heures de pointe, cette décision va à coup sûr accroître ce nombre de fonctionnaires retardataires.

Or, pour un pays qui rêve de rattraper la Côte d’Ivoire dans deux ans (si l’on se réfère aux objectifs du nouveau Premier Ministre Kassory Fofana), la performance de l’administration est un point clé. Cette performance est de facto menacée, car elle repose d’abord sur l’efficacité des agents de la fonction publique. Il n’y a pas d’efficacité susceptible de nous rendre compétitifs avec des travailleurs qui arrivent aux bureaux à 11h et repartent à 15h (4h de travail quotidien). Cela peut paraître anodin, mais le développement ne repose pas que sur les ressources financière, il faut d’abord une administration compétitive.

Plus loin, étant donné que la taxe unique sur les véhicules à moteurs permet de connaître le nombre de véhicules ou engins en circulation mais aussi d’alimenter les collectivités et la caisse de l’Etat, va-t-on réévaluer le coût de ces vignettes pour les motos en prenant en compte le facteur qu’une partie du territoire est désormais interdite à ceux qui en détiennent ? Ne pas agir ainsi serait aussi injuste.

Conséquences politiques

Sur la carte administrative de la Guinée, Kaloum est une commune de la Guinée, pas une région spéciale, une principauté ou une sorte de Vatican avec ses propres règlements. Nous sommes convaincus que Kaloum est un centre économique stratégique. Justement, ce centre d’affaires stratégique est un point d’attractivité pour tous les guinéens détenteurs de tous moyens de déplacement (voiture, motocyclette, bicyclette, piétons…). Votre décision restreint ainsi l’accès à ce centre stratégique aux guinéens incapable de s’acheter une voiture. Il se trouve que tous n’ont pas le même revenu et tous ne peuvent pas piquer dans les caisses de l’Etat pour s’offrir ce luxe.

La législation guinéenne ne donne pas de statut particulier à la commune de Kaloum, ni à une autre agglomération de notre pays. Cette décision d’interdiction instaure dès lors une différence entre les communes de la Guinée, dans la mesure où “les motos peuvent circuler partout sauf à Kaloum”. Ce qui me conduit vers les conséquences législatives de cette impopulaire décision.

Conséquences législatives

Si l’on se réfère de la loi portant paiement de la TUV, “La taxe unique sur les véhicules à moteurs ou vignette est une taxe mise à la disposition des détenteurs de véhicules ou engins à moteurs destinés à circuler sur la voie publique. Il s’agit d’une taxe unique payable à la mise en usage du véhicule sur la voie publique en Guinée. La taxe unique sur les véhicules à moteurs ou vignette, s’applique à tout Type de véhicule (voitures, camions, motos, bateaux …), neuf ou occasion”.

Un point devra attirer notre attention dans cette définition: la voie publique.

La notion de « voie publique » recouvre, au sens du Code de la voirie routière, la voie affectée à la circulation terrestre publique et appartenant au domaine public. Le public incluant ainsi tous les guinéens. Jusqu’à preuve du contraire, les voies de Kaloum n’ont pas été privatisées pour qu’une catégorie de citoyens en soit exclue.

Si cette décision est maintenue, que feront les habitants de Kaloum qui détiennent des motos ?

Relever le défi…

Plutôt que d’interdire la circulation des motos, des mesures simples et pérennes peuvent en atténuer les impacts. Organiser et réglementer la circulation des motos: cela revient à mettre les détenteurs de motos-taxi dans un cadre bien organisé, permettant de les identifier, les sensibiliser et en faire une source de recette. La circulation de moto-taxi est en effet une activité économique, même si elle relève de l’informel, elle peut contribuer aux recettes journalières des collectivités.

Au regard de la prolifération actuelle de ces engins en Guinée, mieux vaut les organiser que d’en interdire l’activité car c’est impossible de le faire, l’activité continuera en effet à croître partout dans le pays. N’oubliez pas que l’interdiction entraîne la clandestinité et toutes ses conséquences.

Il avait été imposé aux détenteurs de taxis-motos d’immatriculer leurs engins avec une plaque homologuée de fond noir avec des écritures blanches. Cette plaque devrait être délivrée par les services compétents du ministère en charge des transports et fixée de manière inamovible à l’arrière de la moto, selon la presse.

Mettre fin à cette initiative en plein expérimentation serait de mettre à nu le tâtonnement des autorités compétentes sans stratégie claire et précise.

Monsieur le Ministre, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain, retroussez les manches, réfléchissez à des solutions qui n’excluent aucune catégorie de guinéens. Réglementez autrement…

Emmanuel MILLIMONO
Journaliste

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3 comments

  1. Le ministre de la sécurité doit annuler cette décision impopulaire. Par exemple notre société possède 120 moto qui circule partout a conakry et le siège de la société se trouve a kaloum

  2. Balde vous allez devoir delocaliser le siège de la société

  3. Si c’est moi je vais interdis la circulation des motos taxi dans la ville de conakry

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