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Lettre à mon ami Bah Oury

Mon cher Bah Oury,

Je viens de lire, relire et …relire encore l’interview que tu as accordée à VisionGuinee.Info. C’est pour te dire combien je tenais à comprendre tes propos pour les commenter.

Là, je retrouve le Bah Oury que j’ai connu à la fin des années 70, que je fréquentais chaque fois que je séjournais en Guinée (Mouctar Bah de RFI, Alpha Condé, aujourd’hui Président de la République, son défunt frère Malick Condé, Thiong, Kénéma, Feu Koto Dia, ancien DG de la RTG étaient mes autres hôtes).

Début janvier dernier, nous devrions nous rencontrer. Hélas, je ne sais pourquoi tu n’as pas honoré ton engagement de me recevoir à tes bureaux. Je sais que l’agenda d’un homme politique est souvent sujet de modifications… Donc, je ne t’en tiendrai pas rigueur mais, la prochaine fois, tu voudras bien t’excuser comme tu le faisais lorsque tu occupais des fonctions de haut cadre à la BICIGUI. Fonctions que tu as abandonnées pour te consacrer à la construction, en Guinée, d’un pays démocratique, où le respect des droits de l’homme serait une réalité. Nous étions cette minorité face à une écrasante majorité d’opportunistes

Je ne vais pas continuer de parler de cette période et même du présent (2010 – à aujourd’hui) pour ne pas répéter ce que tout le monde dit, constate, commente. Dans ton interview, si j’ai bien compris, tu parles de la Guinée de demain, celle des années 2040, 2050. Cette Guinée là, sans doute que les acteurs politiques d’aujourd’hui ne la connaîtront pas. Nul d’entre nous, qui avons 45 ans et plus n’aurons la chance de la diriger, voire même de la connaître. Alors, comme aujourd’hui certains d’entre nous ont le privilège de la diriger, voudront-ils (car ils le peuvent) accepter qu’elle commence à se bâtir à compter d’avril prochain, c’est à-dire dans à peine 2 mois ?

Assemblée consensuelle

Avril 2019, tout simplement parce que c’est à cette date que la nouvelle assemblée devait être installée. Et comme il n’y a pas eu d’élections législatives pour élire de nouveaux députés, mais qu’au moins il y a eu des élections communales (certes contestées mais acceptées) qui ont permis à différents partis politiques, y compris l’Ufdg Renouveau que tu diriges, d’avoir des élus, j’ai suggéré en janvier dernier la mise en place d’une assemblée consensuelle.

Quand tu dis dans cette interview, je te cite : « C’est dans l’ordre normal des choses. L’idée, c’est de tirer le bilan des expériences accumulées de la dernière décennie politique dans notre pays, prendre en compte l’évolution du multipartisme dans notre pays. Parce que, nous croyons fermement que c’est maintenant qu’il faut faire la part des choses et distinguer ce qui a été bien fait et ce qui a été mal fait, corriger nos insuffisances pour nous permettre d’avoir une force politique beaucoup attrayante qui puisse rassurer les guinéens et les partenaires extérieurs.»  Ne crois-tu que mon idée de cette Assemblée consensuelle pourrait être meilleure que l’organisation d’élections législatives qui, sans aucun doute, seront contestées ?

Moi je crois qu’il faut que la classe politique actuelle, avec en tête, le Président Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Lansana Kouyaté, toi-même et d’autres comme Faya Millimono, Bah Ousmane (que je souhaiterais voir dans le fauteuil de Haut Représentant du Chef de l’État, vu sa contribution à la vie sociopolitique du pays depuis le début des années 90) comprenne que le pays est au bord du gouffre.  Et pour éviter lui de tomber dedans, il faut que chaque dirigeant politique et son parti (en réalité, il n’y en à peine que 5 qui sont viables sur environ 200, et essentiellement le RPG Arc-en-ciel et l’UFDG que les autres, à commencer par Sidya Touré, qualifient de grands partis), plutôt qu’à exiger des élections législatives alors que les conditions minimales que la quasi-totalité d’entre eux exigent sont loin d’être réunies. .

Et quand tu justifies la naissance de la 3 ème voie en soutenant que, et je te cite encore : « chaque nouvelle chose qui arrive est appelée à dépasser ce qui existe déjà. Si l’opposition dite républicaine fonctionnait dans l’esprit démocratique, pour asseoir les bases de la démocratie dans notre pays, je ne vois pas pour quelle raison, il y aurait eu une autre plateforme politique. Si aujourd’hui, une nouvelle coalition est en gestation, c’est qu’il y a des déficits dans l’opposition républicaine qui ont amené des hommes et des femmes à envisager de construire autre chose pour aller de l’avant.», je crois que tu risques de ne pas mettre cette occasion à profit pour te refaire des habits politiques neufs. Dans ce texte choisi, je comprends que tu continues de viser Cellou Dalein Diallo qui, jusqu’en 2020, sera impossible d’éjecter de son siège de patron de l’UFDG.

Ton combat pour le contrôle de l’UFDG aurait prospéré si devant les tribunaux, tu t’étais battu pour que Dalein et ses partisans se trouvent un autre nom et un autre sigle. Tu n’aurais pas eu besoin de faire nommer ton mouvement par Ufdg-Renouveau.

Même si l’Opposition dite Républicaine fonctionnait, il devrait toujours avoir place à deux autres, voire 3 et même 4 plates-formes politiques. Et cette Opposition plurielle ne pourrait avoir de succès que si, et tu le dis bien : « L’opposition doit être un contre-pouvoir efficace, responsable, constructive. Elle doit se battre pour représenter une alternative crédible pour la Guinée de demain. Ça y va de l’intérêt aussi bien de ceux qui sont au pouvoir que ceux qui sont opposés au régime en place. Parce que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui peuvent  être demain dans l’opposition, vice-versa»

Le Renouveau dans la Mouvance

Lorsqu’au lendemain de la présidentielle de 2015 tu as rencontré le Président Alpha Condé à Paris et que, quelques mois après il t’a accordé une grâce qui t’a permis de rentrer au pays, je suis de ceux qui croyaient que tu déposerais tes baluchons dans la Mouvance présidentielle. C’est que, de mon point de vue, toi qui depuis au moins 45 ans, as cheminé politiquement avec l’actuel Chef de l’État guinéen, du MND aux élections présidentielles de 1998 (tu étais dans le Directoire de campagne du candidat Alpha Condé), malgré les divergences qui sont survenues après, je suis certain que, ne pouvant plus être un acteur dans l’UFDG (dont tu es le président-fondateur, c’est vrai), tu y aurais trouvé la meilleure tribune que celle qui t’est offerte au sein de la Convergence de l’opposition démocratique (COD), qui vient à peine de naître.

D’ailleurs, pour de nombreux analystes de la scène politique guinéenne, «ce mouvement est né avec d’importants handicaps qui, pèseront fortement sur sa survie. Déjà, le Pades d’Ousmane Kaba condamne le refus de démission des députés de l’Opposition», dont ceux de l’UFR de Sidya Touré, une des 2 principales formations de la COD. Ces analystes estiment également que pour tout «mouvement, pour toute organisation, il faut un leader. Or, la COD qui vient de naître en a deux poids lourds, Sidya Touré et Lansana Kouyaté du Pedn. Lequel d’entre eux va accepter de céder les devants à l’autre ? Si les partisans de Sidya avancent que «l’exil» de Kouyaté est un handicap pour la COD, ceux de ce dernier eux, soutiennent que le Chef de l’UFR s’est disqualifié en ayant été pendant 3 années Haut représentant du Chef de l’État».

Sauras-tu garder cet élan d’analyse dans l’interview  et agir en conséquence ? Je le souhaite.

Ibrahima Sory BALDÉ

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