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Le FNDC et l’hydre de la politique politicienne

Levons tout de suite l’équivoque sur ce qui différencierait un mouvement politique d’un mouvement citoyen en mettant en exergue la nature réelle du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDC), un mouvement pour qui je n’ai rien eu de commun si ce n’est l’idéal du combat.

La fin des deux mandats constitutionnels du Président Alpha Condé se rapprochant à grand pas et les doutes planent sur un éventuel 3ème mandat avec des velléités de modification et de changement de constitution.

Pour la première fois, une organisation citoyenne soutenue et appuyée par l’opposition politique tente de s’opposer à une éventuelle modification de la constitution. Il s’agit du Front National pour la Défense de la Constitution FNDC perdu entre les griffes de l’opposition politique traditionnelle peu soucieuse du bonheur populaire, de telle sorte que les modes d’action politique et citoyenne ne soient plus palpables et distinguables.

De ce fait, beaucoup de guinéens se demandent quels sont les différences entre un mouvement citoyen et politique et les limites de chacune de ces organisations ? Vivons-nous une transformation de la structure du système sociétal ? L’alliance FNDC-Politique est-elle contre nature ? Pour répondre à ces questions, il est important de définir ce qu’est une organisation politique.

Une organisation politique est un groupe organisé qui se fixe comme objectif soit de conquérir le pouvoir politique, soit d’être en mesure d’influencer les décisions prises dans le champ politique. Autrement dit, une organisation idéologique devant favoriser l’adhésion du plus grand nombre d’électeur pour obtenir des postes décisionnels. Ceci est une exigence de la règle du jeu démocratique en partie. Ces dernières ont tendance à s’auto-organiser et s’auto-reproduire, et ce faisant, ils se détachent des groupes qu’ils sont censés représenter.

Cette dernière remarque permet de mettre en lumière les critiques très actuelles autour des organisations politiques comme par exemple l’actuel premier ministre Kassory Fofana qui a fondu son parti dans le RPG Arc-en-ciel, Makanera, Sidya, Aboubacar Sylla et Mouctar Diallo qui ont fait la navette entre l’opposition et la mouvance sans aucune consultation sérieuse de la base, juste pour des postes de responsabilité.

De plus, en Guinée, les élus politiques actuels, en état de putréfaction sont tous issus des partis politiques, des intellectuels, quinquagénaires en moyenne, tous de la classe moyenne qui représentent le peuple laborieux de Guinée.

En réalité, ces gens ne sont en rien représentatifs du peuple de Guinée dont plus de la moitié vit au-dessous du seuil de la pauvreté et qui est en majorité jeune. Cette distance sociale et idéologique a miné la vie politique nationale. Elle a tendance à décourager le citoyen lambda qui ne croit plus aux promesses des candidats des partis qui, une fois élu, se renient pour pouvoir continuer à exister dans le champ politique et donc à vivre de leur activité.

Dans cette optique et sans proposition alternative sérieuse, le système continue à fonctionner même si le nombre de déçus augmente. C’est là que les mouvements citoyens, notamment le FNDC à ses débuts, prennent tout leur intérêt. Mais qu’est-ce qu’un mouvement citoyen ?

Un mouvement citoyen est un ensemble de réseaux informels d’organisations et d’acteurs isolés, construit sur des valeurs partagées et de la solidarité et qui se mobilise au sujet d’enjeux conflictuels, en ayant recours à différentes formes de protestation.

Le FNDC qui a effectivement débuté en tant que mouvement citoyen, car composé de leaders de plateformes apolitiques, est aujourd’hui, je ne sais par quel miracle, la proie et l’instrument de la politique politicienne guinéenne.

Il faut attirer l’attention de tous les acteurs de la société civile qui s’y investissent volontairement, que le combat qu’ils s’apprêtent à accompagner à partir du 14 octobre 2019 est pour eux un combat perdu d’avance quelque l’issu, car la finalité ne sera profitable qu’à la classe politique actuelle qui s’en fout pas mal des conditions de vie déjà précaires de la population guinéenne et rien ne garantit qu’ils vont eux aussi respecter cette constitution quand ils seront élus. Je suis particulièrement sceptique, surtout, lorsque je les vois encore siéger à l’assemblée malgré l’expiration du mandat accordé par le peuple.

Le combat que le FNDC a amorcé depuis plusieurs mois est un combat mobilisateur, noble qui mérite d’être accompagné, mais malheureusement, il n’y a aucune garantie quant à la pérennité des acquis de ce combat, surtout lorsque nous prenons en compte son alliance avec l’opposition politique discréditée.

Un combat allant dans le sens de l’instauration d’institutions et de lois fortes empêchant toutes velléités de tripatouillage et d’animosités au sommet de l’Etat serait un combat défendable pour lequel je donnerai personnellement mon temps et mon énergie. Par contre, tout combat dirigé contre un homme ou un régime n’a pas d’avenir et est appelé à se répliquer.

Il faut séparer le mouvement citoyen du mouvement politique politicien, car l’alternative citoyenne efficace ne peut venir que de citoyens non engagés dans un mandat politique.

Je crois également que le FNDC devrait accepter cette modification car mis à part les conséquences néfastes d’une manifestation anarchique, la posture de la mouvance est constitutionnelle, et lutter efficacement pour un bon contenu de la nouvelle constitution en veillant particulièrement à ce que certains articles notamment l’article 29 qui traite l’âge du présidentiable, et 51 qui traite en partie le rapport entre l’exécutif et le législatif, de la constitution actuelle et qui constituent l’opium du peuple et de la société civile soient supprimer, anéantis et bannis.

Après, il faut que les politiques (mouvance) acceptent l’alternative citoyenne comme un apport d’idées, de critiques dans le sens d’exigences. Mais on le voit bien, à Conakry notamment, toute action citoyenne qui va à l’encontre de l’action politique est perçue comme une opposition, elle est ignorée, minimisée, piétinée.

Pour réconcilier la société civile et les politiques, il faut d’un côté, des élus prêts à l’écoute et de l’autre des citoyens qui pourraient avoir une part de pouvoir décisionnaire, du moins, une part de pouvoir de blocage quand un projet, par exemple, va à l’encontre de l’intérêt public. Mais les politiques ne voteront jamais de lois pour que le citoyen puisse avoir plus de pouvoir : le pouvoir c’est l’élu et le citoyen n’est bon qu’à voter pour lui. Ou pas. C’est justement ça qui le chagrine, notre politique.

Cette manière de faire la politique est malsaine et explique la réticence du Peuple et la diabolisation de la politique. C’est pourquoi, nous, au sein du Mouvement de la Libération Populaire (MLP), nous voulons montrer et prouver aux guinéens qu’il y a eu, qu’il a et qu’il y aura toujours une autre tradition à la politique qui est très méconnue par la classe politique actuelle, qui méprise, qui opprime et qui empêche le peuple d’accomplir la mission qui lui a été destinée par l’univers.

Cheick Oumar TRAORE
Secrétaire général du MLP
reotracheick@gmail.com/622 331 408/664 331 408/657 331 408

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