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Quand Alpha Condé nous donne la nausée (Par Tierno Monénembo)

Ce qui se passe en ce moment en Guinée frise l’indécence. « Rien que du vulgaire et du subalterne », pour emprunter le fameux ton du Général De Gaulle. Nous sortons des limites tolérables de la vie politique. Nous entrons dans la zone fangeuse de la goujaterie.

Rien qui nous rappelle Mandela, son modèle supposé. Ce serait plutôt du Bokassa, du Macias Nguema, ou du Sassou N’Guesso. Tout lui vient de ces tyrans-là et de personne d’autre : les voies et les moyens, la manière et l’intention !

Qu’un professeur de droit qui, paraît-il, a enseigné à La Sorbonne, en arrive là, a de quoi vous désespérer de l’Afrique pour le restant de vos jours. Pourtant, ce vieillard de 85 ans qui a passé le plus clair de son temps au pays de Voltaire et d’Hugo (il y est arrivé à l’âge de 13 ans !) n’ignore rien du monde moderne. Des notions comme liberté d’opinion, suffrage universel, secret des urnes, démocratie, alternance au pouvoir, droits de l’Homme ne lui sont pas étrangères. D’autant qu’il a lui-même été victime de la violation de ces valeurs précieuses et labiles.

Cet ancien dirigeant de la FEANF qui a côtoyé nombre de futurs dirigeants africains, n’ignore rien de la fragilité économique et institutionnelle du continent. Comme il n’ignore rien du parcours chaotique de son pays depuis 1958 puisqu’il allait sur ses 25 ans le jour où Sékou Touré a accédé au pouvoir. Il sait le coût élevé (en prisons et en nombre de morts) de la « première élection démocratique », celle justement qui lui a permis de bénéficier à tort ou à raison, d’un premier mandat.

Comment, bon dieu, un tel homme peut-il se croire obligé de faire pire que Lansana Conté ?

Car, Il est clair pour les Guinéens que Alpha Condé n’a pas réussi à améliorer leurs conditions économiques et sociales ; elles ont dramatiquement régressé, au contraire. Inutile cependant de tirer un bilan économique. Contentons-nous de signaler un indicateur qui ne trompe pas : le nombre de migrants a été multiplié par cinq depuis 2010. En Belgique, les Guinéens sont les deuxièmes demandeurs d’asile juste après les Afghans ! L’ancien taulard de Lansana Conté aurait pu se rattraper sur le terrain de la démocratie et des Droits de l’Homme or, c’est justement là que son bilan est le plus désastreux.

Près de 130 manifestants abattus, à ce jour ! Aucune arrestation, aucune indemnité, aucune enquête diligentée ! Et tenez- vous bien, la répression, chez ce Monsieur n’est pas aveugle. Elle est même clairvoyante : elle est ethniquement orientée. Il tire à balles à balles réelles dans certains quartiers et avec des gaz lacrymogènes dans d’autres. Cela au vu et au su et de la Communauté Internationale et des Organisations des Droits de l’Homme. C’est vrai que dans le monde sans cœur et sans reproche qui est le nôtre, on ne parle de génocide que quand il s’est déjà produit.

La démocratie selon « le premier président démocratiquement élu de la Guinée », c’est le bâillon et la trique, la restriction des libertés, la privatisation de l’Etat. Après avoir mis la main sur les mines, il a placé ses hommes de paille à la tête de toutes les institutions. La CENI, plus promptement que les autres, lui obéit au doigt et à l’œil. Elle est le moteur de la machine électorale frauduleuse qui roule pour le chef. Le système est simple comme bonjour : gonfler le nombre d’électeurs dans les fiefs du pouvoir quitte à enrôler des mineurs de 10 ans, les réduire drastiquement dans les autres et surtout, distribuer les cartes d’électeurs à la tête du client. Je vous assure que personne ne peut échouer une élection dans ces conditions-là.

Ce juriste de formation a foutu une pagaille institutionnelle dont la Guinée aura du mal à se remettre.

Et voilà que notre vénérable vieillard veut rempiler après bientôt dix ans de « té mouna, yé mouna ! ». Et que personne ne soit dupe du flou savamment entretenu par des journalistes complices autour de cette pernicieuse idée de troisième mandat. Il en est le seul et unique instigateur et il ira jusqu’au bout quitte à réduire la Guinée en cendres.

Cet homme est une catastrophe, je vous dis ! Il résume à lui seul tout ce que cette lamentable intelligentsia africaine comporte de puéril et d’abject.

Tierno Monénembo, in Le Lynx

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One comment

  1. « Cet homme est une catastrophe, je vous dis ! Il résume à lui seul tout ce que cette lamentable intelligentsia africaine comporte de puéril et d’abject. » (Dixit TMD)

    Cette autre sortie du plus célèbre écrivain guinéen de tous les temps est à l’image même du désarroi dans lequel la gouvernance de cet obscur « professeur » de droit a enfoncé notre chère Guinée.

    Dans tout autre pays à fonctionnement tant soit peu normal, l’on aurait de loin préféré qu’un tel niveau de rencontre de l’intelligence et de la beauté soit plutôt vouée à éclairer davantage ce qui fonctionne et concourt à faire évoluer la société et l’Etat. Mais quel lamentable gâchis que représentera l’ensemble du bilan de gouvernance de ce « faux Monsieur » à bien des égards prétendument affirmés !

    Mais il existe cependant une différence de taille entre les modèles de gouvernance bouffons des Bokassa et surtout Macias Nguema d’une part, et d’autre part le cynisme meurtrier qu’AC s’applique à orchestrer à l’encontre de la plus forte communauté notamment. Le tout, aux seules fins de réussir à son tour à transformer l’Etat guinéen en une dictature institutionnelle à vie.

    Le tyranneau de Conakry entend s’inscrire ainsi dans la lointaine ligne de recommandations du gouverneur colonial du Sénégal, Louis Faidherbe; que le sanguinaire Sékou Touré avait été bien instruit à reprendre à son compte notamment par le haut commissaire de la République en AOF, Bernard Cornut-Gentille, du reste (…)
    « Parmi les populations indigènes que nous avons eu à coloniser, il y a une ethnie qui n’acceptera jamais notre domination. Et il se trouve que cette ethnie est très répandue sur notre espace de colonisation. il est urgent et impératif pour notre présence en Afrique de réussir à les diviser et leur opposer les autres ethnies moins rebelles. Car le jour où les Peuls se regrouperont, ils peuvent balayer sur leur passage toutes les forces coloniales. Nos gouverneurs doivent considérer cette action comme étant un devoir national… » (Louis Faidherbe)

    AC dont le père domestique avait été amené de Haute-Volta par un fonctionnaire colonial français muté en Guinée française dans les années 1930, semble visiblement n’avoir jamais pu se défaire du venin de cette funeste idéologie anti-Peuls. Et ce, malgré ses innombrables tentatives de manipulation visant à cacher ses sentiments haineux derrière des relations intéressées avec des membres de cette communauté guinéenne aux élites bien connues pour être souvent conciliantes, naïves, divisées et voires égoïstes.

    Vive la dynamique du FNDC, pour sauver la Guinée de la démence d’un vieillard en manque de sagesse !

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