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Lettre ouverte à M. Alpha Condé, président « élu» et «réélu» de la République de Guinée

Je vous écris parce que ‘’celui qui ne dit rien consent’’, disait un adage africain. Et l’on sait que ‘’celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu’’ [Bertolt Brecht]. Aussi l’on apprend que ‘’même si la défaite est certaine, ne pas se battre pour une cause noble est hypocrite’’ [Aimé Césaire].

Je vous prie humblement M. le Président, de recevoir avec patriotisme et clairvoyance ma 2eme lettre ouverte à votre attention. Ce, depuis votre investiture le 21 décembre 2010 à la magistrature suprême de notre cher pays.

Je vous rédige celle-ci  huit (8) ans, neuf (9) mois et deux (2) semaines après la 1ere que je vous avais adressée à l’occasion de vos 111 jours d’exercice des hautes fonctions d’Etat comme chef et Président de la République. C’était exactement  le 11 avril 2011 dans les colonnes de l’hebdomadaire L’Observateur.

Monsieur le Président,

Je suis citoyen guinéen et depuis près de trois décennies, militant politique dans notre pays. Je suis un témoin oculaire et intéressé de la scène et la chose publiques. Je réitère ma fierté de dire que pour moi, la conquête du pouvoir politique est un moyen et non une fin en soi. Ainsi, je conçois que le pouvoir politique acquis, représente de graves responsabilités à assumer et non un carnaval de jouissances et de célébrations quotidiennes comme le souhaitent et font hélas, nombreux de nos compatriotes de la classe politique.

Permettez-moi à cet instant Mr le président de louer la grâce d’Allah qui m’a gardé non seulement en vie et permis d’être témoin de vos 3323 nuits et 3323 jours d’exercice du pouvoir d’Etat, soit neuf (9) ans, un (1) mois et une (1) semaine. Mais aussi et surtout qu’il soit loué de m’avoir gratifié d’une ‘’bonne santé’’ durant toute cette longue et pénible période.

Excellence Monsieur le président,

Je rappelle ainsi mes propos d’alors, il y a environ cent six (106) mois. Le 11 avril 2011, je vous concédais le droit d’exercer le pouvoir à votre convenance en écrivant : citation ‘’…maintenant que vous y êtes parvenu, sans doute, vous avez le libre cours d’exercer vos lourdes fonctions pour la durée de votre mandat. De quelle manière ? Et avec qui ? Vous aurez choisi de conduire le pays fait partie de vos prérogatives, et ultimement de votre responsabilité devant les Hommes et devant l’Histoire…’’.

Je vous rappelais que ‘’vous n’êtes plus le candidat du RPG en campagne électorale ; encore moins celui du manding. Mais je crois savoir que vous êtes le président de tous les guinéens au devoir, voir même l’obligation de réserve, de justice et d’équité’’. Je vous suggérais ‘’…vivement et impérativement de vous considérer dans la parole et dans le comportement comme le président de tous les guinéens’’.

Je vous proposais ‘’…ma modeste contribution dans un des chantiers qui vous attendait, qu’est la difficile et indispensable Réconciliation Nationale pour laquelle, heureusement, vous avez annoncé la création d’une commission vérité et réconciliation’’. C’est de conférer à cette commission le caractère judiciaire sans lequel la seule vérité ne saurait amener la réconciliation. Ainsi, nous aurons Vérité (identifier bourreaux, victimes) Justice (réhabiliter, dédommager, rétablir, punir…) et Réconciliation.  «Vérité-Justice-Réconciliation ».

Je prédisais que ‘’…de mon point de vue, le succès de votre mandat dépendrait largement de votre réussite à récoler les lambeaux du tissu social profondément écorné par la campagne présidentielle de 2010 d’entre les 2 tours, qui hélas s’effritent de plus en plus depuis votre investiture par des discours haineux et des actes tendancieux’’.

Monsieur le président !

J’avoue qu’à l’époque, pour votre honneur et pour le bonheur des guinéens; j’avais espoir que cela contribuerait au succès de votre régime, qui quand même livrait dès le début des signes d’effroi. J’ai eu le sentiment que vous êtes resté opposant même au régime que vous présidez. Car les rares fois que vous avez objectivement fait le diagnostic de votre gouvernance, vous n’avez fait que de dénoncer ceux là mêmes que vous avez nommés pour mener votre politique gouvernementale. Curieusement et malgré tout, vous nous faites croire au bien et au progrès du pays, en attribuant tout le mal profond à vos adversaires. Pourtant, vous êtes constitutionnellement le seul comptable devant le peuple de Guinée.

Hélas, M. le président, la vérité est cruelle, il n ya ni honneur, ni bonheur. Les faits sont têtus, l’heure est au bilan et le jugement avant dernier est accablant. Aujourd’hui et désormais, j’ai su, vous savez, le peuple de Guinée sait, l’Afrique toute entière et le monde savent : Comment ?  Avec qui ?  Et de quelle manière ? Vous avez géré le pays pendant près de cent dix (110) des cent vingt (120) mois de vos 2 mandats cumulatifs.

Monsieur le président,

En âme et conscience, vous êtes à même, le mieux placé à le savoir par votre auto-évaluation, qu’ à ceux qu’on prête injustement de vous tromper : les démagogues et corrompus autour de vous qui racontent des balivernes pour leurs profits exclusifs.  Je suis de ceux qui ne croient pas du tout à la thèse selon laquelle vous êtes trompé par votre entourage qui vous met sous pression.

Non Monsieur le Président, vous et eux chacun aura la plénitude de la responsabilité des actes qu’il aura posé (article 6 de la constitution). A la différence, vous, vous êtes investi par la constitution actuelle qui vous a fait élire et sur laquelle vous avez juré deux (2) fois comme président de la République de Guinée.

Toutefois, les résultats sont là visibles, matériellement palpables. La crise est profonde et multiforme avec des citoyens terrorisés en sang et en larmes. Tous les guinéens survivants de ces dures épreuves  ont été témoins des atrocités abominables à eux infligées directement ou par laxisme de l’Etat pendant cette période.

Monsieur le président !

On se souvient que :

  1. La prétendue ‘’commission provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale’’ créée par décret D/2011/192/PRG/SGG du 24 juin 2011 n’a rendu son rapport final que le 27 juin 2016 (5 ans durant) pour les tiroirs. Elle est restée définitivement provisoire pendant vos 2 mandats. Pire, les discriminations à caractère communautaire et politique se sont empirées dans les comportements et discours officiels. Les blessures antérieures ont été aggravées, l’injustice et les frustrations sont amplifiées… . La réconciliation est aujourd’hui plus d’actualité qu’il ya 10 ans.
  2. Les forces de l’ordre et de sécurité n’ont été que source de désordre et d’insécurité pour le peuple de Guinée surtout depuis 2011. Elles sont accusées avec des soupçons assez crédibles de meurtres et sévices corporels assez cruels des citoyens (v. réseaux sociaux), de répression disproportionnée des manifestations pacifiques constitutionnellement consacrées, du vandalisme sur les biens privés et public (engins roulants, boutiques..), de viol des domiciles privés avec vol et exaction abusive y compris les cimetières et les lieux de culte, d’indécence vis a vis même des défunts et les cortèges funèbres, etc.
  3. Le syndrome des 3C (Clanisme, Clientélisme et Communautarisme) est très marqué dans les nominations administratives des cadres avec ses corolaires de discrimination, d’injustice, de gabegie financière qui sont récurrentes et impunies au détriment du mérite et de la compétence.
  4. Les nombreuses institutions budgétivores ne sont pas indépendantes vis-à-vis de l’exécutif. La justice est aux ordres. En tout état de cause, elle n’a pas non plus prouvé son indépendance et son impartialité vis à vis des justiciables contre les abus de pouvoir. L’institution religieuse censée être la plus prestigieuse qu’est le conseil islamique pour une Guinée musulmane à plus de 85% n’a pas hésité de destituer l’imam (Elhadj Yaya mosquée Lambanyi  Kinifi village) pour ses opinons politiques, pourtant un droit de tout citoyen.
  5. L’argent du contribuable guinéen, hormis ce qui est détourné par les commis privilégiés de l’Etat et les fonds dilapidés dans des manifestations de prestige de la mouvance est exclusivement utilisé à acheter des armes soi-disant conventionnelles pourtant létales. Elles répriment et tuent les mêmes contribuables pendant que le secteur de l’éducation est paralysé depuis trois (3) ans pour des revendications légitimes qui sont diluées dans des négociations interminables.
  6. Des prévarications d’Etat noyées dans des discours et mamayas démagogiques mêlées à la haine font porter des sérieux doutes à vos prétentions d’être le Mandela guinéen, tant rêvé. Cela empêchent de rassembler tous les guinéens pour relever les défis immenses qui étaient les leurs et les vôtres. Vous êtes resté un homme politique, leader et fervent militant du RPG au lieu d’incarner le peuple tout entier et devenir l’homme d’Etat escompté.

Monsieur le président de la République, Chef de l’Etat, ‘’Mandela de la Guinée ?’’, je vous supplie d’écouter, de prendre en compte et d’intégrer les millions d’âmes qui manifestent partout dans le pays pour exprimer leur ras-le-bol.

Monsieur le président, voyez-vous que le pays est en feu et à sang. Si en 2010, l’Etat guinéen n’existait pas, aujourd’hui il n ya ni Etat, ni nation, plutôt des communautés instrumentalisées par des politiciens véreux.

Ne soyez pas aveuglé par ceux-ci, ces opportunistes qui ont tellement retournés les vestes qui sont désormais des caméléons qui se métamorphosent et s’accommodent à toutes les circonstances, prêts à vous décrédibiliser pour leurs intérêts égoïstes.

Faites vous-même le compte, pour savoir si toutes ces personnes protestataires ne peuplent que les 2 quartiers de Bambeto et Hamdallaye comme certains de vos ministres le prétendent. Pour le menteur, plus le mensonge est gros, plus on le croirait.  Au vu des images qui ne sont plus et ne peuvent plus être un monopole d’Etat dans ce monde planétaire, chaque guinéen fera asseoir sa propre conviction et vous Monsieur le Président, vous devez en tirer les bons enseignements.

Monsieur le président,

Epargnez à votre peuple et préservez-vous des affres des troubles sociopolitiques comme ceux vécus au Burkina  de Blaise en octobre 2014, au Soudan de Béchir et en Algérie de Bouteflika en avril 2019, etc.

Monsieur le Président,

Comparaison n’est pas raison mais il n’est plus possible de gérer en cette ère du numérique la Guinée comme au temps de la révolution de monsieur Sékou Touré. Personne, qu’elle fusse un chef d’Etat n’a plus le monopole de l’information. C’est en cela que les faits sont têtus. Ce qui se passe ailleurs dans le monde devrait faire école pour vos collaborateurs et pour votre honneur.

Actuellement au Liban la crise est profonde et le carnage s’empire pour une simple hausse mensuelle de 4 euros du tarif de Whatshapp rétractée aussitôt dans les 24 heures. Cela a suffit pour faire démissionner des ministres avant de faire tomber le gouvernement tout entier du Premier Ministre Saad Hariri.

Au Chili, en 24 heures le pouvoir de Santiago rétracte (le 19 sept. 2019), sa décision d’une hausse de 3% du prix des tickets du métro.

En Equateur, au début octobre 2019, le gouvernement exilé de Quito (la capitale) à l’intérieur du pays renonce en 24 heures à sa décision de supprimer la subvention d’Etat du carburant.

A Hong Kong, le peuple a fait reculer le pouvoir en juillet 2019 avant de le faire définitivement plier en sept. 2019 sur son intention d’extrader les Hong Kongais en Chine continentale.

En Bolivie récemment, Morales réélu dans la contestation ‘’n’exercera’’ son mandat qu’en Mexique, hors des frontières boliviennes où il est désormais exilé.

Monsieur le Président,

Je vous prie de briser le silence pour restaurer la paix, sauver votre peuple déjà martyr des régimes successifs en Guinée. Je vous implore d’épargner les vies de vos compatriotes harcelés qui meurent par balles (d’où et de qui elles viennent), en prétendant impudemment l’innocence des forces de l’ordre dites de sécurité. Je vous sollicite pour préserver votre nation des affres du communautarisme et de l’ethnicité, des destructions d’édifices et biens privés et publics…

Je vous demande de mériter la confiance de votre peuple, le peuple de Guinée. Pour cela, je vous recommande un seul geste, une seule annonce qui sont largement à votre portée. Ce geste et cette annonce ne vous coûtent que le discernement. Ils ne vous demandent que la lucidité. Ils ne vous requirent que des secondes de votre précieux temps Monsieur le président.

Ce geste et cette annonce sont de proclamer clairement que ‘’conformément à la constitution actuelle (celle de 2010) vous n’êtes pas candidat pour un 3eme mandat présidentiel de la 3eme République ou un 1ermandat d’une éventuelle 4eme République, en Guinée’’. Ça suffit Monsieur le Président, je sais qu’aucun guinéen y compris vous, ne voudra la guerre civile dans notre cher pays.

Monsieur le Président,

Il ne s’agit point d’être prédicateur, mais imaginez l’ampleur du désastre auquel le pays et notre peuple sont enclin le jour que votre candidature sera annoncée officiellement de quelques manières que ce soit, si votre silence suspect de vouloir un 3eme mandat nous a mené au drame que gouvernants et gouvernés vivent actuellement.

Monsieur le Président, cher compatriote,

Vous avez trop à faire pour les quarante six (46) semaines soit 321 jours qui vous restent constitutionnellement à la tête de l’Etat.

Monsieur le président, sur cette terre rien n’étant eternel, l’après vous est inévitable, vous avez encore la possibilité d’écrire une page glorieuse de l’histoire, que le peuple pourra retenir de vous. Dès maintenant, jetez les bases d’une paix vraie et durable en Guinée pour tous les guinéens. Oui, cela est à votre portée.

Monsieur le président, une gloire petite soit elle à titre posthume vaut mieux que rien d’une décennie de négation de vos 40 années d’opposant. Mais, la paix n’est pas un slogan, elle n’est pas un discours, elle n’est pas non plus un simple vœu, elle est un comportement.

Monsieur le président,

Dans le contexte actuel, il vous appartient à vous et à vous seul, de redonner la paix aux guinéens. Les sommations des pouvoirs publics ainsi que les appels pieux et prêches des religieux et d’autres caravaniers hypocrites à faire la paix (sans laquelle il n ya pas de bonheur) ne seront entendus dans l’injustice, l’iniquité, la frustration,  la stigmatisation, la discrimination, l’insécurité… . En un mot, il ne peut y avoir de paix si les droits des citoyens et les lois du pays sont violés, les populations terrorisées.

Faudrait-il alors Monsieur le président, que ces supposés sapeurs pompiers qui prêchent dans le désert, vous disent à vous, la stricte vérité qu’est de rompre le silence maintenant en vous engageant à quitter le pouvoir à la fin de votre second et dernier mandat pour que la paix revienne ?

Monsieur le Président,

Restaurer la quiétude sociopolitique et l’équilibre économique du pays suppose que vous renoncez solennellement au pouvoir en Guinée au soir du 21 décembre 2020.

Monsieur le Président,

Vous êtes le garant de la quiétude sociopolitique et l’équilibre économique du pays. Pour cela, vous avez à respecter et faire respecter les lois régies par la constitution (rompre avec les accords et les consensus).  Vous devez doter le peuple non pas une nouvelle constitution (surtout pas ce projet annoncé) mais un fichier électoral juste, propre pour les échéances électorales futures.

Ce qui permettra d’achever les élections locales et municipales du 04 février 2018 dont 2 des 5 années de la mandature sont écoulées pendant que certaines collectivités sont sans administrateurs légaux. Rattraper le retard des élections législatives dont les parlementaires actuels (élus du peuple) de tous les bords ne veulent pas être dépossédés. D’organiser à date les élections présidentielles propres et crédibles dont le second tour doit avoir lieu en novembre 2020.  Et de rendre le tablier le 21 décembre 2020 à votre successeur élu pour que ce mérite vous permette de sortir par la porte, petite soit elle.

Monsieur le Président,

C’est cela la paix véritable et durable gage d’une réconciliation  nationale pour faire renaitre la nation guinéenne aux valeurs ancestrales. Tard vaut mieux que jamais et n’attendez pas le ‘’Si’’ ‘’si je savais’’ ce sera trop tard.

En comptant sur votre bonne compréhension, veuillez croire Monsieur le Président à  l’expression de mon respect dû à votre rang.

Je vous remercie !

Abdoulaye Korsé BALDE
Médecin chirurgien

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