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Sékhoutouréya ou le refuge de politiques « faux brillants » 

On attribue à la romancière Austro-hongroise, Marie Von Ebner-Eschenbach (1830-1916), la citation suivante (aphorisme) : « Il y a deux catégories d’êtres intelligents : ceux dont l’esprit rayonne et ceux qui brillent : les premiers éclairent leur entourage, les seconds le plongent dans les ténèbres ».

Cette deuxième catégorie d’êtres correspond bien à l’image que reflètent ces pseudos élites au col blanc qui emplissent les arènes du palais Sékhoutouréya, chef-lieu du gangstérisme politique en Guinée. Je les nomme ici les « réfugiés ». Quelques-uns d’entre eux ont fréquenté de grandes écoles où ils ont appris à manier la langue du colonisateur – quoique périlleusement pour certains, puis assimilé mécaniquement ses rhétoriques franponniennes de production et de colportage du mensonge. Ceux-là se sont distingués comme les premiers égareurs du peuple. Partout où ils passent, ils y répandent des lambeaux de ténèbres nocturnes.

À bien observer leur manière de se comporter sur l’échiquier politique national, on peut se dire que ce n’est pas un hasard si l’ancien président de la République, le général Lansana Conté avait jugé utile de baptiser ce nouveau palais en l’honneur de son prédécesseur, le pionnier de l’indépendance du pays, Ahmed Sékou Touré. Ce dernier est en effet bien connu pour avoir instauré en Guinée un régime de la terreur, fondé sur la diffamation et les faux témoignages, sur lequel il avait bâti et conservé son pouvoir jusqu’à sa mort en mars 1984.

Cette manière de gouverner le pays se verra très vite incarnée dans la trajectoire empruntée par le président Conté lui-même, notamment après le coup d’État manqué de février 1996. À partir de ce moment, l’homme qui est à l’origine de l’ouverture du pays à la « démocratie » et au multipartisme va lui aussi ériger au sommet de l’État, un système autoritaire et fortement militarisé pour exercer son autorité.

Désormais, le viol de la Constitution, l’abus de pouvoir et le pillage des deniers publics vont caractériser la gouvernance de ce général de brigade et lui permettre de confisquer le pouvoir jusqu’à sa mort, après 24 ans de règne. Tout se passe donc comme si Conté savait ou présageait que ce type de régime allait encore continuer à faire loi en Guinée même après lui. Cette hypothèse se justifie si bien que le palais Sékhoutouréya a été conçu et bâti selon le modèle de l’architecture impériale chinoise, marquée par la proéminence de son pavillon central avec un avant-toit relevé en pentes gracieuses, symbolisant le pouvoir de la domination et de l’écrasement des masses.

À la découverte des trous noirs…

Nombreux sont les exemples de situations où ces réfugiés se démarquent par des comportements et des propos à la fois ridicules et obscurantistes, ce qui permet de créditer l’analyse faite ici. En pleine crise sanitaire de la Covid-19, on a par exemple vu leur chef conseiller aux populations urbaines de « boire souvent de l’eau chaude et d’utiliser le Mentholatum » pour se protéger contre cette maladie virale. Et, ajoutait-il, « si au bout de deux jours ces consignes n’étaient pas respectées, je mobiliserais l’armée contre vous ». Il est clair que de tels propos venant du premier responsable de l’État invite logiquement à s’interroger sur le degré de sérieux et de responsabilité qu’il accorde à la fonction qu’il incarne. Le Mentholatum, un remède pourtant connu pour ses vertus contre les douleurs musculaires et arthritiques, jamais expérimenté nulle part contre la Covid-19, c’est bien ce qu’avait recommandé le chef des réfugiés à son peuple. Mais ce n’est pas tout !

Il y a deux ans, un communiqué de presse de leur refuge annonçait la « mort du chinois ». Ce  fameux  chinois qui était « censé » se charger de l’électrification de la Haute Guinée. Selon les propres mots de l’auteur de cette nouvelle, la brusque disparition de cet individu aurait empêché la concrétisation de ce projet. Quand j’ai eu connaissance de cette nouvelle, je me suis demandé comme tout citoyen guinéen dans quel pays me trouvais-je vraiment. Comment peut-on justifier l’échec d’un projet d’utilité publique par la mort d’un individu ? Évidemment, on peut imaginer que quand une nouvelle pareille sort de la bouche d’un des plus hauts responsables du pays, cela signifie que le sérieux a depuis longtemps déguerpi de là.

Malheureusement, ce type de comportement ne se limite pas uniquement qu’aux chefs, on le voit également s’incarner en d’autres réfugiés. Certains ont fait bien pire. Dans une tribune parue en juin dernier dans les médias guinéens en ligne, un autre s’est lui aussi livré à un exercice apologétique pour redorer le blason de son chef qu’il qualifie d’avoir une « humilité, loin d’être feinte, un profond humanisme… ». Des traits de caractère qui ne sont nullement incarnés dans le comportement de cet autocrate très colérique, débordant d’égo et responsable de la mort de plusieurs centaines de guinéens depuis qu’il bénéficie du droit d’asile. Jusque-là les humanistes étaient considérés comme des gens aimant l’être humain et veillant à la protection de sa dignité et de sa vie. Sauf l’humanisme chanté par ce réfugié. Un texte vide de substance, où l’auteur ne cite aucune réalisation irréfutable de son idole, se contentant uniquement de le saupoudrer de louanges divines. Quels déboires ! Ces politiques en torchon ont plongé le pays dans les ténèbres.

Et nous voilà piégés dans les ténèbres… 

Ces comportements autant aberrants que répugnants sont aussi aggravés par la politique de survie utilisée par le chef des réfugiés pour se donner une plus grande légitimité aux yeux du monde et ce malgré les faux pas qu’il a posés ces derniers temps. L’obsession de ce dernier pour le pouvoir est ce qui justifie désormais le raffermissement des relations entre son pays et le bloc Chine-Russie-Turquie. Elle représente en effet, une sorte d’assurance vie pour le potentat avalisé par ces puissances, en échange bien sûr d’un droit de pillage, comme si les six décennies déjà passées sous le joug colonial ne suffisaient guère. Car, toute nation qui aspire à la puissance est forcément animée par au moins deux soucis majeurs : sécuriser et garantir ses sources d’approvisionnement en matières premières et investir les marchés étrangers pour l’écoulement de sa production nationale.

Ces trois pays viennent, après les puissances occidentales, s’activer sur les mêmes créneaux. Leurs industries sont gourmandes en matières premières. Comme une toile d’araignée ils tissent ainsi une myriade de contrats avec les pays africains pour disposer de leurs ressources minières sans se poser la moindre question ni sur la nature du régime en place, ni sur le respect des droits humains, ni sur la nécessité de protéger l’environnement et ni sur le droit des employés locaux. Cela n’est pas sans conséquences. On voit surgir des contestations de toutes sortes dans les régions où les entreprises de ces pays (le plus souvent nationales) opèrent.

C’est à cause de l’accumulation des frustrations de ce genre que des émeutes avaient éclaté à Boké en avril et septembre 2017, provoquées par la colère de la population face à l’insuffisance des services de base, en particulier le manque d’eau et d’électricité ainsi que l’expropriation des terres agricoles sans dédommagement adéquat des agriculteurs. Un ressentiment envers l’expansion rapide de l’exploitation minière, et des inquiétudes plus vastes en lien avec les répercussions de celle-ci sur les communautés locales. Des milliers de jeunes avaient saccagé des bâtiments publics et érigé des points de contrôle officieux afin d’empêcher les sociétés minières de mener leurs activités. De même, c’est ce que nous avons vu très récemment dans cette usine chinoise de fabrique d’anti-moustiques située à Maférinya, dans la préfecture de Forécariah, où l’on a découvert que plus de 268 personnes étaient retenues prisonnières par leur employeur chinois, logées dans des conditions déplorables, maltraitées et privées de leur liberté de mouvement.

Par ailleurs, ces relations entre le pouvoir guinéen et ces pays « amis » se renforcent à mesure que le réfugié-chef se départit progressivement du système Françafrique, en raison notamment du peu de soutien que lui accorde désormais la France dans sa détermination de briguer un troisième mandat. Le patron des réfugiés a bien compris que s’il restait proche de ces autocrates du communisme moderne, ceux-ci n’hésiteraient pas de couvrir ses simulacres électoraux pour lui permettre de se prévaloir d’une légitimité « démocratique ».

Ces « amis » de la Guinée sont aussi reconnaissables par leur mode de gouvernance. Et le réfugié-chef connaît bien cette tactique. Il s’appuie régulièrement sur les méthodes empruntées à ces derniers pour confisquer l’appareil d’État et s’allier à l’armée. Puis, bénéficiant de solides appuis intérieurs et disposant du contrôle absolu des organes de répression (brigade présidentielle, forces de police, unités d’élites de l’armée, milices secrètes, etc.), il impose un climat de terreur, exactement comme avaient procédé ses prédécesseurs pour se maintenir au pouvoir.

Concrètement, cela se traduit comme on l’a vu depuis le début de l’année, par des intimidations, des arrestations d’opposants, ou par une forme de criminalisation des interventions de l’État contre la société. On peut d’ailleurs dire que c’est pour une grande part à cause de cela que nous ne pouvons pleinement profiter de nos ressources publiques, parce que nos gouvernants ont peur de sortir de ce cercle toxique et vicieux. Ils ne veulent pas rompre leur « amitié » avec ces autocrates étrangers, en raison de leur propre appétit pour le pouvoir. Ainsi, que ce soit avec la France ou avec les communistes modernes, la logique reste la même : domination et exploitation. Le grand perdant étant toujours la Guinée. Face à des bassesses d’une telle ampleur au plus haut sommet de l’État, comment s’empêcher de ne pas être indigné et révolté ? À quoi donc ont servi ces nombreuses années d’études et de luttes politiques à ces réfugiés ? À rien qui soit profitable au pays.

Puis un rayon lumineux émerge des ombres… 

Ainsi, la Guinée doit œuvrer à changer la perception qu’ont ces puissances étrangères sur elle et cela ne peut se réaliser sans un changement de l’état d’esprit de ses propres dirigeants, notamment en ce qui a trait à leur gestion du bien public et à leur rapport au pouvoir. Son organisation et sa cohésion internes, la défense de ses intérêts propres et son sens élevé de l’effort devraient permettre à la Guinée de briser, à terme, la mauvaise image qu’elle renvoie à l’étranger. C’est en relevant ces défis qu’elle gagnera en respect et en capacité d’influer sur les fondements de sa coopération avec le monde tout en mettant l’accent sur ses propres intérêts. En définitive la Guinée doit être plus que jamais responsable dans le plein sens du terme pour devenir une joueuse sur l’échiquier international et non pas un pion que tout le monde pousse à sa guise.

Aboubacar Fofana, ing.

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