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Guinée : les défis du vivre ensemble

La crise politico-sociale qu’a vécu la Guinée au lendemain de l’élection présidentielle du 18 octobre dernier impose à chaque citoyen de ce pays de faire un examen de conscience afin de prendre conscience des nombreux défis qu’il doit relever s’il veut continuer à vivre en harmonie avec les siens. C’est à cet exercice d’autocritique que je me suis livré et dont je voudrais ici partager les principales lignes directrices.

Premièrement, il nous est indispensable de réaliser que nous sommes tous des citoyens d’un même pays, avec une même histoire parfois douloureuse et parfois glorieuse que nous partageons ensemble. Pendant des siècles et des siècles nos ancêtres ont vécu en harmonie, malgré leurs différences ethniques, dans des empires plus vastes que les limites actuelles de notre pays.

Même s’il est vrai que la colonisation est venue déstructurer ces équilibres après la conférence de Berlin en 1885, en coupant les liens initiaux entre les peuples par la création de pays et d’États complètement nouveaux, et sans tenir compte des structures sociétales et étatiques qui pré-existaient alors, il n’en demeure pas moins vrai que les peuples originels trouvés sur place sont quand même restés les mêmes et qu’ils ont toujours cherché à lutter ensemble pour se libérer du joug colonial.

Deuxièmement, est-il besoin de rappeler que le contexte actuel de la géopolitique mondiale, des crises économico-politiques et sociales permanentes ainsi que de la crise sanitaire planétaire qui bouleverse le monde, nous condamnent désormais à créer pour nous-mêmes un environnement de paix et de sécurité où chacun peut mener sa vie adéquatement et espérer un avenir meilleur pour sa  descendance ?

Au moment où l’hostilité à l’égard de l’immigrant étranger grandit partout dans le monde et notamment en ce qui concerne l’individu de race noire; au moment où les pays étrangers nous ferment leurs frontières; au moment où les problèmes du réchauffement climatique et de la sècheresse sont les plus grandes préoccupations de l’avenir, en ce moment-là même, nous avons tout intérêt à être responsables dans le pays que le Créateur nous a donné, en y prenant le plus grand soin, en faisant tout ce qui est possible pour que nous puissions y vivre en paix et en sécurité.

Troisièmement, au regard du bilan globalement négatif des dix dernières années de la gouvernance de celui qui est considéré comme le plus coriace opposant guinéen des quarante-cinq dernières années, chaque guinéen, de quelque ethnie qu’il soit, doit se convaincre de l’effet de « surprise » qu’il peut y avoir en politique – politique vue non pas comme un moyen d’organisation de la société selon un principe de justice mais comme un moyen d’acquérir le pouvoir pour l’exercer selon sa volonté et ses désirs propres. À cet égard, il faut se souvenir de cette phrase de l’ancien président français, François Mitterrand, qu’il reprend lui-même d’Édouard Daladier, qui dit : « La politique n’est ni une logique ni une morale, mais une dynamique généralement irrationnelle. »

On peut ainsi dire que dans son long mouvement de lutte pour la démocratie, l’opposant historique une fois le pouvoir en mains, s’est vu entrainé et enchainé par des forces irrationnelles qui continuent d’obstruer sa vue en l’empêchant de saisir l’évidence et de raisonner rationnellement. Cette distorsion de l’idéal du politique en quête de pouvoir doit être compris par le citoyen et faire de lui un individu mieux éclairé, plus prudent et encore plus clairvoyant. La société guinéenne ne doit jamais se laisser diviser par des politiques sans parole qui ne font que l’utiliser comme un instrument d’acquisition du pouvoir.

Enfin, toutes les sphères de la population guinéenne doivent maintenant revenir à leur objectif commun : celui de constituer une communauté de destin qui leur est individuellement supérieure, une nation unie autour d’une mémoire collective. Il est encore temps de sauver le pays des périodes sombres de son histoire marquées par l’exacerbation de l’identité ethnique et de l’exercice personnaliste du pouvoir.

Pour y arriver avec succès, la carte de la vérité, de la tolérance et de la sincérité doit être celle qu’il faut jouer à tous les coups. Le monde entier a le regard figé sur notre pays. C’est à nous de leur monter que ne sommes pas ce que racistes disent de nous, à savoir une bande de nègres écervelés incapables de se partager un morceau de pain sans s’entretuer. C’est en tout état de cause le souhait que je formule ici et l’espérance en laquelle j’invite mes concitoyens à se joindre pour bâtir ensemble une société guinéenne paisible et harmonieuse et qui aspire à la prospérité.

Aboubacar Fofana, ing.
Montréal, Québec

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