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Les journalistes guinéens sont-ils libres dans l’exercice de leur métier ?

L’humanité célèbre la journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai de chaque année. Cette journée est une occasion pour les professionnels des médias de rappeler aux gouvernements la nécessité de respecter leur engagement en faveur de la liberté de la presse, de réfléchir les questions liées à la liberté de la presse, l’éthique et la déontologie du métier de journalisme.

C’est une journée également consacrée à la commémoration des journalistes ayant perdu leur vie dans l’exercice de leur profession. La journée mondiale de la liberté de la presse est mise également à profit pour soutenir les journalistes ou les médias qui ont subi ou qui subissent la privatisation ou la restructuration de la liberté de la presse.

Cette année, comme partout à travers le monde, la Guinée célèbre cette journée dans un contexte sanitaire particulièrement difficile à cause de la pandémie du covid-19. Une pandémie qui a affecté sérieusement la vie économique et sociale des travailleurs de l’ensemble des secteurs d’activité en particulier le monde des médias. Des entreprises médiatiques ont été fortement touchées par les effets de la pandémie du Covid-19 qui a endeuillé plusieurs familles et ruiné des économies. Les restructurations sanitaires édictées par les autorités sanitaires ont poussé certains patrons de presse à réduire le personnel sous le coup de la conjoncture économique infligée par l’épidémie.

La presse considérée comme le 4è pourvoir après l’exécutif, le législatif et le judiciaire connait un envol difficile. Cela, malgré la floraison des médias dans leurs différentes. Un secteur sous-estimé à la fois par l’État et la société quoique chacune des parties tire profit de la prestation des médias.

Le thème retenu cette année pour célébrer la journée mondiale de la liberté de la presse est « l’information comme bien public ». Comme pour dire la prestation des médias est naturellement d’une utilité publique. Cette information considérée comme bien public doit être vraie c’est-à-dire vérifiable et fiable. Ce qui nécessite pour le journaliste, une collecte et un traitement libres, professionnels et responsables des informations en vue de diffuser une information crédible. Pour cela, il faut une conscience professionnelle et des conditions de travail bien remplies. A défaut, le journaliste pourrait être tenté d’être partial. Ce qui constitue une mauvaise image pour la corporation.

Par ailleurs, le journaliste invulnérable à la corruption est le plus souvent exposé à des tentatives d’intimidation, par des menaces, des mises en garde voire des interpellations et emprisonnements. D’où la restructuration de la liberté de la presse. Ce fût le cas avec les confrères Lansana Camara, Mandian Sidibé poussé à l’exil forcé, le doyen Amadou Djouldé Diallo, journaliste sportif qui croupit actuellement en prison à la maison centrale de Conakry.

Que dire du respect de la liberté de la presse en Guinée ce dernier temps ?

La liberté de la presse chèrement acquise en République de Guinée sous le régime de Lansana Conté est en train d’être remise en cause par le gouvernement guinéen.

Pendant ces dix dernières années, on a assisté à des multiples convocations de journalistes. C’est  notamment le cas de Moussa Moise Sylla et Moussa Yero Bah tous des journalistes de la radio  Espace  FM;  du doyen Diallo Souleymane, patron du groupe de presse Lynx-Lance, et Abou Bakr, directeur général de la radio de la radio Lynx, tous les deux inculpés et placés sous contrôle judiciaire; Thierno Madiou Bah, Ibrahima Sory Lincoln Soumah de la radio  Nostalgie FM poursuivis au tribunal de première instance de Kaloum et condamnés en violation de la loi L002 portant sur la liberté de la presse.

Au-delà de ces braves journalistes, d’autres ont été inculpés et placés sous mandat de dépôt à la maison centrale de Conakry en violation de la même loi L002. Il s’agit de Lansana Camara, Ibrahima Sadio Bah et récemment du doyen Amadou Diouldé Diallo journaliste sportif et historien qui a été gratuitement cueilli et mis en détention à la prison civile de Conakry. Pire, un journaliste de la radio Espace FM, porté disparu il y a des années, n’est toujours pas retrouvé. Le tout pour dire que la liberté de la presse est fortement menacée en Guinée.

Au lieu de s’attaquer aux grands bandits de chemins, aux prédateurs des deniers publics, aux coupeurs de route, aux trafiquants de drogue et d’êtres humains, l’Etat s’abat sur les pauvres journalistes qui expriment leur opinion sur la chose publique par le biais de la corruption et des intimidations. L’Etat procède ainsi au musellement de la presse en poursuivant des journalistes devant les juridictions du pays en violation flagrante de la loi.

En dépit de la dépénalisation des délits de presse en vigueur en République de Guinée, 2 journalistes croupissent en prison depuis maintenant des mois comme si de rien n’était. Des journalistes sont le plus souvent poursuivis en justice pour des faits commis dans l’exercice de leur profession sur la base de la loi portant cyber-sécurité au détriment de la loi L002 portant elle, sur la liberté de la presse.

La démocratie repose dit-on sur 4 piliers principaux à savoir les pouvoir exécutif, législatif, judiciaire et la presse. Si la presse est donc un élément indispensable à l’instauration et la promotion de la démocratie, l’Etat doit avoir l’obligation de garantir la liberté de la presse dans notre pays.

L’accès à l’information publique en République de Guinée. Où en est-on de nos jours ?

L’expérience a prouvé sur le terrain que le journaliste guinéen n’a presque pas l’accès à l’information publique. Les agents de la fonction publique appelés à fournir cette information publique ne se montrent généralement pas coopératifs pour des raisons multiples et variées. On peut entre autres citer la lourdeur et la lenteur de l’administration, le fait que certains par peur de perdre leurs postes préfèrent ne pas se prêter aux questions des journalistes.  D’autres malheureusement n’ont aucune considération pour la presse même si ces derniers aiment s’informer de ce qui prévaut dans leur pays et d’ailleurs à travers le monde monde.

Récemment, le ministère de la fonction publique, de la réforme de l’Etat et de la modernisation de l’administration a mis en place un document portant autorisation du citoyen guinéen d’accéder à l’information publique. Ce qui est un droit absolu pour le citoyen d’autant plus que l’Etat décide et agit en son nom et pour son compte. Mais ce document tarde encore à être promulgué et enregistré au journal officiel de la République.

Les conditions de travail des journalistes sont-elles garanties en Guinée ?

Eu égard à tout ce qui se passe sur le terrain, on peut dire qu’il y a beaucoup à faire sur ce plan. D’abord, il faut dire que la majeure partie des entreprises de presse ne disposent pas suffisamment de moyens surtout financiers pour faire face à certaines obligations sociales et donc à leurs charges. Elles ne bénéficient également pas d’un accompagnement technique et financier de la part de l’Etat qu’il leur faut pour relever les défis qui leur s’imposent. Il n’y a de subventions dignes de valeur accordées aux organes de presse qui pourtant aident à diminuer l’effectif des chômeurs.

À cela s’ajoute la situation économique lamentable du pays qui affecte considérablement ce secteur. Certains médias ne gagnent pas de marchés publics parce que jugés proches de l’opposition. Les quelques rares marchés existants se donnent par affinité. Ce qui n’encourage pas la promotion de l’emploi en République de Guinée.

Cependant, chaque année, on déverse des milliers de diplômés sur le marché. De nombreux journalistes ayant trouvé de l’emploi connaissent un mauvais traitement parce que d’une part l’employeur ne dispose pas suffisamment de ressources financières pour payer les meilleurs journalistes à leur juste valeur. De l’autre, parce que le rendement de certains journalistes est faible. Ce qui fait que nombreux sont des journalistes qui vivent au jour le jour.

Mamadou Bhoye Laafa Sow
Journaliste

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