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Bill de Sam : du Rap à l’agrotourisme, un parcours inspirant

Plus connu sous le nom de Bill de Sam, Alpha Soumah à l’état civil, figure parmi les véritables pionniers qui ont rendu audible le Rap en Guinée et à ouvrir la voie à des générations entières.

A son actif trois albums, il a imposé son style Mandingo avec des textes travaillés pour se faire un nom. Désormais loin des podiums, après avoir mis sa carrière en veilleuse, il s’investit dans le tourisme, pour vendre la destination Guinée, et dans l’agriculture. Entretien avec cet ancien Master of ceremonies (MC)…

VisionGuinee : D’où vient votre surnom Bill de Sam ?

Bill de Sam : Bill vient d’un personnage que je jouais au théâtre lorsque j’étais au collège 28 septembre à Kaloum. C’est un personnage très extravagant qui ne manquait aucune occasion pour montrer ses belles godasses. « Moi c’est Bill et mes chaussures sont des Weston », disait-il à chaque apparition. C’est ainsi que mes amis de classe m’ont donné le surnom Bill Weston. Sam vient de Samayah, mon village qui est une sous-préfecture de Kindia. J’ai préféré Bill de Samayah comme nom de scène. Et bien plus tard, c’est devenu Bill de Sam.

Comment est venu l’envie de rapper ?

Le Rap est venu à moi tout naturellement. Au début, déjà au collège, j’étais un passionné de l’art. Je me suis intéressé un peu plus tard à la musique et me suis acheté une vieille guitare. Cela m’a permis de me familiariser avec les mélodies. Des artistes comme KL Bamba et Fatiya de l’orchestre Kaloum Star m’ont souvent enseigné quelques accords de guitare.

Vous faites partie des pionniers du rap en Guinée. Parlez-nous brièvement de votre parcours ?

Entre 1987 et 1989, avec la venue du mouvement Hip-hop en Guinée, je me suis mis à pratiquer le Rap avec des DJs dans les boîtes de nuit au cours des matinées dansantes. J’ai par la suite introduit les langues du pays dans mes textes. C’était mon cachet personnel à l’époque.

A force de pratiquer le Rap, j’ai fini par représenter mon lycée 2 octobre dans les concours interscolaires de Rap à Conakry. Mais cela m’a aussi fait abandonner la guitare. Chose que je regrette beaucoup, même si je parviens à jouer encore quelques mélodies. Par la suite, j’ai été découvert par la RTG à la finale d’un concours de Rap à la salle des fêtes de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Je fus classé ‘’Hors-série’’, car pour la première fois, un rappeur avait osé utiliser une langue du pays dans son texte pendant le concours. J’ai été invité à enregistrer le single ‘’Guinè kolo’’ dans les studios de la RTG Boulbinet par Julienne Mathias, Mamadou Dian Diallo, Aly Badara Diakité (ABD) et Jeannot Williams. Tout est parti de là.

En 1996, votre premier album Sogolon sort sur le marché. Un coup d’essai qui devient un coup de maitre. Vous revendiquez le Mandingo style, parlez-nous-en ?

Après la fac à Kankan en 1995 et un diplôme en Linguistique, je me suis retourné à Conakry. J’avais commencé mon stage à la Direction nationale des arts. Parallèlement à mon stage, je continuais de fréquenter les milieux Hip-Hop avec pour espoir de créer un mouvement pour fédérer les rappeurs. C’est ainsi que nous avons créé le Rap Koulè avec le groupe Kill Point. Beaucoup de rappeurs célèbres viendront plus tard de ce mouvement.

En 1996, j’ai eu la chance, par le biais de mon manager Franck Stanislas, de décrocher un contrat d’album avec la maison Gris Gris Production de Mme Rougui Balde. J’ai dû mettre un terme à mon stage pour m’envoler vers la Côte d’Ivoire et enregistrer l’album ‘’Sogolon’’ au studio JBZ.

Le Mandingo style est le mix entre le Rap et les sonorités à influence mandingue de chez nous.

Qu’est-ce que la musique vous a le plus apporté ?

Ce que la musique m’a le plus apporté c’est cette ouverture d’esprit qui me permet aujourd’hui de comprendre les choses tel que je les perçois et de toujours chercher à en faire quelque chose de ‘’potable’’. Je suis à la recherche perpétuelle de partage du savoir pour un développement harmonieux à tous les niveaux. J’ai toujours le sentiment que je dois beaucoup à mon pays. Cela est sûrement dû au fait que j’ai été bien accueilli partout où je suis passé.

Après les albums Sogolon, Chemin de l’exil et Simiti, depuis plus de 15 ans, vous êtes absent sur la scène musicale. Avez-vous décidé de raccrocher définitivement le micro ?

J’ai passé beaucoup de temps en France ; pour des raisons personnelles, professionnelles et familiales. J’ai décidé de revenir au pays en 2011 pour contribuer à ma façon à faire bouger les choses.

Oui, j’ai décidé d’arrêter la musique. C’est une décision que j’ai prise après avoir mûri la question. Je n’éprouve plus autant de plaisir sur scène. Ça reste une passion comme au début et non mon métier.

Quelle est la place de la culture dans votre vie ?

La culture a occupé et continuera d’occuper une place importante dans ma vie. J’aime l’écriture, le théâtre, même si je n’y vais jamais en Guinée. Je fais partie des rares personnes qui pensent que le théâtre guinéen doit prendre son envol et sortir de l’assistance des Centres culturels mixtes. Nous ne sommes pas obligés de reprendre perpétuellement les créations étrangères pour les adapter. Les Studios Kira de Bilia Bah sont déjà un début de réponse à cette problématique. J’encourage franchement ce jeune. J’aime tout ce qui est écriture, photographie, théâtre, etc.

Avec un recul, quel regard portez-vous sur la culture urbaine de Guinée ?

La culture urbaine de Guinée est en pleine révolution. Soul Bangs en est un parfait exemple. Je pense que la majorité des artistes dans ce domaine pratiquent leur art avec beaucoup de maturité. Il faut juste éviter, pour certains, de ‘’pomper’’ trop ailleurs…

De nos jours, on voit de plus en plus jeunes talents sortir de l’ombre, peut-on déduire que la relève est assurée aujourd’hui ?

Je pense effectivement que la relève est assurée. Certains artistes donnent le maximum d’eux-mêmes. On ne peut pas demander mieux. Il manque juste un peu plus d’organisation. Les artistes guinéens ont besoin de s’organiser pour ardemment défendre non seulement leurs carrières, mais aussi et surtout leurs intérêts.

De retour au pays, vous avez décidé de vous tourner vers l’agriculture et le tourisme. Parmi tant d’autres domaines, pourquoi avez-vous choisi ces secteurs ?

Le tourisme, tout comme la musique, est une passion pour moi. De 2009 à 2011, j’ai représenté le tourisme guinéen en France à travers un contrat de partenariat. J’étais chargé de vendre la destination Guinée auprès des professionnels du secteur en France. J’avais à l’époque conçu des outils de E-tourisme qui permettaient de rendre visibles les offres touristiques en Guinée : hôtels, motels, chambres d’hôtes, gîtes, site touristique, société de location de véhicules…

J’ai aussi formé des cadres de l’Office National du Tourisme à l’utilisation des mêmes outils et la mise en avant de l’existant en matière d’accueil. Pour donner l’exemple, j’avais moi-même construit sur mon domaine de Kindia un ‘’Ecolodge’’, logement écologique, très prisé des touristes étrangers. Malheureusement, c’est aujourd’hui fermé. Mais ça, c’est une autre histoire…

Je vais bientôt lancer un centre d’agrotourisme. Je suis aussi très passionné de l’élevage de poules de race.

Je pense que l’avenir de la Guinée, c’est l’agriculture et le tourisme. Je viens d’une vieille famille d’agriculteurs à Kindia. La bauxite est une voie de facilité qu’ont bien voulu choisir nos gouvernants pour mieux détourner nos richesses. Les impacts environnementaux restent le cadet de leurs soucis.

Si je me suis aussi engagé en politique, c’est justement pour faire bouger les lignes et faire comprendre aux jeunes qu’ils doivent être des acteurs dont les voix comptent. Ils ne doivent pas s’asseoir et attendre que les choses se passent pour eux, sans eux.

Peut-on dire que vous vous en sortez bien avec vos activités ?

Oui. Je m’en sort plutôt bien. En ces temps de vache-maigre, je plante dans ma cour certaines légumes dont j’ai besoin. Je veux éviter d’attendre qu’on importe des aliments dans des conteneurs. On a tout ce qu’on veut ici en matière d’alimentation. Il faut juste se baisser, planter et récolter.

Et pour finir, quels conseils donnerez-vous aux jeunes qui souhaitent emboiter vos pas ?

Je n’aime pas trop donner des conseils quand il s’agit d’expériences personnelles. Comme le dit Tonton David, “chacun sa route, chacun son chemin”.

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