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On gigote sous l’imperium de Goby Condé !

Didon ! Il faut se rendre à l’évidence : Goby Condé tient les partis d’opposition les plus irréductibles du bled en lisière. L’on se souvient qu’il les a menacés, il n’y a pas longtemps de cela, de couper des queues s’ils ouvrent la braguette. Il a mis à exécution sa menace.

Il a coupé des queues. Des opposants l’ont appris à leurs dépens. Et depuis ils n’osent vilipender le coupeur de queues et son régime autocratique. L’axe Le Prince, qui va de Hamdallaye, Bambeto, Cosa, Enco 5 jusqu’à Wanindara, est désormais pacifié. Plus de manifestations, plus de barricades érigées sur l’axe Le Prince, plus d’insurrections dans la commune de Ratoma. C’est la paix ! La paix ! La paix ! Landji !

Maintenant que la paix est là, l’Alchimiste du palais Gokhi Fokhè jure ses dieux de transformer les métaux vils en métaux précieux et de donner le bonheur aux Guinéens même contre leur gré. Il passe pour l’homme exceptionnel qui a trouvé la pierre philosophale. C’est le phénix en question. C’est le mouton à cinq pattes que l’on cherchait. Alors ses sectateurs s’étonnent que l’on continue à s’agiter encore dans le camp de l’opposition.

A bas Cellou Dalein Diallo ! A bas Sidya Touré ! A bas Lansana Kouyaté ! Vive Goby Condé ! Gloire à Goby Condé ! Honneur au Mandarin du Palais Gokhi Fokhè qui a tenu tête à toute la communauté internationale.

Sékou Touré n’avait tenu tête qu’à Charles De Gaule.

Mais lui, le camionneur de la guimbarde nationale tiendra longtemps tête à la France, au Sénégal, à la Guinée-Bissau, à l’Union Européenne, et à tous ses ennemis qui sont par ricochet les ennemis de la Guinée-Conakry. Il remportera la guerre. Déjà il a gagné la bataille contre ses ennemis entendez les opposants fantoches présents sur le territoire national. Alors dans ses circonlocutions, il lance à l’intention de ces derniers par-devant les populations de Boké :

“Il ne faut plus accepter que des gens qui ne veulent pas du bien du pays poussent les jeunes à faire des manifestations. Pourquoi le pays est calme ? C’est parce que nous avons décidé que désormais, la loi va s’appliquer en Guinée”.

Qu’est-ce à dire ?

L’aréopage de l’UFDG, principal parti d’opposition, est sous les verrous. Les portes du siège du parti sont cadenassées depuis novembre 2020. Cellou Dalein Diallo et Dr Fodé Oussou Fofana, respectivement président et vice-président dudit parti sont pris en otage dans le pays. Goby Condé a fait confisquer leurs passeports leur interdisant diablement de sortir de la Guinée-Conakry qui du reste est bunkérisée depuis longtemps.

Il a réussi à flanquer la trouille à Sidya Touré, à effaroucher Lansana Kouyaté. Ces deux opposants, pour ne pas tomber en carafe, bombent la poitrine à Bruxelles et à Paris en le vilipendant via les réseaux sociaux. Le FNDC est découronné ou peu s’en faut. Goby Condé les a tous abrasés. Plus question pour lui qu’on manifeste même pacifiquement dans le bled. Et il a eu à l’usure ses irréductibles contempteurs qu’il a fait jeter dans les cachots de la Maison centrale de Coronthie dans Cona-cris. Comme pour atteindre la rédemption, certains d’entre eux passent maintenant pour les apôtres de la paix et du dialogue par lui proposés.

Et Souley Thiâg’nguel, qui vient d’abjurer depuis peu, fait chorus : « Si je suis rentré en Guinée, c’est parce que j’ai dialogué avec des gens. Sinon, je ne serai pas rentré. Ça veut dire moi je crois absolument aux vertus du dialogue. Si je n’avais pas décidé d’aller dans la direction de parler aux gens pour qu’ils comprennent ce qui m’arrive, je ne serais pas revenu. »

Le grand ressort de ce dialogue pour Goby Condé est de se légitimer aux yeux des irréductibles opposants qui continuent de contester sa réélection pour le troisième mandat. Pour arriver à ses fins, il est résolu à donner un violent coup de pied dans la fourmilière. Comment parviendra-t-il à ses fins ? Ouvrez les yeux et vous découvrirez, aujourd’hui ou demain, les ressorts les plus cachés.

Le vendredi dix-huit juin, Gobykhamé gracie les jeunes prisonniers politiques, Boubacar Diallo dit Grenade et Mamady Condé alias Madic 100 Frontières, tous deux alors victimes d’injustice et d’abus de pouvoir.

Cette grâce de Gobykhamé n’est pas anecdotique. D’abord sur le plan régional, elle intervient au lendemain du retour de l’ancien Président Laurent Gbagbo à Abidjan où les observateurs saluent ce geste de Alassane Dramane Ouattara à l’égard de celui-ci.

Sur le même plan régional, Goby Condé voulait paraître, lui aussi, comme un magnanime en prélude au sommet des chefs d’Etat de la Cedeao qui s’est tenu le 19 juin à Accra, la capitale du Ghana. Ensuite, il veut montrer qu’il est véritablement le maître du jeu dans le bled. C’est lui qui mène la danse et que ses ennemis le sachent. Il a gracié Grenade et Madic 100 Frontières en les poussant à la résipiscence.

Grenade jure de s’amender et ne tarit pas d’éloges pour Gobykhamé : « Je remercie le chef de l’Etat d’avoir pensé à nous. Il nous a prouvé que c’est lui le père de la nation. Je profite de cette occasion pour remercier le ministre de la Justice, l’administration pénitentiaire, le médecin-chef et ses infirmiers de m’avoir traité comme un fils, un être humain et respecté mes droits. Le régisseur en personne Soriba Sorel Bangoura s’est battu pour mon état de santé. »

Grenade a mission de dédiaboliser les conditions de détentions dans les cachots de la maison centrale de Coronthie dans Cona-crimes. Madic 100, lui, a tenu sa langue. Il a laissé intelligemment son père s’épancher en remerciements à l’adresse de Gobykhamé.

Tibou Camara, porte-parole du gouvernement et conseiller spécial de Goby Condé, ajoute une louche dans les louanges en affirmant que :

« Le Chef de l’État veut être au service du peuple et, très clairement, ne sera qu’avec celui qui comprend et partage cette noble ambition : le bonheur du peuple ne fera le malheur de personne, mais celui isolé, égoïste et individuel auquel beaucoup ont toujours aspiré, est la tentation interdite, le fruit défendu dans la « dynamique ou dynamite » du ‘’Gouverner autrement” prôné par le Président Alpha Condé. »

Ces dires du Conseiller spécial de Goby Condé font dresser les cheveux sur la tête. Controversons parce c’est grave ! Il nous semble que c’est l’assassinat programmé de la démocratie qui coule dans ces propos : « Le Chef de l’Etat veut être au service du peuple et, très clairement, ne sera qu’avec celui qui comprend et partage cette noble ambition. »

Littéralement dit, ça laisse entendre que Goby Condé admet des partis systémiques qui sont disposés envers lui, qui acceptent de se fondre dans le système. Mais il « ne sera » pas avec des partis qui s’opposent à son régime, qui s’inscrivent dans la dynamique d’une dévolution du pouvoir par la voie démocratique. Ceux-là l’insupportent. Et c’est de ceux-là dont Tibou fait certainement allusion quand il écrit : « Le bonheur du peuple ne fera le malheur de personne, mais celui isolé, égoïste et individuel auquel beaucoup ont toujours aspiré, est la tentation interdite, le fruit défendu dans la « dynamique ou dynamite » du ” Gouverner autrement ” prôné par le Président Alpha Condé. »

Sauf ton respect, Tibou ! c’est alambiqué. Qu’est-ce que tu as voulu dire par là ? On ne comprend pas l’explication mais on va faire avec. Le fait de s’opposer à une dictature fait-il d’un ostrogoth un isolé, un égoïste et un individuel ? C’est ça le « fruit défendu » dans le leitmotiv de Gobykhamé : « Gouverner autrement » ? Sachant que Goby Condé revendique une quarantaine d’année d’opposition dont une vingtaine de compromission bien sûr avec la Révolution sékoutouréenne.

Est-ce que le fait d’être dans le camp du contre-pouvoir qui refuse la compromission avec l’autocrate du palais Gokhi Fokhè, constitue « la tentation interdite » ?  Si oui, on s’inscrit alors en faux. L’accession au pouvoir n’est pas un « fruit défendu » pour un ostrogoth ou un politicard qui bataillent pour s’emparer du trône par la voie des urnes. L’alternance au pouvoir est souhaitable pour une bonne respiration de la démocratie. Quand on parle d’alternance, on fait allusion effectivement d’un changement drastique de régime politique, d’un changement de tête, d’un changement de personne physique au kibaniyi.

Arrêtez d’entortiller les petits esprits : on n’est pas en démocratie en Guinée-Conakry. Nous vivons dans la sujétion. On gigote sous l’imperium de Goby Condé. Nous avons affaire à un autocrate qui souffre d’une crise de la personnalité histrionique. Il souffre qu’on ne parle pas de lui en temps et lieu, et qu’on ne le couvre pas d’un flot de dithyrambes en l’occurrence.

Ceci pour dire que dans un Etat de droit, la sollicitation de la grâce présidentielle pour sortir du gnouf ne doit pas être une chose courante. Si la justice était indépendante en Guinée-Conakry, si elle fonctionnait sans immixtion de l’autocrate dans ses jugements, de jure les justiciables n’auraient pas eu besoin de recourir systématiquement à la grâce de Gobykhamé pour se voir rétablis dans leur droit.

Aujourd’hui, Gobykhamé use de la grâce comme un moyen de coercition pour tenir les récipiendaires en respect. Un artifice pour entendre de la bouche même de ses anciens ennemis solliciter son pardon en l’appelant obséquieusement : « père de la nation ». Goby Condé est la justice. La justice est Gobykhamé. Les opposants guinéens doivent absolument déférer à ses désirs et la boucler sinon il leur fait voir de quel bois il se chauffe. Et c’est insupportable. Et l’on donne raison au président de la Guinée Bissau, Umaro Sissoco Embaló, qui n’en peut plus des simagrées de Goby Condé : « Il n’y a pas de guerre entre le Sénégal et la Guinée… nous devons dire la vérité au président Alpha. Il n’avait pas le droit de fermer les frontières avec le Sénégal, la Guinée Bissau et la Sierra Léone. Je n’enverrai jamais des ministres pour signer ces types d’accord. »

Effectivement, il faut dire la vérité au camionneur de la guimbarde du palais Gokhi Fokhè. Effectivement, il faut le recadrer. Pourquoi fermer les frontières de la Guinée-Conakry avec ses voisins ? Pourquoi faire souffrir les populations concernées par cette fermeture des frontières ?

C’est par rancœur politique. C’est un pur mensonge politique : il n’y a aucune menace et aucun risque liés à la sécurité nationale imposant ainsi la fermeture des frontières des mois durant. Quelles sont les preuves ? Est-ce que le Sénégal accuse la Guinée-Conakry d’être l’arrière base pour le MFDC ? C’est faux de dire que le Sénégal est le terreau d’opposants armés qui chercheraient à déstabiliser le régime de la Guinée-Conakry. C’est archifaux. Goby Condé ment. Vous mentez.

C’est facile d’invoquer les dires politiques du président de Conseil Mamadou Dia à l’époque pour accuser Dakar d’avoir donné le gîte et le couvert aux traîtres de la Révolution sékoutouréenne et d’accorder encore aujourd’hui l’asile aux ennemis de la Guinée-Conakry. Il faut savoir dans quel contexte Mamadou Dia avait dit cela. Vous vilipendez parce que tout simplement des expatriés guinéens, à Dakar, ont manifesté massivement contre le projet du troisième mandat de Goby Condé ! Vous parlez de risque lié à la sécurité nationale parce que tout simplement Cellou Dalein Diallo a fait venir de Dakar son matériel électoral pendant la campagne présidentielle de 2020 !

Goby Condé sait pertinemment qu’il ment contre le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone. Il doit tout au Sénégal et aux Sénégalais. Il le sait mais c’est un ingrat notoire. En sus son panafricanisme n’est que de façade. Il est panafricaniste quand il se veut se mettre en valeur. Sinon à ses yeux le panafricanisme devient un papier hygiénique avec lequel on se torche le cul. Il n’a de respect pour la Cedeao que si l’organisation reste disposée à son égard. Sinon il la considère aussi comme un papier hygiénique dans les chiottes. Dans ses actions de tous les jours, dans son incommensurable magnanimité, il n’y a pas de place pour le désintéressement. Tout est calcul politique chez lui.

Franchement ! Goby a été décevant. Il n’est pas digne de confiance. Comment peut-il vilipender le Sénégal à l’emporte-pièce ?

Goby Condé veut passer pour ce qu’il ne sera jamais : Nelson Mandela qui avait consacré sa vie pour libérer son peuple du joug de l’apartheid. Le mot est lâché : liberté ! On ne peut jouir du bonheur sans la liberté. C’est l’enseignement de Nikolaï Tchernychevski : « Là où il n’est pas de liberté, il n’est pas de bonheur ». Et de nos jours, l’on ne peut concevoir la paix que dans la liberté. Pas de paix sans liberté. Or Goby Condé jure de faire bénéficier aux populations guinéennes le ruissèlement du développement économique de la Guinée sous peu de temps alors qu’à longueur de journée son régime politique piétine la loi, brime la liberté des citoyens, les intimides, les viole et les humilie dans les mitards de la police, de la gendarmerie, des maisons d’arrêt.

Un développement économique, qui a pour fondation les larmes et les récriminations des populations, est un développement cosmétique. Les exemples sont légion : Le Chili de Augusto Pinochet. C’est le genre de développement que le camionneur du palais Gokhi Fokhè veut impulser dans le bled : « Quand on dit le président a pris le destin en main, je prends le camion et je le conduis jusqu’à sa destination. »

C’est un camion-bélier, en roue libre, qui défonce tout sur son passage !…

Benn Pepito             

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