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Les 10 clés pour réussir cette transition

Comme un mouton perdu, la Guinée est encore à la croisée des chemins ! Depuis son indépendance proclamée d’il y a environ soixante ans, cette ancienne colonie de la France n’arrive toujours pas à s’en sortir malgré son potentiel.

Certes un pays, mais la Guinée n’a jamais été une République encore moins une démocratie ; si l’on se fie aux déclarations de Jacques Chirac qui disait que « la démocratie, c’est l’égalité des droits, mais la République, c’est l’égalité des chances. »

Par la grâce divine, le CNRD a pu surmonter l’impossible ce dimanche 5 septembre 2021 en mettant fin au régime illégal et illégitime du dictateur Alpha Condé. Mais le difficile reste encore à faire – bâtir une république et une vraie démocratie ! Et, les exemples nous montrent que cela ne s’octroie pas simplement par l’organisation rapide d’élections au nom d’un prétendu retour à l’ordre constitutionnel. Pour cette fois-ci, il nous faut aller surement pour mieux implémenter les bases de cette nouvelle république démocratique que nous aspirons tous !

Dans beaucoup de pays occidentaux, et plus précisément aux États-Unis où je réside depuis plus de deux décennies, les grandes métropoles sont encerclées par de vastes autoroutes permettant aux résidents de rallier différents endroits le plus vite. Certes, la vitesse des véhicules est importante sur ces autoroutes ! Mais le plus important est que le conducteur connaisse bien la cité, mais aussi et surtout la destination finale ; sinon il risque de faire le tour de cité pour enfin se retrouver au point de départ !

En 2010, à la suite d’une transition bâclée, Alpha Condé, mal élu, a été imposé à la tête de l’exécutif par une mafia internationale en complicité avec les autorités de la transition à l’époque. Comme dans ces vastes autoroutes décrites ci-dessus, on donna le véhicule à un conducteur qui ne connaissait ni la cité, ni sa destination finale.

Pendant plus de dix ans, l’inculte conducteur Alpha faisait le tour de la cité pour se retrouver finalement au point de départ ! Quelle malédiction pour un pays comme la Guinée ! Qui ne se rappelle pas cette déclaration honteuse du désormais ancien président Alpha Condé : « Je ne connaissais pas l’administration Guinéenne. C’est mon frère Malick qui connaissait la Guinée ».

Les problèmes de la Guinée vont au-delà d’une simple élection pour élire un homme à la tête de l’exécutif. Depuis ce soir du 5 Septembre 2021, Je suis avec intérêt ce qui se passe dans mon pays. A l’allure où vont les choses, je peux parier, comme je l’avais fait d’ailleurs en 2010, que cette transition risque malheureusement d’accoucher d’une pouffée.

Et c’est pourquoi, je lance la sonnette d’alarme en proposant les 10 clés énumérées ci-dessous pour réussir cette nouvelle transition. Je m’apprête à séjourner bientôt en Guinée pour participer aux débats et faire valoir mes positions concernant cette transition. Nous lutterons sans relâche pour faire de cette transition l’ultime opportunité pour enfin assoir les bases d’une vraie république démocratique.

Voici donc les 10 clés :

  1. La Charte de la transition

Celle-ci doit être élaborée par un cercle restreint d’experts guinéens et étrangers tout en tenant compte des préoccupations des différents acteurs de la vie sociopolitique du pays. C’est ce document qui servira de guide et garanti pour la bonne conduite de la transition. Il ne doit souffrir d’aucune ambiguïté. Il doit être mis à la disposition de tous les acteurs sociopolitiques et faire objet de concertation et de révision, si nécessaire, avant d’être promulgué.

  1. Les membres du CNRD

A leur tête un président qui assumera les fonctions de chef de l’Etat et Président de la république. Ils seront les garants de l’application stricte de la charte de la transition. Leur nombre doit être 10 membres au minimum et 15 au maximum, composé de civils et militaires.

  1. Un gouvernement de transition

Mettre en place un gouvernement de transition de 20 membres au maximum avec à leur tête un premier ministre choisi par le président du CNRD. Ce gouvernement doit être composé d’hommes expérimentés et intègres ; tenant compte de l’ensemble des ethnies du pays. La Guinée n’a pas besoin d’un gouvernement d’union nationale !

C’est pourquoi, il est préférable de ne pas avoir des représentants désignés d’aucune entité sociopolitique dans ce nouveau gouvernement. Le premier ministre chef du gouvernement doit avoir la responsabilité de proposer indépendamment au président de la République une équipe de la transition composée de civils et militaires.

  1. Le Conseil National de la Transition (CNT)

Les membres du CNT doivent être exclusivement issus des entités sociopolitiques du pays, composé de civils et militaires. Le nombre doit être de 90 au minimum et 120 au maximum.

  1. Faire l’état des lieux

Faire un audit systématique de la gestion des 10 ans d’Alpha Condé et informer l’opinion sur les malversations constatées. Puis, laisser la justice faire son travail.    

  1. Réviser la Constitution de 2010 et l’adopter par un référendum

Celle-ci doit être révisée par un cercle restreint d’experts guinéens et étrangers en tenant compte des nouveaux défis du moment à savoir les changements climatiques, la cybercriminalité, et le terrorisme entre autres. Cette constitution ne doit souffrir d’aucune ambiguïté. Elle doit être mise à la disposition du CNT et faire objet de concertation et de révision, si nécessaire, avant d’être soumise à un référendum.

  1. Mettre en place les institutions de la République

Installer toutes les institutions de la république telle que définies dans la nouvelle constitution : La Cour Constitutionnelle, la Cour Suprême, la Cour des Comptes, la CENI etc… Les membres doivent êtres composés par des vrais patriotes soucieux du devenir de la Guinée. Les présidents de ces institutions doivent passés devant le CNT pour leur confirmation par vote selon le quota prescrit dans la nouvelle constitution

  1. Mettre en place un nouveau fichier électoral

Il s’agit de créer un nouveau fichier électoral à travers un récemment général de la population. Le nouveau fichier doit faire objet de consensus de tous les acteurs intéressés.

  1. L’organisation d’élections libres et transparentes

Organiser les élections locales, suivies des législatives, et en fin de l’élection présidentielle. Ces élections doivent être libres, transparentes, et inclusives. Aucun membre du CNRD, du Gouvernement, et du CNT ne pourra être candidat à ces élections !

  1. Donner le temps nécessaire au CNRD pour réussir leur mission – Le chemin à parcourir est long et pénible ! Il faut de la patience, de la rigueur, et surtout du patriotisme mettant l’intérêt supérieur de la Guinée au-delà des intérêts électoralistes. Cette transition ne peut être accomplie en 18 ou même 24 mois comme le réclament les politiques. Pour réussir cette transition, il nous faut 3 ans au minimum et 5 ans au maximum.

Depuis plus de deux décennies, je réside aux États-Unis avec ma famille. J’ai eu la chance de fréquenter les meilleures institutions universitaires du pays. Avec plus de 15 ans d’expérience professionnelle en tant que consultant et chef d’ouvrages, j’ai eu à gérer des projets de grande envergure qui se chiffrent en des millions de dollars américains. Dans n’importe quel projet il y a 3 variables : le Coût (Cost), le Temps (Time), et la Qualité (Quality). Ces variables changent selon la Portée (Scope) du projet.

Si la portée du projet est ambiguë, on choisit par défaut le temps maximum pour accomplir la mission. La portée de cette transition, qui est d’ailleurs un projet avant tout, est complexe. Il y a beaucoup d’inconnus et de contraintes à surmonter. C’est pourquoi, je suggère à ce qu’on donne un maximum de 5 ans au CNRD pour réussir cette transition.

Le Colonel Mamadi Doumbouya et ses troupes ont pris des risques sérieux, au prix de leur vie, pour mettre fin au 3e mandat inconstitutionnel d’Alpha Condé. En moins de 10 jours, le CNRD a posé des actes salvateurs et continue à donner de l’espoir à l’ensemble des citoyens et amis de la Guinée. Il serait fatal pour notre pays de freiner cet élan au nom d’un quelconque retour à l’ordre constitutionnel. 5 ans, c’est peut-être trop pour les politiques, mais cela est insignifiant si c’est pour le bien être du pays.

Ce matin du dimanche 5 septembre 2021, le Colonel Doumbouya et ses hommes ont préféré la Guinée. Le peuple ne devrait pas leur refuser 5 ans pour mettre le pays sur les rails !

A bon entendeur salut. D’ici-là, merci de contribuer au débat.

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures ; rien que d’arguments !

Elhadj Aziz Bah
Executive MBA
Consultant et chef d’entreprise
PMP/CBAP/SPC Certified
Bahsona20@gmail.com

North Carolina, USA

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