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Réconciliation nationale : attention aux sirènes ‘’mise-en-gardistes’’

Quel modèle de réconciliation pour la Guinée ? La question parait anodine, mais elle est tendancieuse. Dans la foulée des propositions au CNRD, des prises de position diverses se manifestent sur le dossier de la réconciliation.

Des commentaires à l’allure d’épouvantail semblent mettre en garde les nouvelles autorités contre ce qu’ils présentent comme une démarche incertaine, à la limite aventureuse. On invoque le risque que le remède se révèle pire que le mal qu’il est sensé soigner. On colle un label aux cas rwandais et sud-africain en termes de Utu vs Tutsi, Blancs vs Noirs.

Pour la Guinée, on s’évertue à chercher un modèle idéal. On se demande qui a fait quoi à qui ? qui doit demander pardon à qui ? Juste pour en arriver à la conclusion ‘’les victimes d’hier sont devenus les bourreaux d’aujourd’hui’’. L’équation est complexe.

Certaines observations méritent d’être faites à cet égard pour comprendre et les intentions et démarches de ces oiseaux de mauvais augure.

1- La Commission Provisoire de Réconciliation Nationale (CPRN), créée à l’effet de déterminer les conditions de la réconciliation en Guinée, a réalisé un vaste programme de consultations nationales entre 2011 et 2016.

Un travail scientifique et technique de recueil des opinions, avis et attentes sur les stratégies et mécanismes de gestion du passé douloureux du pays a été accompli dans ce cadre. Il a porté sur un échantillon suffisamment représentatif de guinéens et de l’intérieur et de l’extérieur. 

Ces consultations nationales ont impliqué l’ensemble des acteurs concernés par le processus de réconciliation, à savoir le Gouvernement, les OSC, les Associations de victimes, les ONG’s de défense des droits de l’Homme, les Forces de Défense et de Sécurité, les élus du peuple, les Partenaires Techniques et Financiers, les Leaders religieux et communautaires, … 

Le rapport de consultation a été officiellement remis au Président de la République en juin 2016 avec pour recommandation principale la mise en place d’une Commission Vérité-Justice-Réconciliation (CVJR) dans les meilleurs délais. Ledit rapport a été hautement apprécié par le Président de la République lui-même et par les Partenaires Techniques et Financiers qui ont accompagné le programme. Ces derniers ont séance tenante manifesté leur intention de soutenir la suite du processus. 

Par la suite, instruction a été donnée au Premier Ministre Monsieur M. Diawara de s’approprier le dossier en vue de la mise en œuvre des recommandations pertinentes du rapport. Un Avant -Projet de création de la CVJR est alors commandé et élaboré. Ce document est validé au cours d’une session nationale rassemblant tous les acteurs sus cités sous l’égide de la Primature. Une fixation est faite sur les étapes ultérieures, à savoir la discussion de l’Avant-Projet en Conseil Interministériel, l’examen par le Conseil des Ministres, l’adoption par l’Assemblée Nationale et la promulgation par le Président de la République. 

Dès lors les raisons du blocage du processus sont à rechercher non pas dans la complexité ou la sensibilité de l’opération, mais plutôt dans le manque de volonté politique à opérer une vraie réconciliation.

2- Les exactions documentées dans le rapport sont celles exercées par les Forces de Défense et de Sécurité sur les populations ; ce sont des violences d’Etat. Nulle part les communautés ne sont mises en cause dans la commission d’exactions les unes contre les autres. Du coup on comprend que le questionnement du modèle de réconciliation est une fuite en avant qui procède de la diversion, de la part de personnes qui se reprochent certainement des choses et craignent de se faire rattraper par un programme sérieux de réconciliation.

3- La Justice Transitionnelle fondement des processus de réconciliation est une boîte à outils avec pour piliers la vérité, la justice, la réparation et les réformes institutionnelles en vue de la prévention d’autres violences. Cependant, il reste loisible aux sociétés qui l’entreprennent d’user de tous autres ressorts endogènes, en relation avec leurs réalités sociales, historiques et culturelles pour gérer des questions particulières. 

Dans cette logique, l’administration des opérations de consultations par le Cabinet International Africa Group Label (ALG) a été encadrée par des spécialistes guinéens d’histoire, sociologie, anthropologie, politique et autres, constitués en Comité Consultatif auprès de la CPRN.

Les arcboutés sur le modèle idéal savent pertinemment qu’il n’en existe pas. Ils se plaisent à jouer aux oiseaux de mauvais augures, faisant croire que la Guinée court des risques énormes à aller à la réconciliation.

De mon côté, je témoigne sur le fondement de mon expérience de Conseiller des Coprésidents de la CPRN, d’artisan parmi les artisans des Consultations Nationales menées, du rapport qui en a découlé, des recommandations suggérées et de l’Avant-Projet de création de CVJR proposé, je témoigne que les guinéens veulent la réconciliation. Ils la veulent, ils la réclament. Ils réclament la vérité sur les crimes qui ont jalonné leur histoire politique et sociale. Ils réclament que justice leur soit rendue, Ils demandent la réparation des torts qui leur ont été faits. Ils réclament la mise en place de vraies institutions qui les protègent contre les abus. 

Cette réconciliation, le guinéen en a besoin. Veuille Dieu lui en faciliter la voie. Aameen !!!

Sény Facinet Sylla
Ancien Secrétaire Général Adjoint
des Affaires Religieuses

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