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Un opposant au 3e mandat raconte comment il a quitté nuitamment la Guinée pour rejoindre le Sénégal à moto

Après avoir changé la Constitution, Alpha Condé, malgré la vague de contestations, s’est octroyé un troisième mandat présidentiel à l’issue du scrutin du 18 octobre. Sa réélection controversée a suscité une vague de violences. A Timbi-Madina, localité relevant de la préfecture de Pita et fief de Cellou Dalein Diallo, des maisons et véhicules de membres du parti d’Alpha Condé ont été saccagés.

Indexés par des cadres de l’ancien parti au pouvoir à Pita, de nombreux opposants au 3ème mandat d’Alpha Condé ont été contraints de fuir. Au micro de VisionGuinee, Mamadou Saliou Diallo alias Général UFDG raconte sa mésaventure. Extraits…

« Il y a eu des maisons et des véhicules des responsables du RPG ont été incendiés pendant les violences post-électorales de la présidentielle du 18 octobre. Pour ces faits, on nous a indexés tout simplement parce que nous représentons le parti UFDG à Timbi-Madina.

Ça a commencé au début du mois de novembre 2020. Nous avons reçu une plainte de la part des responsables du RPG Arc-en-ciel notamment Elhadj Amadou Tom, Elhadj Bah Bamekouré et Kadiatou Koggui. Nous étions une cinquantaine de personnes sur la liste dont une femme. A cette occasion, le Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA) de Pita venait nous chercher à Timbi-Madina au bord de pickups. Quand on a commencé à emprisonner les militants de l’UFDG, beaucoup d’entre nous ont préféré quitter le centre-ville pour aller se cacher en brousse ou dans les villages environnants. Durant un mois, aucun d’entre nous n’osait passer la nuit chez lui ».

Le périple à moto…

« Finalement, ma famille m’a dit d’aller au Sénégal pour s’exiler avec certains de mes compagnons. D’autres sont partis en Côte d’Ivoire. Le vendredi 28 novembre à 5h du matin, j’ai quitté Timbi-Madina sur une moto. Un ami m’a conduit jusqu’à Mali Yembering. Il y avait un barrage entre Mali et Labé, précisément à Toutouroun. Lorsqu’on nous a interpellés, j’étais obligé de descendre de la moto. Pour éviter de se faire repérer, j’ai fait semblant de communiquer au téléphone. Parce que je savais que les agents avaient reçu l’ordre de nous arrêter. Mais ce groupe était là uniquement pour contrôler les motos. Peu de temps après, mon ami qui conduisait la moto est venu me dire que les policiers réclament 50 000 GNF. Je lui ai donné le montant. C’est par la suite que nous avons pu passer.

Arrivés à Mali Yembering, un autre ami m’y attendait. Ce dernier m’a pris sur sa moto. Entre Mali Yembering et le Sénégal, il y avait une frontière. Heureusement que mon passeur était un habitué. Il m’a dit de préparer 50 000 GNF pour donner aux agents au niveau du poste frontalier sans même prononcer un seul mot. Je portais une jaquette, une cagoule et une bavette. Donc à ce niveau, personne ne pouvait me reconnaitre, même étant signalé (…). C’était vraiment risqué mais il fallait garder le sang froid pour ne pas se faire repérer étant donné que les frontières étaient aussi fermées avec le Sénégal. J’avais vraiment peur parce qu’il y avait beaucoup d’agents des forces de défense et de sécurité. Quand on a franchi la frontière, du côté du Sénégal, on nous a dit de payer 2000 FCfa pour le carnet de vaccination. Le motard m’a accompagné jusqu’à Kédougou. Là, on a eu la chance d’avoir un véhicule qui va jusqu’à Tamba où nous avons emprunté un bus pour Dakar.

L’exil…

« Heureusement, j’ai une famille qui vit au Sénégal au sein de laquelle j’ai été hébergé. Mais c’était vraiment une période pénible, la vie en exil. Les ressortissants guinéens qui travaillent là-bas n’ont pas de problèmes. Mais pour nous qui étions des exilés, c’était vraiment compliqué. Heureusement des responsables de l’UFDG et des associations des ressortissants de Timbi-Madina nous ont beaucoup aidés. Beaucoup d’entre nous n’avaient même pas de parents ou de lieux de refuse. Eux, ils avaient décidé de prendre le risque de revenir.  L’un d’entre eux à son retour est allé répondre à une convocation à Pita, il a été contraint de payer 2 millions GNF pour échapper à la prison. Il était obligé de se présenter devant les autorités compétentes chaque deux semaines en compagnie notamment du maire de Timbi-Madina. Ils étaient au nombre de 5 personnes concernées par cette situation.  

Beaucoup m’ont appelé pour me dire de revenir et que les choses se sont calmées après les élections. Mais j’ai dit tant que l’ancien président serai au pouvoir, je ne reviendrai pas. C’est après la prise du pouvoir par l’armée que je suis revenu».

Par Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info

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