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Entre l’historique mission et les incitations identitaires, le Colonel Doumbouya à la croisée des chemins

Depuis la déchéance inattendue et brusque du Président Alpha Condé et la propulsion, surprise le 05 septembre 2021, du Chef des Forces Spéciales, le Colonel Mamadi Doumbouya au Pouvoir en Guinée et devant la scène internationale, des déclarations, discours de tous genres fusent de partout.

Les uns louent et l’encouragent à rester fidèle à l’esprit d’un acte qu’ils qualifient d’historique et les laudateurs tentent de l’embrigader dans une forme d’otage. Entre l’histoire et la diversion, le Colonel Doumbouya est à la croisée des chemins.

Dès ce vendredi 1er octobre 2021 jour où il s’installe officiellement dans les Fonctions Suprêmes de la République de Guinée, la gestion rigoureuse, la fermeté ou non du Président du CNRD, le Colonel Mamadi par rapport à l’un de ses nombreux engagements formulés publiquement depuis le 05 septembre, déterminera sa réussite ou son échec personnel de demain.

L’hommage rendu aux Présidents Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté par le recueillement devant leur tombe, la compassion manifestée à l’endroit des familles des victimes des multiples manifestations contre la gouvernance de l’ancien Président déchu Alpha Condé et son obstination à mourir au Pouvoir, la visite rendue à la Première Dame du pays, Hadja Andrée Touré, le déplacement chez le Kuntigui côtier, Elhadj Sekhouna Soumah sont sans doute des messages importants allant dans le sens de la prise de distance et du désaveu de son désormais prédécesseur, Alpha Condé. Comme l’affirme, mon frère et professeur Almamy Oumar Traoré, ‘’c’est un symbole’’. Mais, toutes ces personnalités décédées ou vivantes ainsi que ces faits regrettés font partie de l’histoire glorieuse et douloureuse de la Guinée.

Pour un meilleur avenir de la Guinée que tout le monde réclame et appelle de ses vœux et que la classe politique ne cesse de promettre, les esprits lucides ont été surtout marqués par un passage du discours du Colonel Mamadi Doumbouya face aux Femmes et Hommes de Médias, lors des consultations qu’il a initiées, sous forme de mise en garde à l’intention de toute la Nation : ‘’Je ne permettrais à personne, alors à personne, de remettre en cause l’unité et la cohésion nationales’’.

Nul doute que la publication de la Charte de la Transition (il aurait été mieux conclure par ‘’la date de sa signature’’ que ‘’sa date de signature’’) ainsi que l’interdiction aux membres du CNRD, à commencer par le Chef de la junte, de briguer la présidence de la République lors de la prochaine élection, sont également des actes politiques majeurs. Mais, en Guinée et dans de nombreux pays Africains confrontés aux coups de force, ce n’est pas la première fois que les militaires prennent et s’appliquent de telles décisions.

L’histoire retiendra que le Général Sekouba Konaté a été le premier à s’imposer et à se soumettre à cette mesure d’ordre moral mais et personnel. D’ailleurs, la gestion de la suite, qui a provoqué, le 05 septembre, le premier coup d’état contre un chef d’état vivant en Guinée et entraîné l’irruption du CNRD dans la vie politique, prouve que la non candidature des dirigeants d’une Transition à une élection peut probablement conférer une certaine transparence et crédibilité au scrutin, mais elle n’assure pas forcément un meilleur destin au pays.

Pour construire et garantir justement une Nation réellement démocratique où l’intégrité, le patriotisme et les compétences seront dorénavant mis en exergue dans un pays où les réflexes ethniques ou régionalistes expliquent et déterminent souvent les attitudes, les opinions, les actions et réactions, les positionnements et même parfois le choix des amis, cet engagement du Colonel Mamadi Doumbouya vaut à lui seul le mérite de justifier la prise du pouvoir par le CNRD.

D’ailleurs, conformément à l’Article 47 de la Charte de la Transition, le serment qu’il doit prêter devant la Cour Suprême met l’accent sur la Cohésion Nationale : ‘’Moi, Président de la Transition, je jure devant le peuple de Guinée de préserver en toute loyauté la souveraineté nationale, de respecter et de faire respecter les dispositions de la Charte de la Transition, la dignité humaine, les lois et règlements de la République, de remplir mes fonctions dans l’intérêt supérieur de la Nation, de consolider les acquis démocratiques, de garantir l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national. Je m’engage solennellement, et sur mon honneur, à collaborer avec les organes de la transition pour la réalisation et la préservation de la cohésion nationale. En cas de parjure, que je subisse les rigueurs de la loi, je le jure‘’.

À cet égard, ce combat devrait être le soubassement de la refondation que les nouveaux Maîtres du pays clament nuit et jour devant leurs interlocuteurs Guinéens et étrangers et dans les différents discours qu’ils tiennent depuis la prise du pouvoir. Pour tenir cet important engagement, le Président du CNRD et ses collaborateurs ont besoin de l’appui de toute la classe politique, de la société civile, des élites, des intellectuels qui sont le phare de la Nation et de l’opinion.

Cependant, le Colonel Mamadi Doumbouya devrait d’abord montrer l’exemple et la voie. Comme par rapport aux mouvements de soutien formellement interdits dès les premiers jours, il est urgent que le Président du CNRD refuse clairement, catégoriquement de prêter une quelconque attention, la moindre sensibilité à ces discours qui veulent le réduire à une dimension régionaliste sinon ethnique du pouvoir.

Face aux propos analphabètes et ignorants faisant croire que le pouvoir est toujours au Mandingue sinon à Kankan ou en Haute Guinée et qui se multiplient ici et là malheureusement, le Président du CNRD doit rapidement marquer la plus grande fermeté, se montrer intransigeant et impitoyable contre les auteurs et commanditaires de ces discours qui ont toujours déchiré le tissu social Guinéen sans pour autant rien construire ni bâtir quelque édifice que ce soit chez ses tenants et adeptes. L’histoire de la Guinée est là pour l’attester, jamais le pouvoir, par ses œuvres et réalisations, n’a été régionaliste encore moins ethnique.

À quelques jours de la célébration du 63ème anniversaire de l’indépendance Guinéenne, la pauvreté et la misère sont présentes partout en Guinée, mais la Haute Guinée semble occuper la queue du peloton après 38 ans de pouvoir exercer par ses fils ou supposés tels que sont : Ahmed Sékou Touré, le Général Sekouba Konaté et Alpha Condé. Ce dernier, n’a même pas fait observer une minute de silence à la mémoire de tous ceux qui ont sacrifié leurs vies dans son combat pour le pouvoir. En 10 ans de célébrations du 28 septembre depuis qu’il est au pouvoir, Alpha Condé ne s’est jamais recueilli sur la tombe des militants de l’opposition dont ceux du RPG tués au stade du même nom en 2009 lors d’une manifestation contre la junte de l’époque. Pas plus qu’il n’a manifesté la moindre compassion ou le moindre geste en faveur des femmes victimes de viol, encore moins facilité la tenue toujours réclamée du procès contre les auteurs et commanditaires de ces crimes et atrocités contre des populations guinéennes.

Il a personnellement refusé la réalisation du projet de Chemins de fer reliant Conakry – Kankan négocié et conclu par les Gouvernements des Premiers Ministres Kabinet Komara et Jean Marie Doré sous le Capitaine Moussa Dadis Camara et le Général Sekouba Konaté avec des partenaires de la Société Multinationale Brésilienne Vale do Rio Doce ((CVRD).

L’on se souvient que dans le cadre de cet accord hérité de la Transition, le Président Alpha Condé et son homologue Brésilien de l’époque, le Président Luiz Inacio Lula da Silva ont lancé, lors d’une grande cérémonie officielle le 22 février 2011, les travaux de réhabilitation et de rénovation de ce chemin de fer utilisé pour transporter des passagers et des marchandises entre Conakry, la capitale guinéenne, Kankan et Kerouané sur 662 km avec un investissement de plus d’un milliard de dollars avec 30 000 emplois.

Mais, le temps d’une mamaya finalement, dès après la cérémonie, Alpha Condé a changé d’avis en s’opposant fermement au lancement des travaux malgré les insistances de plusieurs de ses proches notamment Ibrahima Kassory Fofana, qui n’était pas encore Premier Ministre qui n’était même pas dans le Gouvernement, Dr Ousmane Kaba ou Ansoumane Condé.

Le Président Alpha Condé s’était pourtant réjoui de l’opportunité que son gouvernement va offrir aux Guinéens de renouer avec le train qui a disparu en 1995. Il avait même fustigé la mal gouvernance qui a occasionné le démantèlement et le trafic des anciens rails sous une indifférence totale et promis de poursuivre le projet et de couvrir la zone forestière jusqu’à Lola, à la frontière guinéo-libérienne et ivoirienne. Bien des guinéens étaient contents d’entendre le Président Alpha Condé annoncer de tels investissements. Ce fut finalement un douloureux rêve pour toute la Haute Guinée et toute la Guinée.

Les 25 ans de pouvoir du Général Lansana Conté et les 10 mois du Capitaine Moussa Dadis Camara n’ont particulièrement rien changé dans le niveau des populations de la Basse Côte et de la Guinée Forestière. Si le Général Lansana Conté a réalisé le pont sur la Fatala en Basse Guinée, il a également désenclavé la Haute Guinée par la construction de la route Kankan-Kouremalé via Siguiri ainsi que le pont du Niger entre Kankan et Kouroussa. C’est dire que le pouvoir, il a certes des avantages, mais ils sont réservés uniquement à ceux qui l’exercent dans ses différents échelons. Le pouvoir a toujours été l’affaire, et il en sera toujours ainsi, d’un groupe de personnes liées par l’amitié ou des principes.

Aucune région n’a pris ou ne prendra le pouvoir, tout comme aucun Président de la République, même si son Gouvernement n’est composé que des originaires de son village, ne peut faire le bonheur de sa région encore moins de son ethnie. Ni même de tous les membres de sa seule Famille.

Le Président de la République, les ministres et tous les cadres nommés à des hautes fonctions ont beau être régionalistes sectaires, leurs avoirs et revenus ne sont destinés qu’aux membres de leurs Familles. Tout ce qu’on attend d’un Homme public est de servir son pays.

Le Colonel Mamadi Doumbouya, qui sait d’où il vient, n’ignore pas que les adeptes de ce discours qui veut l’embrigader, l’emprisonner dans un faux cercle, ne sont ni de près ni de loin des membres de sa Famille dont il maîtrise tous les contours. La grande majorité sinon tous ignoraient même son existence jusqu’au jour de son admirable défilé le 02 octobre 2018, à l’occasion de l’an 60 de la Guinée.

À ce titre, il est important que le Colonel Mamadi Doumbouya, dans cette noble mission de préservation ou d’imposition de l’unité nationale, veille strictement aux discours et combatte systématiquement les cadres qui tentent de se servir de la Communauté ou de la Région pour se faire valoir, revendiquer des postes qu’ils ne méritent pas par la compétence ou tenter de dissimuler une sanction consécutive à l’incompétence ou à la malversation.

Nécessairement dans la composition du CNRD, du Gouvernement, du CNT et des hautes fonctions étatiques (secrétaires généraux, chefs de cabinets, directeurs nationaux et généraux etc.), l’équilibre devrait être trouver mais sur les critères de compétences, et qu’il soit clairement signifier aux uns et aux autres que leur choix n’est nullement la célébration d’une spécificité éthique ou appartenance régionale, mais bien uniquement une mesure de confiance à l’égard de certains cadres dont la seule mission demeure de servir la Guinée.

Il devrait même instruire les rédacteurs de la future Constitution à durcir les mesures de sanctions contre tous ces comportements et agissements d’ordre ethnique, communautaristes et régionaliste.

Les leaders des partis politiques et leurs collaborateurs devraient aussi inscrire leurs discours et actions sur le même registre durant la période transitoire. Que chaque leader soit autant à l’aise sinon mieux dans les autres parties de la Guinée que dans sa région natale.

En ce qui concerne le Colonel Doumbouya, comme l’a si bien conseillé et prévenu la Dame de Kankan sur l’histoire des différents Présidents Guinéens (caractérisée par des applaudissements assourdissants quand ils sont aux affaires et huées dès qu’ils sont plus là), il est fondamental de ne jamais oublier que nul n’est tombé du ciel. Ce n’est pas l’homme Mamadi Doumbouya qui attire les convoitises, mais le pouvoir qu’il a entre les mains depuis le 05 septembre 2021.

Et ce n’est pas non plus sa grande taille qui lui confèrera la popularité mais bien les actes qu’il posera durant sa Présidence. À ce titre, le Colonel Mamadi Doumbouya fait aujourd’hui face à l’histoire. Pour y entrer, il doit forcément gagner ce pari qui consiste à faire admettre, d’une manière ou une autre, par tout le monde qu’un Guinéen vaut un autre. La distinction dépendra de l’utilité sociale des uns ou des autres. L’enterrement définitif et irréversible des considérations ethniques, régionalistes et communautaristes qui ont été coûteux au Pays et souvent perturbé la Cohésion Nationale, avant la fin de la Transition, suffira à lui seul pour inscrire le nom du Colonel Mamadi Doumbouya et ceux de ses compagnons dans l’histoire.

Par Abdoulaye CONDE

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