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Halte à la transformation de la bauxite (opinion)

Au cours des dernières années, les voix n’ont cessé de dénoncer la faiblesse de l’État guinéen à favoriser la transformation de la bauxite (alumine, aluminium) par les compagnies minières sur place. Il s’agit des leaders politiques, des acteurs de la société civile, des économistes et des milliers de jeunes au chômage, tous avec le même slogan « faiblesse de l’État ».

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L’exploitation de la bauxite à ciel ouvert consiste à enlever le couvert végétal et à mettre en place des mécanismes d’exploitation pouvant permettre d’accéder à cette ressource naturelle. Cette pratique accentue la déforestation, l’érosion des sols, la réduction des fonctions écosystémiques, la pollution (atmosphérique, des eaux et sonore), etc.

L’exploitation et la transformation de la bauxite en alumine ou en aluminium engendrent des impacts considérables sur l’environnement. Cette transformation (alumine ou aluminium), produit une énorme quantité de déchets insolubles appelés boues rouges qui, une fois en contact avec l’environnement, peuvent causer non seulement des dégâts sur l’environnement mais aussi sur les populations riveraines.

Par exemple, en 2010, la contamination par la boue rouge toxique (issue de l’extraction de l’alumine à partir de la bauxite) des villages entiers par l’usine d’aluminium d’Ajkai Timfoldgyar Zrt en Hongrie a été une catastrophe environnementale en matière d’exploitation (Mottet, 2012). Raison pour laquelle nous nous posons la question de savoir si l’État guinéen est suffisamment outillé pour passer à l’étape de la transformation de la bauxite ?

Il est vrai que la transformation de la bauxite sur place va permettre à la Guinée de générer des profits sur le plan économique (taxes, recettes, etc.), social (création d’emplois, augmentation des revenus, etc.) mais est-ce que cette transformation prendra en compte la protection de l’environnement et celle de la population ?

Pour répondre à ces questions, nous nous sommes basés sur les résultats de notre recherche intitulée : l’évaluation du rôle des outils de gouvernance minière dans la gestion responsable de l’exploitation des ressources minières : étude de cas portant sur le réseau environnement et bauxite (REB) de Guinée. Les résultats de cette recherche montrent la faiblesse de l’État dans la gestion et le suivi des projets miniers.

Pour preuve, malgré l’utilisation de la législation minière guinéenne et les normes de performance de la Banque mondiale et de la Société financière internationale par certaines compagnies, l’exploitation de la bauxite sur le terrain se traduit par la dégradation de l’environnement, la pollution des eaux, la pollution atmosphérique, la pollution sonore, la relocalisation des communautés, le manque de transparence dans les compensations, etc. Ensuite, les services étatiques qui doivent effectuer les missions de suivi et les inspections des projets miniers sont en manque de moyens financiers, matériels et humains.

Pire encore, ces services dénoncent le manque de moyens de déplacement (véhicule de service) pour effectuer les missions de suivi auprès des compagnies minières. D’ailleurs, ces missions sont prises en charge par les compagnies, ce qui remet en cause l’efficacité ou la validité de ces missions. Enfin, les membres du comité préfectoral de suivi environnemental mis en place par le gouvernement sont en manque de formation adéquate en matière d’environnement et certains d’entre eux sont analphabètes. Or, ces différentes missions et suivis permettent à l’État guinéen de s’assurer que les compagnies respectent leur engagement en matière d’environnement (plan de gestion environnementale et sociale) afin de garantir une exploitation responsable. Toutefois, si rien n’est fait pour résoudre ces problèmes, la transformation de la bauxite engendrera sans aucun doute des impacts environnementaux plus préjuciables.

Alors, les différents problèmes énumérés ci-dessus constituent des obstacles à relever pour passer à une transformation responsable de la bauxite. Pour cela, l’État guinéen doit s’inscrire dans une politique d’actualisation des textes miniers, disposer des moyens financiers, matériels et logistiques pour permettre aux cadres de bien mener leur travail et de faire des visites inopinées dans les compagnies comme le prévoit l’article 163 du Code de l’environnement.

Une transformation réussite de la bauxite passe également par le renforcement des capacités des acteurs étatiques et la formation des élites capable d’évaluer conséquemment les études d’impact environnemental et social (EIES) effectuées par les compagnies et de faire un suivi rigoureux et indépendant du plan de gestion environnementale et sociale (PGES).

Ensuite, l’État doit se doter d’une politique de lutte contre les impacts cumulatifs vu le nombre prépondérant des compagnies dans la région bauxitifère. Sur ce point, des initiatives sont à encourager, il s’agit du Réseau environnement et bauxite de Guinée (composé de six compagnies minières évoluant dans la région de Boké). Même s’il n’existe pas des études pour prouver que cette organisation collective apporte des solutions à la protection de l’environnement dans l’ensemble, l’État devrait encourager des recherches pour savoir si les activités de ce réseau contribuent à la protection de l’environnement. Si cela s’avère positif, l’État doit imposer aux autres compagnies évoluant dans la région bauxitifère et aurifère de se regrouper en association afin de lutter contre les impacts cumulatifs de leurs différentes activités minières.

Cette tribune se veut une contribution qui pourra servir les décideurs politiques mais est loin de mettre en lumière toutes les problématiques de la transformation de la bauxite et les solutions d’une exploitation responsable de ce minerai tant convoitisé par les industrielles. Alors, l’État (Comité national du rassemblement pour le développement et le futur gouvernement qui sera élu) devrait nécessairement encourager des recherches dans le secteur minier pour relever le défi d’une transformation responsable de la bauxite.

Bref, nous interpellons l’État à réfléchir sur la question dans un cadre participatif afin que ce secteur promoteur de développement durable soit bénéfique pour les générations actuelles et futures.

Par Mohamed Camara
Maîtrise en Études de l’environnement
Spécialiste en outils de gouvernance minière
Moncton – Nouveau-Brunswick – Canada.
Contact : emc8407@umoncton.camcamara335@gmail.com

+1 437 986 5580

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