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La nuisance des flatteurs pour le Président de la transition Mamady Doumbouya

A de degrés divers et selon qu’un État est démocratiquement mûr ou non, il y a toujours dans la cour ou autour du Chef de l’État, d’habiles courtisans qui s’interdisent, pour leurs propres intérêts, de lui dire la vérité notamment sur ce que la majorité silencieuse pense du pouvoir.

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Le problème se pose moins là où les règles de gestion du pouvoir sont bien comprises et traduites dans les faits, car grâce à la liberté d’expression et de manifestation, le Chef est constamment à l’écoute du point de vue de l’opposition et de l’opinion publique interne, ce qui lui permet de distinguer les flatteurs et les griots des bons collaborateurs, stratèges et analystes des faits sociaux, politiques et économiques de leur pays.

Malheureusement, tel ne semble pas être le cas en « Guinée » où, depuis le PUP, des compatriotes excellent dans la courtisanerie de bas étage, leur seul moyen de se retrouver à l’aise dans tous les systèmes politiques quel que soit l’orientation idéologique.

De toutes ces déclarations, officielles et privées, il résulte que le Président du CNRD aurait plusieurs raisons et avantages de se désolidariser des flatteurs et autres griots qui veulent vivre à ses dépens en l’incitant de violer intentionnellement la charte de la Transition.

Avantages à respecter la charte de la transition 

En respectant la charte, le colonel Mamady Doumbouya prouverait à la face du monde que :

– Il sait tenir parole et deviendrait ainsi le premier Président du pays à accepter l’alternance au pouvoir et, de ce fait, à entrer dans l’histoire par la grande porte. Cette alternance semble être mal comprise par ses partisans révisionnistes qui s’imaginent qu’en respectant la charte de la Transition en vigueur, le futur Président de la République devra nécessairement sortir des rangs de l’opposition. Ils peuvent pourtant conserver le pouvoir s’ils s’organisent bien en profitant des faiblesses de leurs adversaires de l’opposition ;

– Tout en étant humain, il est capable de combattre ses propres instincts de pouvoir et aussi et surtout ceux de ses compagnons qui craignent en vérité de perdre leurs acquis. En effet, il a l’obligation de défendre la Charte non seulement vis-à-vis de l’ennemi extérieur mais également des ennemis intérieurs (plus redoutables) parmi lesquels, ses propres instincts et ses courtisans ;

– l’intérêt général a primauté sur les intérêts particuliers, même s’il s’agit de ceux qui l’ont aidé à accéder au pouvoir et à l’exercer durant cette période transitoire ;

– En démocratie, on prend le pouvoir pour servir pendant un temps bien déterminé et non pour faire carrière comme du temps du (CMRN). Il y a lieu de s’inspirer de l’exemple de l’ancien Président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, qui, malgré de flatteuses et incontestables réalisations économiques et sociales, a quitté dignement le pouvoir sans être tenté de modifier la Constitution pour s’y maintenir, permettant même à sa famille politique de le conserver.

– Cette transition, malhonnêtement diabolisée aujourd’hui par ses courtisans, a été le fruit d’un laborieux compromis entre les belligérants, l’opposition et la société civile pour mettre définitivement fin à la récurrence des crises de légitimité;

– Malgré ses imperfections, inhérentes à toute œuvre humaine, le respect de cette Charte dans le contexte politique actuel est seul susceptible de favoriser la cohésion nationale et de maintenir la paix sociale encore fragile après tant d’années de manifestation ;

– S’il y a effectivement des dispositions transitoires à réviser ou à retoucher, il ne s’agit pas de celles verrouillées par le peuple dans les articles 154 et 156 ;

Inconvénients pouvant résulter du non respect de la Charte de la Transition 

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Mamady Doumbouya est en train de réussir à réaliser certaines choses durant son règne, peu importe si cela peut être estimé par certains comme insuffisant par rapport aux attentes, dans un contexte démocratique. Toutes ces réalisations risqueraient toutefois d’être jetées dans la poubelle de l’histoire s’il n’écoute que les sirènes du changement de la charte afin de se maintenir au pouvoir au-delà de la période transitoire que le pacte social lui a accordé où va l’accorder.

En voici quelques conséquences :

– Ecroulement de tout l’édifice institutionnel et retour à la case de départ, avec des crises interminables de légitimité du pouvoir;

– Risque d’exacerbation de la bipolarisation politique et de retour de vieux démons (internes et externes) des troubles sociaux et des manifestations inutiles;

– Restauration de la dictature et de la pensée unique par ceux qui se seront maintenus au pouvoir par la force, faisant comprendre aux autres que seul le langage des armes peut être entendu;

– Preuve pour les partenaires extérieurs que la démocratie est un luxe pour les Africains;

– L’histoire ayant montré les limites de la force et de l’arrogance, tôt au tard, les putschistes survivants seront poursuivis pour des crimes imprescriptibles qui résulteront de leur maintien au pouvoir par la force et en cas d’échec, certains parmi eux prendront ou reprendront le chemin de l’exil (parmi les griots et flatteurs zélés, certains en savent quelque chose).

Conclusion

La majorité des Guinéens ne souhaiterait pas revivre l’époque du RPG arc-en-ciel, où seuls quelques individus, pour la plupart rusés et égoïstes, avaient tout à dire, tout à décider et tout à prendre sans tenir compte de l’intérêt général. Dieu seul sait combien de centaines de milliers des compatriotes (ces martyrs anonymes) ont trépassé pour qu’on en arrive à l’ordre politique actuel, non encore suffisamment exploité par la faute de ceux-là même qui craignent tout simplement de perdre leurs privilèges.

En approuvant par referendum la Constitution qui lui avait été soumise en 2020, le peuple guinéen s’était interdit, à vie, de toucher à certaines matières (hautement inflammables) limitativement énumérées par l’article 27 de la constitution du 7 mai 2010 considéré comme le fruit défendu du jardin d’Eden. Puisque ce peuple connaît et craint les conséquences néfastes de la consommation de ce fruit, il est diabolique de vouloir le manipuler pour lui dire qu’il est libre de le consommer, d’autant plus que c’est lui qui en souffrirait.

C’est pourquoi, résister à un individu ou groupe d’individus qui cherche à privatiser le pouvoir d’État est un devoir que le Président du CNRD doit être le premier à faire en s’adressant publiquement à la nation pour dire qu’il se désolidarise des flatteurs qui cherchent à entraîner toute la nation dans le chaos. Ils l’ont fait avec le Président déchu Alpha Condé et n’ont aucun scrupule à récidiver. Ils sont donc nuisibles et méritent d’être mis hors d’état de nuire. Dans un État de droit, la force de la loi a primauté sur la loi de la force.

Ibrahima Sory Camara
Président de l’ULD

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