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Le colonel Mamadi Doumbouya commence à inquiéter !

Chaque jour que Dieu fait, je prie pour la Guinée, pour que cette énième transition soit un succès. Seulement, les faits inquiétants sont là, les décisions inopportunes se succèdent, et l’exercice unilatéral du pouvoir se confirme.

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« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », Montesquieu, De l’Esprit des lois. Depuis quelques jours, cette assertion de Montesquieu me revient en boucle.

La transition démocratique est par principe une période exceptionnelle, diront certains pour justifier l’exercice unilatéral du pouvoir ; d’autres diront tout simplement que la constitution est suspendue, passons à autre chose. Certes, la transition relève d’un exercice particulier du pouvoir, un exercice de fait du pouvoir, mais la transition démocratique n’est en aucun cas une dictature parce qu’elle est consensuelle.

On parle d’une dictature quand tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un individu, d’une assemblée, d’un parti ou d’un groupe. C’est pourquoi, je me méfie des titres inutiles, souvent démagogiques. Nul besoin de crier partout que le président de la transition est l’homme fort du pays, président de la République, chef de l’État, etc.

Pour le moment, le colonel Doumbouya n’a point manifesté son envie de confisquer le pouvoir, il n’est pas dans une démarche répressive, tant mieux pour les Guinéens, qu’il continue sur cette lancée. On ne lui fera pas un mauvais procès. Toutefois, les signes avant-coureurs d’une dérive se profilent à l’horizon. Une succession de décisions non consensuelles, notamment la restitution des villas Bellevue à la famille de Sékou Touré et le choix du nouveau nom de l’aéroport de Conakry. Deux décisions unilatérales dont la pertinence est sujette à débat, des décisions dépourvues de toute base légale. Ces décisions n’étaient pas opportunes, fussent-elles symboliques. Elles créent un doute sur l’impartialité de la junte au pouvoir.

La famille de Sékou Touré a été dédommagée. Quid des autres familles ? L’État guinéen va-t-il enfin restituer les parcelles et autres biens volés aux familles des victimes du régime de Sékou Touré ? Et pour l’indemnisation des victimes de Kaporo ? Les commerçants spoliés après le coup Diarra seront-ils dédommagés ? Les victimes d’Alpha Condé seront-elles dédommagées ? Des questions sans réponse.

Encore plus curieux, le colonel Doumbouya laisse planer le doute, en refusant de fixer une durée à la transition, il entretient le flou. Faudrait-il s’inquiéter ? Certainement, regardons de près la situation politique chez notre voisin, le Mali. Les manœuvres dilatoires de la junte malienne dont les partisans réclament un mandat de cinq ans risquent de plonger ce pays dans le chaos.

Autre source d’inquiétude, la suppression de la commission électorale nationale indépendante (CENI), qui sera remplacée par le ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation (MATD) dans l’organisation des prochaines échéances électorales. Les Guinéens se souviennent des mascarades électorales organisées par ce ministère, ils savent que la plupart des fonctionnaires du MATD sont corrompus. Et l’on voudrait nous faire croire que les fonctionnaires hier corrompus vont se réveiller demain sincères et neutres.

La CENI n’a jamais été indépendante, c’est vrai, et elle n’a pas brillé par son efficacité, c’est un fait. Alors, pourquoi revenir sur sa suppression ? Parce que la décision portant suppression de la CENI n’est pas consensuelle, elle est unilatérale comme la plupart des décisions du Colonel Doumbouya. Pour couronner le tout, le limogeage injustifié de Fatoumata Yarie Soumah, ministre de la Justice, renforce la crainte d’un dérapage pouvant nous mener vers une nouvelle crise politique.

Plus inquiétant encore, le gouvernement de transition est sans cesse mis devant le fait accompli par colonel Doumbouya. Par moment, on a l’impression que le gouvernement Mohamed Béavogui n’existe que de nom, que certains dans l’entourage du colonel le poussent vers la sortie. Il est clair que les caciques de l’ancien régime œuvrent pour l’échec de la transition, ils s’agitent dans l’ombre, et veulent créer une crise de confiance entre les politiques et le colonel Doumbouya. Il est urgent que le chef de la junte comprenne que l’exercice solitaire du pouvoir n’augure rien de bon pour le pays.

Je paraphrase le discours d’Obama sur la démocratie en Afrique, la Guinée a besoin d’institutions fortes, elle n’a pas besoin d’un homme fort. Les Guinéens placent un grand espoir en vous, mon colonel. La réussite de cette transition n’est pas une option, mais la seule issue possible. Les crises politiques ont trop duré, il y a eu trop de morts, sortons enfin de cette obscurité.

Barry Amadou D.
Paris

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