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Ad Hominem : la transition ne réussira pas…

Cette transition aussi ne réussira pas. La faute ne sera à l’administration actuelle et au gouvernement de transition. La faute est et demeurera dans son fief traditionnel : au pied de notre élite (intellectuelle, médiatique, économique, administrative et judiciaire) qui continue à briller par son absence dans le débat national. 

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Depuis l’indépendance, nous n’avons pas pu examiner et discuter de quelle sorte de république nous voulons et devons construire, et comment engager ce processus sur des bases saines et solides pour garantir l’émergence d’une nation salvatrice pour tous ses citoyens.

Nous ne nous sommes jamais posés les questions de savoir : Quelle orientation Nationale voulons nous choisir ? Comment organiser notre État ?  Quelles objectifs et quelles structures l’État doit adopter ? Comment l’administration publique doit être organisée et sur quelles bases ses employés seront choisis (compétence, intégrité, patronage politique, ou patronage amical) ? Comment définir les paramètres de l’échiquier politique pour reconnaître les différents courants de pensée entretenues par la classe politique ? 

Une partie de notre élite (les politiciens) a considéré une telle discussion fut au courant du séminaire de Foulaya (Kindia) dans les années soixante. Malheureusement, cet effort a été tué dans l’œuf. Aujourd’hui encore, je regarde avec stupéfaction les manœuvres et conversations qui se déroulent à Conakry. Le défilé des politiciens qui retournent au bercail comme des étoiles filantes. Au lieu de s’engager dans un débat sérieux pour définir les contours des questions fondamentales qui nous interpellent, nous sommes en train de nous insulter, par médias interposés, en utilisant des attaques personnelles (Ad Hominem).

Les politiciens affutent leurs armes (langages vulgaires pour les uns, « la transition est politique » disent d’autres) et les intellectuels sont silencieux au lieu d’organiser des conférences et débats sérieux pour identifier nos problèmes, développer des suggestions et des choix éventuels que nos futurs dirigeants devraient accepter et suivre.

Dans un livre publié en 2012 « Why Nations Fail ? » traduit en Français sous le titre  de « Prospérité, Puissance et Pauvreté , Pourquoi certains pays réussissent mieux que d’autres», les auteurs ont dressé un tableau extraordinaire pour démontrer pourquoi, par exemple, le Botswana, (avec 12 kilomètres de route bitumée à l’Indépendance en 1966, 22 personnes diplômés d’université, une centaine de bacheliers) a réussi où plusieurs autres pays Africains ont échoué.

Je paraphrase ci-bas le facteur nécessaire et indispensable que les auteurs estiment être la clé du succès.

« Le processus qui établit des institutions politiques et économiques inclusives (basées sur le partage du pouvoir, la productivité, l’éducation, les avancées technologiques et le bien-être de la nation dans son ensemble) conduit au développement à l’opposé des systèmes extractifs déterminés à s’emparer des richesses et des ressources du pays au profit d’un groupe. »  Cette théorie illustre et décrit parfaitement l’expérience post-coloniale de la Guinée, à mon humble avis.

L’état guinéen jusqu’à nos jours reste un État faible, incapable de neutraliser « la classe dirigeante prédatrice et les institutions économiques exploiteuses ». Notre État est incapable de fournir des services de base à nos populations mais est assez fort pour maintenir un chef et ses acolytes au sommet. Notre État est « pauvre » pour subvenir aux besoins de nos citoyens mais assez riche pour donner aux élites une raison se rassembler autour du butin pour se disputer qui aura la part du Lion ». Notez la migration saisonnière de nos politiciens qui ont vacillé entre mouvance et opposition comme une pendule pendant la dernière décennie.

Depuis notre Indépendance, notre classe dirigeante s’est conduite comme « Don Quichotte » en imaginant ce qui est notre réalité commune sans l’utilisation d’aucun élément empirique.  Ayant faussé la définition du problème de gouvernance et le mode de développement qui sied à notre pays, notre classe dirigeante exige la soumission et l’abnégation des plus faibles à travers un patronage qui ne dit pas son nom. Cette classe dirigeante abuse de son autorité qui dérive de son contrôle de la machine de l’État et le monopole de l’utilisation de la force qui en découle pour infliger, avec une ferveur masochiste, la peine à nos citoyens.

Notre élite intellectuelle a toujours failli à sa responsabilité de faire l’évaluation des conditions historiques qui auraient pu conduire le pays et notre peuple vers la création d’une nation fondée sur des bases solides pour l’essor collectif et le développement de la Guinée.  Le silence actuel en dit plus. Toutes les discussions se font autour de qui fera partir du CNT ? Qui sera le président de cette future institution ? Quelle durée pour la transition ? Vraiment, c’est en cela que se réduisent les problèmes fondamentaux de la Guinée ?

Je doute que cette nouvelle transition sera différente. Je souhaite ardemment que je me trompe.  Mais comme le disent si bien les Anglais : « I am not holding my breath ».  Je ne retiens pas mon souffle !

Docteur Abdoulaye Bah
Professeur d’Université aux États-Unis, Ret.
Ancien chef de Chaire du Département des Sciences Sociales et Comportementales
Directeur du Centre pour la santé Comportementale et la Résilience
Université de Lincoln
Jefferson City, Missouri USA
Columbia, MO USA

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