J’ai commencé à suivre l’actualité politique en mai 1981, à l’occasion de l’élection présidentielle française qui a vu la consécration de François Mitterrand. Six ans plus tard, je connaissais les noms de tous les grands animateurs des principales stations de radio francophones.
C’est dire à quel point je m’intéressais à l’actualité politique internationale. Ainsi, le 15 octobre 1987 — un jeudi, me semble-t-il —, je suivais en direct, sur ondes courtes, Radio Burkina, qui annonça le renversement du capitaine Thomas Sankara. Allongé dans ma chambre, à Bomboli, dans le quartier de Koloma II, à Conakry, j’ai été profondément bouleversé par cette nouvelle. Comme beaucoup de jeunes de mon âge, j’ai vécu ce coup d’État comme une terrible désillusion. Trente-neuf ans après, une grande partie de la jeunesse africaine n’a toujours ni oublié ni pardonné l’assassinat de celui qui incarnait ses espoirs, un crime auquel Blaise Compaoré est historiquement associé.
À l’inverse, leurs successeurs respectifs, Mobutu Sese Seko et Blaise Compaoré, ont exercé le pouvoir pendant plus d’un quart de siècle, sans pour autant s’assurer une place honorable dans l’Histoire. Bien au contraire, leurs règnes restent associés à des pages sombres de l’histoire politique africaine. Le premier a fini ses jours en exil, au Maroc, loin du pouvoir et dans l’indifférence totale. Quant au second, il pourrait, lui aussi, achever sa vie dans les mêmes conditions en Côte d’Ivoire.
Cette opposition entre les destins des uns et des autres montre, s’il en était encore besoin, que la longévité au pouvoir ne suffit pas à faire la grandeur d’un dirigeant. Ce ne sont ni la durée d’un règne ni la puissance qu’il confère qui déterminent la place d’un homme dans l’Histoire, mais bien les actes qu’il pose, les espoirs qu’il suscite et l’héritage qu’il laisse dans la mémoire des peuples.