A quel âge donner un téléphone portable à un enfant ? Un débat qui divise les parents

La question de savoir à quel âge il faut donner un téléphone à un enfant fait toujours débat. Alors que l’utilisation du téléphone portable est devenue une nécessité dans notre société, de nombreux parents se retrouvent dans une situation complexe : quel est le moment idéal pour offrir un téléphone à son enfant ?

Pour en savoir davantage, notre rédaction est allée à la rencontre de plusieurs parents afin qu’ils partagent avec nous leurs expériences sur ce sujet qui concerne plus d’un.

Enseignant de profession, Baba Alimou Barry estime que le téléphone présente des avantages, à condition que son utilisation soit bien encadrée.

“Le téléphone est une nécessité de service. C’est un mal nécessaire. Donc, c’est important lorsqu’il est utilisé dans un cadre légal. Maintenant, pour un enfant, tout dépend aussi de l’éducation. Dans certaines familles, où les enfants sont bien suivis et éduqués, l’enfant peut bel et bien posséder un téléphone pour des besoins de communication et pour faire des recherches scientifiques. Parce qu’il y a des enfants qui, à partir du téléphone, font des recherches sur Google ou ailleurs. Mon enfant de 10 ans n’a pas l’âge requis pour avoir un téléphone, raison pour laquelle je ne lui en ai pas donné. Mais je lui ai acheté une tablette éducative”, confie-t-il.

“Si l’enfant est bien encadré et éduqué, son éducation l’empêchera d’accéder aux interdits. C’est comme quand tu allumes la télé, tu dis : vous suivez seulement les dessins animés. L’enfant ne dérogera pas à cette règle. À chaque fois qu’il allume la télé, c’est ça. Donc, ça va de même avec un téléphone, parce que son éducation va toujours l’obliger à respecter ses parents”, insiste-t-il.

Cet enseignant assure que l’utilisation du téléphone peut faciliter les recherches scientifiques et aussi permettre aux parents de rester en contact permanent avec leurs enfants.

“Ça peut participer à l’amélioration de son niveau et lui permettre d’échanger avec ses parents en cas de nécessité. Parce qu’il y a des enfants qui partent loin pour étudier. Donc, les parents ont besoin de s’informer sur leur enfant. En ce moment, on donne un téléphone simple à l’enfant juste pour lui permettre de communiquer avec ses parents. Parce que l’enfant, parfois, peut s’égarer ou se faire kidnapper, mais s’il maîtrise les numéros de ses parents biologiques, il peut donner sa situation géographique et même son état. Ça peut orienter les parents”, estime-t-il.

Kadiatou Camara, comptable, affirme que le téléphone a eu des impacts sur son enfant.

“J’ai donné le premier téléphone à mon enfant alors qu’elle n’avait que 11 ans. C’était pour connaître son heure d’arrivée et de départ à l’école, c’était juste pour savoir sa position. Donc, on lui a remis un petit téléphone. Mais quand elle a décroché son BEPC, son papa lui a offert un smartphone comme cadeau. Mais ça a eu un impact négatif sur elle. Parce qu’elle est trop accro au téléphone. Même avec le petit téléphone, elle passait son temps à envoyer des textos à ses amis. Avant que je ne m’en rende compte, c’était presque trop tard. Finalement, j’ai récupéré le téléphone. Je le lui donnais juste quand elle partait à l’école ; à son retour à la maison, je récupérais le téléphone. Pour le côté positif, elle peut faire des recherches pour traiter ses devoirs. Elle est très cultivée”, souligne-t-elle.

À la question de savoir si, avec le recul, elle va donner un téléphone à son enfant à cet âge, Kadiatou Camara ne passe pas par quatre chemins pour répondre : “Si c’est pour savoir l’heure à laquelle elle est sortie de l’école, parce qu’il faut que je puisse connaître sa position, si c’est dans ces conditions, je donnerais un téléphone aux autres enfants. Mais si tel n’est pas le cas, je ne vais pas en donner jusqu’à ce que l’enfant ait au moins 15 ans. Parce que les enfants d’aujourd’hui sont devenus très accros aux téléphones”.

Adama Bailo Diallo déclare avoir donné “le premier téléphone à ma fille quand elle est rentrée au lycée. Vous savez, l’utilisation du téléphone, ça peut aider comme ça peut détruire. C’est un phénomène important qui influence à la fois la vie quotidienne et leur parcours scolaire. Cette réalité comporte des avantages mais aussi des risques. Ce qui est un sujet de débat maintenant dans la société guinéenne”.

Enseignante, Mme Diallo affirme avoir prodigué d’utiles conseils à sa fille avant de lui offrir son premier smartphone.

“Je lui avais donné un smartphone. Et pourquoi ? Parce que c’est un outil de communication et de socialisation. Le téléphone permet aux enfants de communiquer facilement avec les parents et amis et de faire des appels WhatsApp. Et surtout, ils peuvent étudier avec. J’ai vu que, maintenant, il fallait le faire parce que c’est aussi un outil d’apprentissage. Quand je lui ai donné le téléphone, je lui ai dit : ‘Le téléphone n’est qu’un outil ; quand tu l’utilises bien, il peut te servir, et quand tu l’utilises mal, il te détruit’. Je lui ai dit que le téléphone est aussi utilisé pour suivre l’actualité. Tu peux t’informer à travers ton téléphone, regarder des tutoriels. Donc, quand elle a la connexion, si elle se retrouve dans l’un de ces tutoriels qu’elle aime, elle peut regarder”, confie-t-elle.

Pour Adama Bailo Diallo, l’utilisation du téléphone permet de pallier le manque de manuels scolaires dans les établissements et facilite les recherches.

“Apprendre de nouvelles compétences, surtout dans un contexte où les ressources éducatives sont parfois limitées dans les écoles. Maintenant, dans les écoles, il n’y a pas suffisamment de manuels scolaires. On peut vous donner un sujet d’exposé. Si, au sein de l’école, vous partez à la bibliothèque et que vous constatez qu’il n’y a pas ce document, vous pouvez vous connecter à travers ça ; vous pouvez facilement faire votre exposé”, explique-t-elle.

Elle insiste toutefois sur la responsabilité des parents, car sans suivi, l’utilisation du téléphone devient un frein majeur à l’éducation des enfants.

“Les conséquences quotidiennes : vous avez la dépendance aux réseaux sociaux, les pertes de temps, le divertissement excessif, l’exposition à des contenus inappropriés ou dangereux, le cyberharcèlement ou l’atteinte à la vie privée. Et j’ai aussi expliqué des cas de vidéopornographie impliquant des élèves en Guinée. Donc, je lui ai fait savoir les avantages et les inconvénients de ce téléphone”, souligne cette enseignante.

Mme Diallo fait remarquer qu’avec sa fille, “Il y avait un peu de divertissement. Mais finalement, je l’ai ramenée à la raison et elle a compris. D’ailleurs, elle n’est pas sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Messenger. Elle est sur WhatsApp seulement. Chaque enfant a sa façon de voir les choses et de comprendre. Donc, c’est aux parents de veiller sur l’enfant, surtout sur l’utilisation du téléphone. Nous avons le Wi-Fi à la maison. Donc, si elles ont des devoirs à faire, elles viennent au salon ; il y a mon mari qui reste de temps en temps pour suivre la télé. Donc, elles ne peuvent pas se permettre de faire certaines choses. Et parfois, elles laissent les téléphones au salon à charger jusqu’au matin. Les enjeux principaux, c’est de trouver un équilibre entre l’utilisation et l’encadrement strict. Parce que le téléphone nécessite vraiment un encadrement strict”.

Djiwo Barry, pour VisionGuinee.Info

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