« Rusée une fois, c’est de la malice ; deux, c’est de la naïveté », disaient les sages de la savane.
Et cette citation prend tout son sens lorsqu’on observe les derniers développements de la situation socio-politique de notre pays, notamment en ce qui concerne les campagnes électorales.
Après avoir fait tailler une constitution sur mesure, réduit au silence toutes les voix contradictoires, choisi ses propres adversaires en contraignant les plus représentatifs et les faiseurs de rois à l’exil, tout portait à croire que le chemin était libre pour le Général de remporter les élections du 28 décembre avec un score soviétique. Mais hélas !
Le pire des malheurs qui puisse arriver à quelqu’un qui se croit être un fin stratège en politique, ce n’est pas de tomber dans un piège qui lui est tendu, mais de se faire piéger par ses propres stratagèmes.
Bien que la politique soit un art d’assimiler ses ambitions et de dissimuler ses intentions, le politique Abdoulaye Yéro Baldé, économiste chevronné, est un fin connaisseur du pays. Il est respecté pour sa probité morale, son sens de l’honneur et son engagement pour la démocratie dans un pays où toutes les bonnes qualités et les valeurs qui font la grandeur de l’homme sont devenues rares, à cause du foisonnement des avortons politiques.
Abdoulaye Yéro Baldé crée la surprise à chaque étape de sa campagne, en attirant une marée humaine majoritairement composée d’électeurs qui ont foi en lui et en ce qu’il défend, et qui sont prêts à lui accorder leur bulletin de vote. Car il fait partie de ces rares politiciens qui ne traînent pas de casseroles connues du public et dont la parole vaut encore quelque chose.
Loin de tomber dans une utopie politique, il est naïf de croire que le Général puisse organiser une élection et la perdre. L’histoire est têtue, et en se plongeant dans l’histoire politique de notre pays, il est évident que, de toutes les administrations qui se sont succédé, aucune n’a organisé une élection pour la perdre. Mais est-ce une raison de ne pas croire à un scénario nouveau avec Abdoulaye Yéro Baldé ? Ne dit-on pas que chaque chose a une fin et que, pour toute chose, il faut bien une première fois ?
Mais vu la configuration de l’échiquier politique guinéen, ce scénario est possible, à condition que ceux qui représentent actuellement 95% de l’électorat national décident de mettre leur ire et leur rancune contre le Général à profit, en apportant un soutien total et indéfectible, accompagné d’une consigne de vote à leurs militants et sympathisants, pour Abdoulaye Yéro Baldé, pour le salut et la survie de la démocratie. Ce faisant, ils sanctionneraient l’homme qui a préféré l’hubris du pouvoir à la grandeur.
Car, de toute façon, ils ont plus de souvenirs en politique que d’avenir, et, si le Général est plébiscité à l’issue du 28 décembre, on assisterait politiquement à la mort de ces trois mohicans de la vie politique guinéenne. Mais avant la veille du 28 décembre 2025, ces trois leaders vont-ils entendre raison et faire ce qui est raisonnable ? Ou vont-ils laisser leur fierté prendre le dessus sur la raison ? L’équation reste posée. On ne le dira jamais assez : « Entre deux maux, il faut choisir le moindre. »
Par Sow Mamadou Kenda