Alpha Amadou Diouldé Diallo, migrant retourné, se confie : ‘’Ils ont menacé de nous vendre à d’autres personnes si on ne paye pas’’

Selon l’OIM, 17 290 migrants guinéens irréguliers ont été identifiés dans l’Union européenne en 2018. Pour se rendre dans ce continent, la plupart des jeunes empruntent le désert ou la Méditerranée. C’est le cas d’Alpha Amadou Diouldé Diallo qui a commencé sa mésaventure par Bamako pour l’Europe via l’Algérie.

Vendu, racketté, dépouillé, séquestré, ce titulaire d’une licence 3 en administration des affaires a failli connaître le pire en recherchant le bonheur. Retourné en Guinée, il exerce désormais un métier et vit avec sa famille. Il peine à oublier sa mésaventure.

Début de l’aventure…

Ayant du mal à trouver du travail après ses études, Alpha Amadou Diouldé Diallo a été poussé à faire le saut vers l’inconnu. Une décision qu’il n’est pas prêt d’oublier. ‘’En fin de 2016, j’ai eu des amis qui se sont lancés dans l’aventure. J’en ai parlé avec certains qui m’ont dit que si ça ne va pas en Guinée, je dois partir. Au début, j’hésitais. Finalement, en avril 2017, j’ai décidé de me lancer parce que les activités que je menais ici ne marchaient pas bien. Quand j’en ai parlé avec mes frères, certains ont accepté et d’autres non. Je suis parti sans même informer ma mère. C’est moi-même qui avait collecté le montant. Je n’ai pas attendu l’accord de ma famille’’,  raconte-t-il.

Le 22 avril 2017, il quitte le marché Madina, plus grand centre commercial du pays. Direction, la gare routière de Madina. Il prend son ticket de voyage pour le Mali. ‘’Quand le chauffeur m’a vu, il a dit : ‘Même en te voyant, on sait que tu pars en Algérie. J’ai un correspondant au Mali, si tu  veux je peux t’y amener. Ce dernier pourra t’aider pour que tu arrives à Alger sans problème’.  Je lui ai dit : ‘OK, il n’y a pas de problème’. Arrivé au Mali, je suis entré en contact avec son correspondant. Il m’a même dit de payer l’argent là-bas. Je me suis lancé dans cette aventure en sachant que ce n’était pas bien. J’ai eu aussi à parler avec des amis sur Facebook qui étaient à Alger. Ils m’ont dit de ne pas avoir peur. Plus  je me renseigne, plus j’ai peur de continuer’’.

Le début du calvaire…

Pour ce trentenaire, le Mali a été le début de son enfer. ‘’Tout a commencé là-bas. En quittant Gao pour Alger, on nous a dit que le transport coûte 90 000 FCFA. Mais c’était de l’arnaque. Finalement, je n’ai pas payé le montant parce que la personne qui m’a envoyé ne décrochait plus mes appels. J’ai rencontré un ami qui m’a conseillé de payer par tronçon. J’ai payé 20 000 FCFA pour Gao. Mais je ne savais pas que c’est à partir du Mali qu’on commence à vendre les migrants comme des animaux. C’est un réseau bien organisé’’, réalise M. Diallo.

À Gao, se souvient-il, ‘’on a trouvé des gens qui étaient à la gare routière. Dès qu’on est arrivés, ils disent qu’ils détiennent les tickets de telle personne, il faut venir ici. Vous allez découvrir plus tard qu’on vous a déjà vendu. On montre les tickets et on nous dit de suivre quelqu’un. Après, on nous a envoyés dans une cour fermée. Ils disent attendre un nombre important de candidats à la migration pour nous embarquer. Mais c’était une magouille totale. On est restés là-bas pendant cinq (5) jours. Finalement, ils nous ont embarqués comme des marchandises dans un camion’’.

Sur le coup, dit-il ‘’un monsieur nous a demandé de lui donner de l’argent pour le chauffeur afin d’éviter les terroristes en plein désert. Nous l’avons fait, nous ne l’avons plus revu tout au long de notre périple. En montant à bord du camion, ils donnent à chaque migrant deux (2) bidons de 5 litres d’eau pour traverser le désert. De Gao pour Alger, au niveau chaque barrage, ils nous font descendre du véhicule et nous dépouillent de tout. On a traversé à peu près cinq (5) barrages. On a fait quatre (4) jours dans le désert avant d’arriver à chez Mohamed Talanta à la frontière entre le Mali et l’Algérie]’’.

Tracasserie en Algérie…

‘’C’est à partir de la frontière que nous avons été séparés. Lorsque nous sommes arrivés à Timyawi, un petit village d’Alger, on nous a fait rentrer dans des cours fermées. C’est comme la prison. A l’intérieur, il y a beaucoup de personnes. On donne à manger aux migrants, mais rien n’est gratuit. Vous mangez à crédit’’, précise-t-il.

‘’Un beau matin, un monsieur qui a un correspondant en Guinée s’est présenté sur les lieux pour nous demander d’appeler nos parents pour leur dire qu’on nous retient et pour s’en sortir, il faudra payer 2 000 000 GNF ou 2 500 000 GNF. Dans ces 2 500 000 GNF, ils vous remettent 2 000 dinars. Après, ils prennent 1 500 000 GNF et les 500 000 GNF c’est pour payer d’autres personnes qui vont nous envoyer dans d’autres villages’’, détaille Alpha.

‘’On est restés pendant une semaine avant d’appeler en Guinée pour qu’on nous envoie de l’argent. Personnellement, j’avais payé 3 000 000 GNF et on m’a remis 7 000 dinars, équivalent d’un million GNF. On nous a embarqués dans un pickup pour Tamanrasset. Là-bas aussi, on nous a fait rentrer dans une autre cour où ils nous ont demandé de payer 2 000 000 GNF pour être libérés. Ils ont pris tout l’argent que j’avais sur moi. Ils nous ont menacés en disant si on ne paye pas, ils vont nous revendre à d’autres personnes. Si on vous vend à 3 000 dinars et qu’un autre vous rachète à 3 000 dinars, tu dois payer 6 000 dinars pour recouvrer ta liberté. Un matin, un arabe est venu dans une camionnette, il a menacé de nous livrer à des personnes qui vont nous frapper si on ne paie pas l’argent. C’est en cours de route qu’on a pu s’échapper. En courant, je me suis gravement blessé, mais j’ai pu m’en sortir’’, soupire le trentenaire.

Bloqué dans un pays étranger…

Fauché, il a été contraint de rester malgré tout en Algérie en travaillant pour réunir les fonds nécessaires à son retour au bercail. ‘’Je voulais partir en Europe. Mais quand je suis arrivé à Alger, vu que je n’avais plus d’argent, j’ai renoncé au projet. Sinon, quand on arrive là-bas, la seule intention, c’est de continuer. Suite à la pression des parents, j’ai décidé de revenir en Guinée. En plus, j’avais une femme qui m’attendait’’.

Il se lance dans Alger, fait-il savoir, ‘’j’avais commencé à faire du masticage et de la peinture. C’est ce que je fais  jusqu’à présent. C’est là-bas que j’ai appris ce métier. Lorsque je quittais Alger, c’est mon patron qui m’a accompagné jusqu’à la gare. Il m’a dit de ne pas durer, de repartir parce qu’il a d’autres chantiers. C’est moi qui était le chef des apprentis’’.

Vie d’un retourné…

Après 4 ans d’ aventure, Diouldé vit désormais à Conakry. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il continue d’exercer son métier de mastiqueur. A la question de savoir s’il compte repartir à la recherche de l’eldorado européen, il répond : ‘’C’est à Dieu de décider. On ne peut pas prédire le destin’’.

Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info 

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