Analyse des enjeux et avantages de la création de l’École de Guerre de Guinée au regard du Droit international humanitaire (DIH)

La publication du décret D/2026/0294/PRG/SGG du 29 septembre 2026 portant création de l’École de Guerre de Guinée constitue une avancée majeure pour l’architecture de défense de notre pays. Cette initiative mérite d’être saluée, car elle institutionnalise un cadre d’excellence favorable à l’ancrage des « lois de la guerre » au cœur même de la stratégie militaire guinéenne.

Cette dynamique s’articule autour de quatre axes majeurs :

1- L’institutionnalisation et la vulgarisation renforcée du Droit international humanitaire (DIH)

Pour rappel, la République de Guinée a ratifié les quatre Conventions de Genève du 12 août 1949 et leurs protocoles additionnels le 11 juillet 1984, mais aussi plusieurs autres conventions internationales relatives au Droit international humanitaire.

La création de l’École de Guerre vient ainsi couronner un édifice normatif et institutionnel déjà amorcé par la création du Bureau du DIH au sein des forces armées (décret N° D/94/172/PRG/SGG du 5 décembre 1994), rattaché à la Direction des Opérations et Instruction de l’État-Major Général des Armées à travers l’arrêté N° 007/PRG/MDN/CAB du 10 janvier 1995 et renforcé par le Code de conduite des Forces de défense (décret D/2011/289/PRG/SGG du 28 novembre 2011).

Ce Bureau a été créé au sein des forces armées guinéennes pour l’enseignement et la diffusion du Droit international humanitaire, encore appelé le Droit dans la guerre.

La création de l’EGG pourrait offrir une tribune idéale pour rappeler que, si l’adage de Cicéron estime « Quand les armes parlent, les lois se taisent », l’humanisation de la guerre passe nécessairement par la formation en amont des acteurs sur les limites que trace le DIH.

2- La formation d’élite aux fonctions de commandement et d’état-major

Par sa vocation classique, l’École de Guerre est taillée pour préparer les officiers supérieurs à assumer de hautes responsabilités d’état-major, de commandement et de direction.

En Guinée, elle permettra de former les décideurs militaires à la conception, à l’élaboration et à l’exécution de la politique de défense, garantissant ainsi une vision stratégique globale où la maîtrise de la tactique militaire va de pair avec la responsabilité éthique et juridique.

3- Le rayonnement sous-régional et l’accueil des forces armées étrangères

Au-delà de l’armature nationale, la vocation de l’École de Guerre de Guinée pourrait s’étendre à la formation des forces armées de la sous-région. Ce positionnement géostratégique favorise l’interopérabilité des armées africaines, le partage d’expériences et l’harmonisation des doctrines d’emploi des forces autour de standards partagés de professionnalisme et de respect des droits humains.

4- La promotion des bonnes pratiques et de la discipline opérationnelle

La création de l’École de Guerre de Guinée transcende la simple réforme institutionnelle : elle érige le Droit international humanitaire en boussole stratégique, prouvant ainsi qu’une armée forte est avant tout une armée disciplinée, respectueuse des lois de la guerre et résolument tournée vers l’excellence opérationnelle et humaine.

En intégrant les principes du DIH et les exigences du Code de conduite dans le cursus de la plus haute institution militaire du pays, elle permettra d’ancrer de bonnes pratiques opérationnelles sur le terrain.

Thierno Hassane BARRY

Docteur en Droit public,
Spécialité Droit international humanitaire

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