Après 50 ans dans l’élevage, Elhadj Bérété propose des solutions pour mettre fin aux conflits entre éleveurs et agriculteurs

Les conflits entre éleveurs et agriculteurs en Guinée sont récurrents dans le sud du pays ces derniers temps, notamment à Lola et Beyla, dans la région forestière. Des femmes ont récemment manifesté, torses nus, pour exprimer leur colère et demander aux autorités d’agir en interdisant la transhumance frontalière.

Face à cette situation, le ministre de l’élevage, en tournée en Guinée en compagnie des forces de défense et de sécurité, a participé à la reconduite des transhumants hors des frontières de notre pays.

Pour proposer des pistes de solution à cette situation fragilisant la cohabitation pacifique entre éleveurs et agriculteurs dans le Sud de la Guinée, notre rédaction a rencontré ce jeudi 6 novembre Elhadj Lanfia Bérété, ancien fonctionnaire de police.

Agé de 82 ans, il dit avoir consacré plus de 50 ans de sa vie à l’élevage et propose des ébauches de solutions pour mettre fin aux tensions récurrentes entre éleveurs et agriculteurs.

Selon Elhadj Bérété, le principal problème de la transhumance entre le Mali et la Guinée vient d’une idée erronée profondément ancrée. ‘’Les guinéens pensent que pour nourrir un animal, surtout un bovin, il faut de l’herbe. Cette mentalité, c’est notre retard’’, pose-t-il comme diagnostic.

Pour lui, l’herbe ne représente que la moitié des besoins alimentaires du bétail. Il insiste sur l’importance d’utiliser des aliments disponibles localement. ‘’Le tourteau de palme contient 20 % de protéines, le son de riz est riche. Le son de blé guinéen est vendu jusqu’au Sénégal, au Mali et même au Maroc, alors que cela pourrait être une grande solution pour nos éleveurs et nos agriculteurs’’, ajoute-t-il.

Il préconise un mélange simple et accessible composé de paille séchée, de son de blé, de son de riz et de tourteau de palme. Selon lui, cela permet de stabiliser le bétail, limiter les dégradations des champs et produire un fumier riche et de qualité.

‘’Un bœuf bien nourri ne va pas détruire un champ. Il mange, boit et se repose. En plus, il produit un fumier riche qui peut multiplier les rendements agricoles’’, affirme-t-il.

Elhadj Bérété souligne qu’une véritable coopération entre éleveurs et agriculteurs peut être bénéfique pour les deux communautés. ‘’Le fumier des bovins enrichit le sol. Le paysan y gagne en rendement, et l’éleveur garde ses bêtes sur place. Les deux sont gagnants. C’est le pays qui gagne’’, souligne notre interlocuteur.

‘’Il faut des intellectuels et des praticiens pour faire le lien entre les deux mondes. Ce n’est pas compliqué. Ce sont des solutions pratiques et rapides à mettre en œuvre’’, insiste-t-il, saluant la détermination des autorités à éviter les tensions entre éleveurs et agriculteurs.

‘’Ce sont des jeunes de bonne foi. J’aimerais leur transmettre mon expérience, mais je n’arrive pas à les rencontrer. Si on m’écoute, je peux montrer comment régler le problème du bétail en deux ou trois ans seulement’’, affirme-t-il d’emblée.

Pour cet ancien policier, la clé de la paix entre éleveurs et paysans réside dans la connaissance et la modernisation de l’alimentation animale. ‘’Penser que l’animal ne mange que l’herbe, c’est de l’ignorance. Les bêtes d’Europe ne vivent pas de l’herbe des prairies, elles mangent des aliments concentrés. Nous devons comprendre cela et évoluer’’.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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